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REPORTAGE. « On a la culture de l’inondation » : les habitants de cette île de Loire sont coupés du monde... |
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Marie vient de prendre pied sur la berge à Savennières. Elle a décidé de quitter sa maison sur l’île Behuard, avec un gros sac d’affaires avant une nouvelle montée des eaux de la Loire. © Mathieu Pattier / Ouest France
La plus petite commune du Maine-et-Loire, Behuard, est cernée par les eaux. L’unique route qui relie l’île et ses 115 habitants à la terre ferme est submergée depuis samedi 14 février. Alors qu’une nouvelle montée des eaux est annoncée jusqu’à mercredi, les habitants ne partent pourtant pas tous. Ici, des générations ont appris à faire avec les caprices du fleuve.
La préfecture a passé le département du Maine-et-Loire en alerte rouge pour crues et inondations, ce lundi 16 février. Le flot de la Loire, puissant et limoneux, ne cesse de gonfler depuis samedi. Il engloutit peu à peu les taillis, les berges et les voies de communication. S’il attaque le talus du train, la SNCF devra baisser la vitesse de ses trains qui ne cessent de circuler.
Ce lundi matin, le fleuve a atteint la cote de 5,04 mètres, et on annonce 5,50 mètres pour mercredi. Roger Taveau, ancien tailleur de pierre retraité aux Forges, à Savennières, confie : depuis 2008, la dernière grosse crue, je n’avais rien vu de tel.
Autour de sa maison, une dizaine de voitures, évacuées de Behuard, ont été mises à l’abri : celles des habitants de l’île, coupés du monde. L’unique route d’accès est submergée. Désormais le seul cordon ombilical qui relie l’île à la terre ferme, ce sont les grandes plates de bois qui permettent aux actifs de partir travailler. Même si traverser la Loire de nuit, en ce moment, c’est bof
, explique le maire, Bruno Richou.
La plupart des habitants sont restés à Behuard. Mais même dans cette zone entièrement inondable, la montée brusque de la Loire les a surpris.

À Béhuard, petit village de 115 habitants, sur une île de la Loire, la plupart des habitants sont restés. Ils ont troqué leurs voitures pour des plates de Loire. Mathieu Pattier / Ouest France
Marie Bonsirven, qui vient de prendre pied sur la berge à Savennières, a quitté sa maison sur l’île, transportée par son voisin. À l’épaule, elle porte un gros sac d’affaires et un petit sac à dos. J’ai préféré anticiper. J’irais dormir chez ma fille à Saint-Jean-des-Mauvrets (Maine-et-Loire). Mon logement de 47 m² va prendre l’eau. Ça ne sera bientôt plus vivable.
« Ça resserre les liens »
Le maire de Behuard, Bruno Richou, reste très calme. Je suis né ici. On a cette culture de l’inondation. Toutes les maisons sont à étage. On sait très bien qu’à un moment ou à un autre, il faudra monter les affaires. La Loire, elle est un peu capricieuse, c’est aussi ce qui fait son charme. Et puis les inondations, c’est que ça resserre les liens entre les habitants
, explique-t-il. L’infirmière du village a d’ailleurs promis de rapporter du pain en rentrant le soir.

Le maire de Behuard, Bruno Richou, et ses deux petits enfants, Johan et Margaux : « ici on a cette culture de l’inondation. On sait que la Loire est capricieuse. » Mathieu Pattier / Ouest France
Christine Meier, passe la tête par la fenêtre de sa maison, place de l’Église, en voyant le maire. Il y a moyen de trouver des cigarettes ?
Ses voisins l’ont aidé à mettre ses meubles au sec. On serre un peu les fesses.
À peine 50 centimètres la séparent du niveau de l’eau. J’ai un meuble en teck, intransportable. J’ai enroulé les pieds dans des sacs plastiques.
Catherine et Gérard Bossé, retraités, sont arrivés à Behuard en 1986. Croisés dans le seul bout de rue encore au sec, ils rentrent détendus du gîte qu’ils louent, actuellement vide. Dans les bras, quelques denrées, du lait et des œufs. On n’est pas inquiets, mais prudents. Ici, vous savez, c’est un peu en dehors du temps.
Gérard sait que l’eau va encore monter de 20 centimètres chez lui. On est équipés pour.
Leur voisine Alma (1), jeune costumière, arrivée il y a trois ans et demi, n’a pas pu aller travailler : Mon atelier se trouve sur l’autre rive. Ce n’est pas grave, l’hiver, il y a moins de pression.
(1) Elle préfère ne pas donner son nom de famille