|
Sarthe. « Il faut être passionné et fou pour posséder un moulin »... |
4
Mareil-en-Champagne, jeudi 5 mai 2022. Patrick Coiffé possède un moulin en bord de Vègre. Du bonheur quand on est passionné, et des contraintes à ne pas négliger. © Le Maine Libre
À partir de ce vendredi 6 mai 2022, Le Mans accueille le congrès de la Fédération française des associations de sauvegarde des moulins. Entretien avec Patrick Coiffé, président de l’association sarthoise de sauvegarde des moulins et des rivières. Posséder un moulin selon lui, c’est un mélange de bonheur et de contraintes.
Le Maine Libre : à partir de ce vendredi 6 mai et jusqu’à lundi 9 mai, Le Mans accueille donc ce congrès national. Mais parlons de l’association sarthoise de sauvegarde des moulins et des rivières dont vous êtes le président.
Patrick Coiffé. «Nous réunissons environ 180 adhérents. Plus de la moitié sont des propriétaires de moulins, mais nous comptons également parmi nous des communes riveraines de rivières, deux communautés de communes, des agriculteurs, des riverains de rivières, des amoureux du patrimoine et des sympathisants.»
+ Téléchargez l’appli des médias du groupe Sipa Ouest-France
Combien la Sarthe compte-t-elle de moulins ?
«Du millier répertorié par Napoléon en 1809, il en reste entre 450 et 500. Tous les comptabiliser n’est pas évident. Ces moulins sont encore debout, mais certains n’ont plus forcément tout leur matériel, transformés en résidences. Ici, sur la Vègre, on totalise 46 moulins sur 86 km de cours d’eau.»
De quand datent ces moulins sarthois ?
«Les plus anciens ont été construits aux XIe et XIIe siècles, comme celui de Vivoin, qui a appartenu aux Anglais de Guillaume le Conquérant. Le moulin que je possède, à Mareil-en-Champagne, date de 1534, sous le règne de François 1er.
Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, nous avons connu un essor de la construction de ces moulins. Souvent on pense farine lorsqu’on parle de moulins, mais ils avaient bien d’autres usages : ils faisaient fonctionner des scieries, des forges, des filatures, par exemple.»

L’association de sauvegarde réclame la suppression de certaines mesures prises dans le cadre de la loi sur l’eau. Le Maine Libre
Ces édifices font donc partie du patrimoine.
«Absolument. Ils sont d’ailleurs ce que l’on trouve de plus en France après les châteaux et les églises dans ce domaine. Il est donc important de les préserver.»
+ Sarthe. Ils défendent les moulins, jugés dangereux pour les poissons et les rivières
Et c’est le but de votre association ?
«Elle a été créée il y a trente-et-un ans. À l’origine, la préoccupation était de mettre en valeur ces moulins, et d’apporter des conseils à leurs propriétaires. Depuis 2012 et la loi sur l’eau, nous nous sommes repositionnés. Des écologistes intégristes ont préconisé via le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) des mesures que nous trouvons inappropriées. Il est question de supprimer les seuils des moulins (des petits barrages), ce qui aurait pour effet un abaissement de l’eau. Ceci est censé favoriser la continuité écologique. Mais quand une rivière est polluée, des tels aménagements n’ont aucun effet.»

Patrick Coiffé, président de l’association de sauvegarde des moulins et des rivières en Sarthe. Le Maine Libre –
+ La Flèche. Les moulins du Loir se déclinent en aquarelles
On parle aussi beaucoup des passes à poissons.
«Oui, toujours au nom de cette continuité écologique à laquelle nous ne sommes bien entendu pas opposés. Seulement ces passes coûtent très cher. Et elles n’ont pas démontré leur efficacité. Elles concernent en plus des espèces en voie de disparition comme la lamproie marine ou l’alose. Le Conseil départemental en a fait aménager sept ou huit sur la Sarthe aval. Le prix : 400 000 € l’unité. Selon nous, si l’on prend en compte la dépense et le gain écologique, ce n’est pas une bonne solution.»
Ces mesures sont-elles imposées aux propriétaires de moulins ?
«Des tentatives sont faites pour nous convaincre de lancer ces travaux. Une aide à 100 % est proposée pour une destruction de seuil. Elle est de 30 à 40 % pour une passe à poissons. Mais nous ne bougeons pas. En Sarthe, aucun ouvrage n’a été démoli, et notre association se bat pour que cette loi change. Qu’on arrête d’incriminer les petits moulins : ils ne sont pas responsables de la qualité de l’eau ni de la diminution du nombre de poissons. Sur ces points, nous sommes en désaccord avec la Fédération nationale de pêche et avec France nature environnement. Nous sommes opposés, mais pas en guerre non plus. La situation est compliquée. Il faut trouver les bonnes solutions.»

Patrick Coiffé, président de l’association de sauvegarde des moulins et des rivières en Sarthe. Le Maine Libre –
+ Parcé-sur-Sarthe. Les propriétaires de moulins veulent se défendre
Être propriétaire d’un moulin, c’est la belle vie ?
«Il y a du positif, et des choses ne sont pas simples. Un moulin, ce n’est pas une maison lambda. Il est au bord de l’eau et il doit être entretenu. Selon la réglementation, toute personne qui possède un terrain au bord de la rivière sur le domaine privé doit entretenir les berges et le cours d’eau jusqu’en son milieu. Ce n’est pas rien. À côté de cela, vivre dans un moulin, c’est exceptionnel pour le cadre, l’ambiance. Je dirais que pour posséder un moulin, il faut être passionné, et un peu fou.»