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Santé. Bientôt une loi pour obliger les jeunes médecins à exercer 3 ans dans un désert médical ?2 |
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Bientôt une loi pour obliger les jeunes médecins à exercer 3 ans dans un désert médical ? © Archives Ouest-France
Une quarantaine de députés vont déposer une proposition de loi vendredi 19 novembre 2021 à l’Assemblée Nationale pour lutter contre la désertification médicale. Les propositions sont chocs : obligation pour les nouveaux diplômés d’exercer la médecine pendant trois ans dans des zones sous-dotées en médecins, installation des médecins autorisée en zone sur-dotée qu’après le départ d’un autre praticien, etc. Thierry Benoit, député UDI d’Ille-et-Vilaine, défend sa proposition de loi.
Pour tenter de résoudre la problématique des déserts médicaux, une quarantaine de députés vont déposer une proposition de loi, vendredi 19 novembre 2021, pour imposer aux jeunes médecins des zones d’installation. Thierry Benoit, député de Fougères en Ille-et-Vilaine, explique la démarche.
Vous allez déposer vendredi 19 novembre 2021, avec une quarantaine de députés, une proposition de loi pour lutter contre la désertification médicale avec notamment des contraintes fortes sur les médecins pour quasiment les « obliger à exercer » en zone sous-dotée. Il y a péril ?
Oui il y a péril. Il y a un mois, à Billé, près de Fougères (Ille-et-Vilaine), les deux médecins ont annoncé leur départ laissant 1 500 patients sans praticien référent. Certains services d’urgences de villes moyennes sont obligés de fermer faute de médecin. Ce n’est plus possible. J’observe d’ailleurs que, depuis 15 ans, tous les ministres de la Santé ont proposé des mesures incitatives pour faire venir des médecins dans des déserts médicaux : défiscalisation, prime à l’installation, télémédecine, maison de santé pluridisciplinaire, communauté hospitalière de territoire, etc. Tout a été fait… tout. Mais ça ne suffit pas.
Selon un rapport sénatorial qui date du janvier 2021, ce sont entre 6 et 8 millions de personnes qui vivraient aujourd’hui dans un désert médical. Il faut un changement radical. On propose donc la régulation et l’encadrement de l’installation des médecins, comme pour les pharmaciens. Ils ne pourront pas s’installer où ils veulent. Ils iront travailler là où il y a des besoins.
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Les jeunes médecins devront exercer au moins trois ans dans une zone « sous-dotée » avant de prétendre à une zone « sur-dotée ». Vous pouvez préciser ?
Cette proposition prévoit effectivement une obligation d’exercice en zone « sous-dotée » durant les 3 ans qui suivent l’obtention du diplôme de médecin. Et je pense sincèrement que de jeunes médecins, en restant trois ans dans un territoire, peuvent s’y attacher. En Ille-et-Vilaine, de Louvigné-du-Désert à Fougères en passant par Melesse, l’offre socio-éducative est excellente. L’hôpital de Fougères est tout neuf et le personnel est très qualifié. Par ailleurs, si un médecin veut s’installer dans une zone dite « sur-dotée », il ne pourra le faire qu’après le départ d’une autre médecin. En attendant, il ira aussi exercer la médecine dans une zone sous-dotée.

Thierry Benoit, député de la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Marc Ollivier / Ouest-France
Stage obligatoire en zone sous-dotée, préavis d’un an avant de quitter un cabinet en zone désertée… Il n’y aura plus de liberté d’installation ?
Les études de médecine sont financées par l’argent public, le remboursement des consultations est assuré par la Sécurité sociale qui est abondée par les cotisations sociales des citoyens. La médecine est libérale mais elle doit être régulée. Je trouve donc assez normal que les stages des jeunes médecins soient réalisés dans les déserts médicaux et qu’ils y restent trois ans. C’est pareil pour le préavis d’un an. On ne doit pas claquer la porte du jour au lendemain. Un médecin, s’il veut partir, il le dit un an avant. Cela donne du temps aux Agences régionales de santé (ARS) pour trouver un autre médecin et aux patients de s’organiser.
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Vous souhaitez également rendre public le nombre de médecins formés par département et parmi eux le nombre de personne exerçant effectivement la médecine. Vous pouvez détailler ?
Il faut de la transparence. Il faut que l’on sache de manière précise ceux qui exercent devant des patients au sortir de leurs études. Certains médecins empruntent une voie plus administrative. Mais compte tenu de l’absence d’offres de soins dans de nombreux territoires et des conséquences qui en découlent, il ne serait pas acceptable que des étudiants soient formés, diplômés et n’exercent pas la médecine pour préférer une autre profession. A minima, cette information doit donc être rendue publique. Nous voulons aussi que les zonages, effectués par les ARS pour déterminer les zones sur-dotées et sous-dotées, soient révisés chaque année pour une meilleure prise en compte de l’évolution démographique des territoires et de leurs besoins en soins.
Toujours annoncée, jamais mise en place, pourquoi les étudiants en médecine, que je respecte, sont -ils toujours privilégiés. Chaque profession a ses inconvénients, ses avantages, et de toutes façons ce sont eux qui ont choisi ce qui n'est plus depuis longtemps une vocation. La perspective de "maison médicale" regroupant plusieurs médecins me paraitrait une bonne solution qui permettrait à la fois aux médecins ayant accompli leur mission et souhaitant partir à la retraite de la prévoir et à un ou 2 jeunes de travailler avec eux pour connaitre leur futur "clients" et ainsi s'enrichir eux-mêmes d'une expérience. Pourquoi pas assurer des tours de garde comme c'est déjà le cas dans les hopitaux, cliniques et pharmacies. D'autre part, je crois que les infirmières, aide-soignantes doivent déjà rendre 5 ans après leurs études dans les hopitaux. Mais peut-être cette loi est-elle obsolète ? Bien sur aucune obligation de rester après leurs 3 ans pour partir s'installer où ils l'auront décidé. Cordialement.