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AVANT/APRÈS. Ferme, puis carrière : quand il n’y avait pas encore de lac à la Gèmerie... |
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Creusement à sec pour la deuxième extension du plan d’eau. © Ville du Mans
LE MANS À TRAVERS LE TEMPS. Le Maine Libre vous propose de revisiter les quartiers et grands sites du Mans et des alentours selon les époques. Focus sur la Gèmerie, base de loisirs qui s’est construite autour du plan d’eau de 14 hectares et qui a déjà accueilli le rappeur MC Solaar. Il y a 75 ans, il n’y avait même pas de lac sur ce site.
La Gèmerie, c’est quoi ?
« Lac », « plage »… La Gèmerie, c’est toute une base de loisirs qui s’est développée autour du plan d’eau situé à Arnage. L’office de tourisme du Mans la définit comme la base de loisirs de l’agglomération mancelleÂ
, puisqu’elle se trouve à moins de dix kilomètres du centre-ville de la capitale sarthoise.
L’été (mais pas que…), de nombreux Sarthois viennent s’y baigner gratuitement ou y pratiquer des activités sportives : randonnée, voile, tir à l’arc, golf, kayak, stand-up paddle…
Autour, des maisons, hôtels et même des zones d’activités (du Chêne et de la Rivière) se sont construits. Le site simplanter.fr liste 55 entreprises autour de la route du Chêne et 37 à la Rivière.
Quand le plan d’eau a-t-il été construit ?
En 1950, le lac de la Gèmerie n’existait tout simplement pas, sur les cartes de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN).
Aux archives municipales du Mans, les premières références à la Gèmerie remontent au XVIIIe siècle, où il s’agissait d’une ferme. Ses propriétaires se sont succédé jusqu’en 1946.  L’exploitation de la ferme - le bâtiment d’habitation existe encore, confondu avec ceux de la voile - s’arrête dans les années 60 pour faire place à une carrièreÂ
, ajoute Raymond Hubert, Arnageois. Un annuaire de 1934 parle d’une entreprise de carrière à Arnage dirigée par André et Jean Lafféas, confirmant la trace d’anciennes sablières dans les années 50, autour du site actuel, précisent les archives.
C’est en 1979 que la communauté urbaine du Mans est sollicitée, par délibération, pour la création d’une zone de loisirs. On parlait alors d’un projet de « parc muloterie Gèmerie », à cheval entre Arnage et Allonnes. Finalement, seule la partie arnageoise s’est développée. Le site est racheté par la communauté urbaine du Mans à l’exploitant de la carrière en 1982 et sa gestion est confiée à la mairie d’Arnage.
Passez votre souris ou votre doigt si vous naviguez sur un smartphone ou une tablette pour voir, à l’aide de la loupe, l’évolution du lieu entre 1950-1965 et aujourd’hui.

Creusement à sec pour la deuxième extension du plan d’eau. Ville du Mans
Quelles transformations ?
En 1985, les petits plans d’eau qui existaient sont reliés en supprimant les digues, rapporte un historique effectué par l’Association de gestion et d’animations de la Gèmerie (Agag). Le « lac » ne mesure que six hectares. Après une première extension en 1986, il passe à environ dix hectares. Un dernier agrandissement lancé en 1992 lui fait gagner quatre hectares.

Les différentes évolutions du lac, au fil des années. Ville du Mans
En parallèle, les aménagements commencent en 1986 avec la création d’une voie d’accès. En 1987, on construit le bloc sanitaire. Les rives sont protégées contre l’érosion en 1988 et les râteliers pour planches à voile sont mis en place.
En 1989, les jeux pour enfants apparaissent, avant le lancement de la baignade surveillée. La salle de La Caravelle est mise à disposition en 1992 et un local de surveillance de la baignade est construit.
1995 voit arriver les sanitaires sur la plage, juste après la construction du deuxième parking. L’année suivante, la zone entre la plage et la Sarthe est débroussaillée, des aménagements sont faits le long du boulevard Lefaucheux et l’aire multisports est construite. En 1997, la superficie de la plage est doublée. L’Agag embauche son premier salarié pour l’entretien et le parc à dériveurs est construit. Le ponton et le parc deux roues suivent en 1998. Une aire de sandball (dérivé du handball) arrive en 2000. En 2001, la plage est encore étendue, une descente pour la mise à l’eau des bateaux apparaît, ainsi que l’aire de camping. Le parc dériveurs s’étend en 2002 tandis qu’une butte est créée pour le tir à l’arc.

