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Seniors au volant : « Des drames individuels pourraient être évités »4 |
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En France comme en Allemagne, le permis de conduire est sans limite de validité et n’est pas soumis à examen médical. © Ron Greer, Fotolia
Au volant. À chaque nouveau fait divers, la question se pose : faut-il imposer une visite médicaleou des tests en auto-école aux personnes âgées pour vérifier leur aptitude à la conduite ?
L’impact de la vieillesse sur la conduite, et les risques qui y sont associés, Pauline Déroulède en sait quelque chose. Le 27 octobre 2018, elle a été fauchée à Paris par un automobiliste de 92 ans alors qu’elle se trouvait sur le trottoir. Depuis, l’athlète paralympique, qui a perdu sa jambe gauche cet après-midi-là , s’engage pleinement en faveur de la sécurité routière.
« C’est un sujet sensible »
C’est un sujet sensible, admet la trentenaire. En France, la voiture est sacrée, mais je pense que l’opinion publique est prête.
Quelques jours après son accident, son père a lancé une pétition pour que des mesures soient prises afin d’éviter de tels drames. Plus de 100 000 personnes l’ont signée à ce jour.
Pourtant, selon les statistiques de la Sécurité routière, les personnes âgées ne sont pas plus dangereuses que les jeunes sur la route. Ainsi, les moins de 24 ans sont présumés responsables dans 77 % des accidents mortels. Ce pourcentage s’élève à 64 % pour les 65-74 ans. Il passe cependant à 82 % pour les 75 ans et plus. Pour le reste de la population, il gravite autour des 63 %.
Mais selon Pauline Déroulède : Un, deux, trois, cinq morts, c’est déjà trop !
Revoir la pratique et la théorie
Déterminée, Pauline Déroulède échange régulièrement avec des députés ou membres du gouvernement, tels Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, ou Christophe Castaner, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur.
Son objectif : que la question soit mise à l’ordre du jour et donne lieu à une loi sur la mise en place de tests d’aptitude à la conduite. Ils interviendraient à intervalle rapproché en fonction de l’âge (dès l’obtention du permis) : tous les dix, cinq puis deux ans
, détaille celle qui est aussi consultante pour les Jeux olympiques. Avant de poursuivre : Je ne serai en paix que lorsque ce projet de loi sera passé.
« C’était très utile de revoir le Code »
Il est vrai qu’en vieillissant, les seniors peuvent perdre certaines capacités physiques et cognitives, avec une diminution des réflexes et de l’acuité visuelle. Mais plutôt que leur interdire de prendre le volant, des stages de remise à niveau existent. Robert, 84 ans, s’est vu offrir des leçons de conduite en auto-école il y a une dizaine d’années par la mairie de sa commune, près de Montpellier. « C’était très utile de revoir le Code. Avec le temps, on oublie les panneaux et on est un peu perdu
avoue-t-il.
L’octogénaire se montre ainsi favorable à des mesures obligatoires pour mieux contrôler la conduite des personnes âgées, que ce soit via le médecin traitant ou en auto-école. On perd indéniablement avec les années. Même si j’ai encore un très bon temps de réaction, je ne prends plus la voiture la nuit, ce serait trop dangereux pour moi et pour les autres.
Mais les véhicules individuels n’en demeurent pas moins un gage d’autonomie, notamment lorsque ces seniors vivent loin des villes.
« On est déjà assez isolés »
Pour Denise et Claude, un couple de septuagénaires du Limousin, pas question de se voir privés de leur automobile. On s’en sert pour tout ! Aller faire les courses, voir nos amis, nous rendre au restaurant ou au thé dansant. Nous enlever la voiture, ce serait nous retirer une part de notre vie sociale, on est déjà assez isolés
, souligne Denise.
Claude, qui était conducteur de travaux, est du même avis. Selon lui, les faits divers impliquant des personnes âgées ne sont que des cas isolés, marginaux. « On est quand même beaucoup plus prudents sur la route que nos petits-enfants !
Si un mort est toujours un de trop, je ne pense pas que le plus grand nombre d'accidents soit causé par cette population, regardons surtout du côté des personnes alcoolisées et consommateurs de stupéfiants divers ainsi que le manque de respect des préconisations relatives à la vitesse et le respect du code de la route. N'enlevons pas ce reste d'autonomie aux personnes âgées, sauf si des pathologies sont incompatibles avec la conduite, mais dans ce cas il ne s'agit plus d'une question d'âge mais un état de santé compatible avec l'utilisation de véhicules !!!