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Sarthe. L’abbé joue les funambules pour son église... |
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En août 1957, devant l’église de Fillé, l’abbé Baron s’avance avec prudence sur un fil de funambule. Un exploit destiné à financer la réparation de l’église. © AGIP - Bridgeman Images
En août 1957, l’abbé Baron, curé de la paroisse de Fillé, en Sarthe, a réservé une surprise à ses ouailles. Pour boucler les réparations de son église, il va jouer les funambules.
Fillé (Sarthe), samedi 10 août 1957. Le soir est tombé sur la petite commune en fête. Dominant la foule, Charly’s fait face au long fil d’acier de 80 m tendu au-dessus de la rivière. Le funambule-acrobate a bien préparé son coup et il est chaud comme la braise.
Chaque soir, tout juste revenu des usines de la RNUR (Régie nationale des usines Renault) où il travaille, l’artiste s’est astreint à une série d’exercices spectaculaires, sous les arbres de la place ou sur la rivière.
Charly’s ouvre le bal aérien
Le voilà qui s’avance ! Le vent qui souffle en rafales sur la rivière vient compliquer l’affaire, mais Charly’s ne bronche pas. Son long balancier dans les mains, il poursuit sa progression sur le fil tremblant, devant plusieurs centaines de spectateurs admiratifs. Le loustic est doué. Très doué même. Et c’est sans encombre qu’il gagne l’autre rive sous les applaudissements du public, le curé de la paroisse en tête. Car c’est au dynamique abbé Maurice Baron que l’on doit cette fête destinée à collecter de l’argent pour terminer les réparations de l’église.
La soirée suivante est plus clémente. Le vent est tombé et Charly’s est d’humeur fantasque. Avant de réitérer son exploit, il régale le public de quelques acrobaties réjouissantes : Des excentricités cyclistes
et une séance de pêche, la tête en bas. Et hop ! Le voici à nouveau perché sur le filin et il traverse à nouveau la rivière. Une fois. Deux fois. En avant. En arrière.
Les déboires de l’église de Fillé
Avant d’aller plus loin et d’assister à l’exploit qui va marquer cette belle journée, il faut revenir sur les malheurs de la petite église de Fillé, durement frappée par le sort
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Le 8 août 1944, les Alliés libèrent la Sarthe. Joie ! Malheureusement, sans doute déclenché par le tintement accidentel des cloches, le tir d’un char Sherman frappe le clocher de l’église – où des tireurs allemands se seraient retranchés – et provoque un incendie. Le tir détruit le presbytère et endommage sérieusement l’édifice.
Les travaux de reconstruction débutent dans les années 50, sous la houlette de l’abbé Baron, tout juste arrivé. Mais le 13 mars 1951, à 14 h 30, nouvelle tuile ! Une tornade arrache la toiture provisoire et défonce le versant nord de la nef
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Les Filléens et l’abbé ne baissent pas les bras et se remettent à l’ouvrage. Ils ignorent alors que le sort n’a pas dit son dernier mot. Car, le 22 décembre 1951, un incendie détruit l’entreprise de menuiserie Bernardeau, rue Jean-Macé, au Mans, où les bois de charpente de l’église de Fillé étaient fin prêts ! Il faudra faire appel aux charpentiers Compagnons du devoir pour être dans les temps.
Finalement, la nouvelle église sera inaugurée en 1952 puis consacrée, par monseigneur Chevalier, représentant du cardinal Grente, le 12 août 1956. Un an s’est écoulé depuis et il ne reste plus, en cet été 1957, qu’à terminer l’aménagement auquel ont participé tous les artisans du village
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La surprise de l’incroyable abbé Baron
Pendant tout le week-end, l’abbé Baron a proposé des projections du film Sciuscià de Vittorio de Sica et ne s’est pas ménagé pour que la fête soit belle. Mais il veut faire plus. Il sera le clou du spectacle ! Le voici qui grimpe à son tour sur le fil d’acier tendu à plusieurs mètres de haut. En soutane, le béret sur la tête et le balancier dans les mains, il s’avance prudemment – et sans assurance – sur le fil et sous les regards médusés de la foule. Le curé va ainsi parcourir une vingtaine de mètres arrêtant son effort au-dessus de la Sarthe
! La petite histoire raconte que la quête qui suivit fut à la hauteur du spectacle !
Selon certains, la fantaisie du curé n’aurait pas été du goût de sa hiérarchie. Vrai ou faux ? Qui sait ? Ce qui est sûr c’est qu’il sera nommé, quelques mois plus tard, en mars 1958, à Bessé-sur-Braye. L’abbé Baron est décédé en juillet 2009, à 91 ans.