Baigneurs en 1990. Ville du Mans
DES ÉVÉNEMENTS MARQUANTS
La Gèmerie se développe aussi culturellement et sportivement. L’Agag naît dès 1983. Elle organise la première édition des 24 heures de planche à voile en 1985, en parallèle de la mise en place de l’opération « vacances jeunes ».
La gratuité est instaurée en 1993 à la plage, année de la première compétition de nage avec palmes. Le skatepark est inauguré en 1999. En 2000 ont lieu la première « Gem ride » et la classe pour les adolescents des gens du voyage. Autres événements marquants : le championnat de France de voile radiocommandée et la traversée d’« objets flottants non identifiés » en 1992 ou encore la course de billes avec le champion du monde en 2001.
Et en 1992, c’est le rappeur MC Solaar qui se produit à la Gèmerie devant 1 500 personnes. Un concert gratuit qui a eu lieu le samedi 11 juillet dans le cadre de l’opération « vacances jeunes » organisé par les villes du Mans, d’Allonnes et d’Arnage.
Le plan d’eau fut aussi le théâtre de plusieurs noyades : une jeune femme de 27 ans en 1996, un enfant de 12 ans en 1998, un jeune homme en 2017… En 2025, un aquaparc y avait été installé, avant de fermer en raison d’incivilités et de violences. Rouvrira-t-il la saison prochaine ?  NonÂ
, assure Lydia Hamonou-Boiroux, conseillère communautaire au Mans déléguée au tourisme. Il a été déplacé à Mansigné.
CONSTRUCTION DU QUARTIER AUTOUR
Quatre hôtels entourent le lac : l’hôtel Inn (39 chambres), le B & B (60 chambres), le Campanile (51 chambres) et le Brit (66 chambres). Autant qu’en 1993, bien que les enseignes aient évolué. À l’époque, Ouest-France citait dans son journal le Formule 1, le Cottage hôtel, Les baladins et le Campanile, implanté dix ans plus tôt. La capacité d’accueil était de 214 chambres, seulement deux de moins qu’aujourd’hui.
Le quartier autour de la Gèmerie a poussé  dans la fin des années 1980Â
, analyse Lydia Hamonou-Boiroux.  Une fois que vous avez ce qu’on appelait à l’époque le plan d’occupation des sols, qui donne des autorisations de construction, tout arrive en même temps.Â
Avant cela, Louis Renault achète des terrains dans les années 1930 pour y construire 18 chalets en bois pour ses salariés, qu’il fait venir de son usine de Billancourt à celle d’Arnage, raconte Raymond Hubert, auteur d’un livre sur l’histoire de l’entreprise automobile. Une deuxième vague de construction a lieu dans les années 1950, avec les maisons castors, mouvement d’autoconstruction coopérative, où cette fois,  ce sont les salariés eux-mêmes qui les ont construitesÂ
, précise Raymond Hubert. Ce qui fait de la Gautrie, voisin du lac, un quartier  indépendant »,
analyse Françoise Rosensohn, correspondante à Arnage pour Le Maine Libre.
Renault agriculture est reprise dans les années 2000 par Claas. En 2018, la reconversion du Formule 1 en centre d’accueil pour réfugiés est annoncée.
Et maintenant ?
Compétition régionale de nage en eau libre, Gem’lire, avec la médiathèque qui se déplace au lac… continuent de faire vivre la Gèmerie. Le site a enregistré 21 455 visiteurs durant l’été 2025, saison marquée par les problèmes de l’aquaparc, et 63 985 l’été 2024. Toujours moins qu’en 2000, où on annonçait 68 000 baigneurs, ou encore en 2001, avec 80 000. La méthodologie de comptage, par les surveillants de baignade, a cependant évolué.
L’histoire de la Gèmerie continue en tout cas de s’écrire.
Au programme, après la création du rond-point  pour le nouvel accès au site : rénovation, voire reconstruction, de certains bâtiments, réaménagement de la plage avec Nous avons un projet de développement », dévoile Lydia Hamonou-Boiroux.
 de nouveaux jeux »,
déplacement du parking et ajout d’une ombrière, ainsi qu’un aménagement paysager autour de la Gèmerie pour avoir quelque chose de joli et cohérent ».
Le parking actuel deviendra une place de convivialitéÂ
avec la création d’une  guinguette en dur ».
Son exploitant sera désigné après un appel d’offres. Un lieu dédié au cyclotourisme, avec des cabanes pour dormir avec son vélo, pourrait voir le jour. Ainsi qu’un ponton pour que les bateaux électriques qui partent du port du Mans puissent venir jusqu’à la Gèmerie par la Sarthe.
Lancé en 2021, le projet n’en est qu’à ses prémices. L’étude faune/flore est terminée, nous n’avons pas trouvé d’espèce rare ou protégée. L’étude bâtimentaire est en coursÂ
. Pas de date de fin, mais l’élue ne prévoit pas de démarrage des travaux  avant 2027Â
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La rédaction du Maine Libre consacre une série à l’évolution des quartiers du Mans et autour. Sont aussi parus :
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