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Il y a dix ans, deux salariés basculaient dans le vide et mouraient à Cordemais : l’entreprise Eiffage condamnée... |
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L’entreprise Eiffage travaux maritimes et fluviaux, basée dans le Morbihan, dont le siège se situe dans les Yvelines, avait mené un chantier sur le site de la centrale électrique de Cordemais, entre 2014 et 2015. © Archives Ouest-France/Franck Dubray
La société Eiffage travaux maritimes et fluviaux a été condamnée, jeudi 12 février, au tribunal judiciaire de Nantes, pour sa responsabilité dans la mort de deux salariés, sur un chantier de la centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique). Le 10 novembre 2015, les deux hommes expérimentés avaient chuté d’une passerelle, à plus de dix mètres de hauteur.
L’émotion submerge une femme sur les bancs de la troisième chambre correctionnelle, ce jeudi 12 février, au tribunal de Nantes. Une blessure toujours vive chez elle et sa mère. Voici plus de sept ans qu’elles ont déposé une plainte avec constitution de parties civiles afin de faire avancer une instruction laborieuse »,
un dossier passé en arrière-plan
, note leur avocat, Mégan Lépinay.
Une décennie que leur père et époux est mort au travail. Le 10 novembre 2015, le chef de chantier de 51 ans et son collègue, un chef d’équipe de 47 ans, ont chuté d’une passerelle à plus de dix mètres de hauteur, sur le site de la centrale électrique EDF de Cordemais. Ils ont basculé dans le vide.
Les travaux de réalisation de prise d’eau, entamés à l’été 2014, touchaient à leur fin. Le quadragénaire, plongé dans le coma, est décédé à l’hôpital.
« On n’est pas au Moyen Âge ! »
L’entreprise Eiffage travaux maritimes et fluviaux, basée dans le Morbihan, a été seule mise en cause dans la mort de ses salariés expérimentés
. Ce qu’elle conteste, par la voix de son avocat, Patrice d’Herbomez. Ce qui est étonnant, extravagant, c’est de se positionner sur cette passerelle, alors que c’est exclusivement un moyen d’accès »,
 estime-t-il, contestant le fait que celle-ci représente un plan de travail.
Pour le procureur, il est inopérant de rechercher une faute de la part des victimes »,
appuie-t-il. Il requiert 127 500 € d’amendes. Un mort par jour dans le secteur du bâtiment, c’est inadmissible. On ne doit pas mourir au travail, on n’est pas au Moyen Âge !
, martèle Marion Ménage, l’avocate de la fédération de la construction au sein de la CGT.
Pas de boulons
Aucun responsable de la société n’est venu, à la barre, expliquer ce que l’accident mortel avait occasionné comme changement en matière de sécurité. Autre particularité dans cette affaire : Eiffage n’a jamais désigné, comme demandé, l’équipe ayant réinstallé la passerelle, le 8 octobre 2015. Un montage impropre
, sans boulons fixés à sa base, pourtant un élément de sécurité
. C’est l’un des facteurs ayant déclenché le processus de pivotement et la chute de la structure au sol.
Eiffage a été condamnée à une amende de 60 000 € pour homicides involontaires et 7 500 € pour le plan de travail non conforme.