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Quelqu’un utilise mon numéro de téléphone à mon insu : comment lutter contre ça ?... |
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La pratique « n’est pas autorisée si l’utilisateur n’a pas donné son accord ». © Le Maine Libre
Il arrive que des numéros de téléphone de particuliers soient utilisés sans même que son propriétaire soit au courant, dans le cadre de démarchage. Une pratique appelée le « spoofing », et qui peut vite être désagréable voire dangereuse pour l’usager. Que dit la loi ? Quels recours ? Le Maine libre vous explique.
 Bonjour, vous avez essayé de m’appeler, j’ai un appel en absence. Qui êtes-vous ?Â
Ce drôle d’appel, de nombreux abonnés téléphoniques en reçoivent.
 Heu, je n’ai pas essayé de vous appeler…Â
Une fois, ça va. Deux fois, pourquoi pas… Mais cela peut vite devenir une vraie galère. Une personne vous contacte, découvrant votre numéro de téléphone dans son journal d’appels non répondus, et vous rappelle en toute bonne foi. Il vous faut alors expliquer que non, vraiment, vous n’avez jamais essayé de lui téléphoner. D’ailleurs, vous ne le connaissez même pas… Deux scénarios surviennent alors : au mieux, la conversation entre les deux protagonistes, autant surpris l’un que l’autre, se passe de façon courtoise et chacun comprend qu’un événement qui les dépasse vient de survenir. Ou, l’un des deux pense être victime d’un plaisantin, ou pire, d’un escroc, s’énerve, et le ton monte. Désagréable… C’est ce qui est arrivé à un lecteur du Maine Libre.
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Une pratique illégale sauf…
Et pourtant, mieux vaut garder son calme. Le titulaire du numéro de téléphone utilisé pour ces appels intempestifs est en fait la première victime de cette technique au nom presque rigolo, le « spoofing », un terme anglais signifiant « usurpation ». En clair : une société (centre d’appels, notamment) a fait afficher un autre numéro que le sien sur les téléphones des personnes démarchées. « Cette pratique n’est pas autorisée si l’utilisateur n’a pas donné son accord » prévient l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (l’Arcep), que Le Maine Libre a sollicitée.
Que faire ?
Vous êtes victimes de spoofing ? L’Arcep vous invite à contacter votre opérateur téléphonique pour signaler le problème.  Il lui sera possible d’agir selon les cas.Â
Elle suggère également de signaler son cas sur la plateforme « J’alerte l’Arcep ».  Cela ne résoudra pas son problème, c’est un geste citoyen qui permettra d’améliorer notre connaissance de cette pratiqueÂ
précise l’organisme.
Si le problème persiste, il est conseillé de porter plainte pour usurpation d’identité. L’Arcep donne des conseils en ce sens.
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Que dit la loi ?
Concrètement, c’est la loi dite Naegelen adoptée le 24 juillet 2020,  et en cours d’applicationÂ
, qui vise à encadrer le démarchage téléphonique. Dans cette loi, plusieurs dispositions doivent contribuer à la lutte contre les appels frauduleux, notamment grâce au mécanisme d’authentification du numéro (MAN). Un mécanisme déjà en place aux États-Unis et au Canada.  La France est le troisième pays à mettre en place un tel mécanisme et le seul à avoir l’ambition de proposer de couper automatiquement les appels mal authentifiés ou non authentifiésÂ
résume la direction de la communication de l’Arcep. Si plusieurs dispositifs de la nouvelle loi sont déjà mis en place par certains opérateurs - comme la possibilité de bloquer des appels malveillants et les démarchages automatiquement grâce à leur dispositif d’identification - d’autres mesures ont pris du retard. Et notamment l’interruption de l’acheminement d’un appel ou d’un message si le dispositif d’authentification en vigueur n’est pas utilisé, ou s’il ne permet pas de confirmer l’authenticité de l’appel ou du message.
Un retard dû à  la complexité des changements demandés pour les infrastructures de téléphonieÂ
justifie l’Arpec.  La loi contribue et contribuera à renforcer la protection des utilisateursÂ
Le mercredi 21 mai 2025, le Sénat a adopté la proposition de loi visant à lutter contre le démarchage téléphonique, quelques jours après l’adoption à l’Assemblée nationale. Elle entrera en vigueur le 11 août 2026.
Cependant, le « gendarme des télécoms » prévient que  toutes les escroqueries ne pourront malheureusement être évitées par le MAN, mais c’est une étape importante dans l’encadrement du démarchage.Â
Des victimes régulières de démarchage frauduleux
Un encadrement nécessaire. Car de nombreux usagers du téléphone sont victimes de démarchage frauduleux. Certains décrivent même des dizaines d’appels reçus et un sentiment de harcèlement. Derrière ce démarchage peuvent aussi se cacher des escrocs.  Les fraudeurs vont ainsi se masquer derrière votre numéro afin de joindre des personnes dans le but de les faire appeler un numéro surtaxé ou tenter d’extorquer leurs données personnellesÂ
détaille Bouygues Télécom dans sa rubrique dédiée à cette pratique.
Ces dernières années, des cas de spoofing téléphonique ont eu des conséquences désastreuses pour certains particuliers, dans des cas d’arnaques au faux banquier. À Toulon, un sexagénaire a été dépouillé de 5 700 €. Il pensait échanger avec sa banque, dont le numéro avait été usurpé, et, suivant les consignes du faux conseiller, a divulgué des données et même confié sa carte bancaire à un soi-disant agent venu à son domicile. À Bandol, une femme a littéralement vidé ses comptes - 20 000 € - guidée par un escroc par téléphone, pensant, justement, placer ses économies sur un compte sécurisé.
Les « pirates » jouent sur la confiance : un numéro en 06, un autre connu ou carrément enregistré dans votre répertoire… Difficile pour les usagers de percevoir l’arnaque qui s’annonce.
Vous avez des questions ?
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