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Le Mans. La troupe de Daniel Pennac « aura sa maison » à la Visitation... |
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Romancier, Daniel Pennac mène aussi depuis quinze ans une vie théâtrale avec sa troupe qu’il va installer au Mans. © archives Le Maine Libre – Hervé PETITBON
Conquis par l’accueil qui lui a été réservé au Mans en octobre 2020, Daniel Pennac installe les pénates de sa compagnie théâtrale à la Visitation, dans l’ancienne prison des femmes. Premier acte d’un coup de cœur.
Parrain de « Faites Lire » en 2019, puis de retour en 2020 au Mans, vous lanciez la résidence de votre compagnie Mia autour de l’adaptation théâtrale de « Mon frère ». Qu’est-ce qui vous incite à prolonger l’expérience de ce séjour ?
« L’accueil qui nous a été offert ! Pendant notre résidence en octobre dernier, nous avons travaillé avec les directeurs de l’Éphémère Jean-Louis Reynaud et Didier Lastère qui ont mis leur théâtre Scarron à notre disposition. Nous y avons répété puis donné les premières représentations de « Mon frère » à l’université dans la salle « Ève ». Tout s’est parfaitement déroulé. »
Résident de passage, comment est née l’idée d’une installation à la Visitation ?
« Ce fut une évidence. En octobre, nous étions hébergés à la résidence sénior de la Visitation. Je n’avais même pas l’idée de chercher un lieu où poser la compagnie. Mais quand nous avons découvert les projets immobiliers concernant l’ancienne prison des femmes, j’ai pensé que ce serait une bonne idée d’acheter un des lots mis en vente afin de nous y installer. La décision a été prise très vite. Nous aurons en guise de lieu de répétition une maison avec un jardin. Je souhaite bâtir au Mans la même structure que celle dont nous disposons en Toscane à Pistoia. Une maison pour la troupe, où manger, dormir et travailler. Mais aller en Italie, c’est une expédition. Le Mans n’est qu’à une heure de Paris. Notre implantation ici répond à une addition des circonstances. Tout s’est fait très simplement, naturellement. »
Hormis la proximité avec Paris, quels atouts vous ont séduit ?
« Le lien très actif que nous avons noué avec le théâtre Scarron, le coup de cœur pour le site de la Visitation. Enfin, nous avons été tellement bien accueillis ! Par tempérament, je suis vite affectif ! Le lot était à acheter ; la décision a été rapide. Maintenant, le temps que la bâtisse soit rénovée, que nous aménagions notre maison, cela va prendre un certain temps. D’ici à deux ans, nous devrions être installés. Nous aurons une salle qui pourra peut-être accueillir une cinquantaine de places pour voir nos « brouillons » ou accueillir des conférences. »
La mémoire du lieu vous a influencé ?
« En plein centre, c’est un site très beau et j’aime l’idée que l’installation d’une troupe adoucisse la mémoire de ce que les filles ont vécu entre les murs de cette prison. Lors de la visite des lieux, j’ai vu les cachots à la cave où les prisonnières récalcitrantes étaient enfermées au froid en hiver, punition qui se transformait en été dans les cellules étouffantes situées sous les toits… »
Parlez-nous de votre compagnie et de vos projets.
« C’est une troupe, une bande très cosmopolite qui réunit une Argentine, un Malien, des Italiens, des Belges, un Indien, un Catalan… Voilà une quinzaine d’années que nous travaillons ensemble. La plupart sont aussi polyvalents, tantôt comédiens, metteurs en scène… Nos différentes tournées en France et en Italie se sont arrêtées en raison de la pandémie. Mais dès que le Covid-19 le permettra, « Mon frère » sera joué au Théâtre du Rond-Point à Paris chez Jean-Michel Ribes. »
Tout cela laisse du temps au romancier pour écrire ?
« Bien sûr ! Le fait de me consacrer au groupe m’aide ! C’est même toute l’histoire de ma vie. Pendant trente ans, j’ai fait le va-et-vient entre mon poste de professeur et l’écriture de romans. J’arrive très bien à concilier deux activités. Et puis quand l’écriture marche, je peux travailler là où je suis. Le lieu importe peu. »
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