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Le Mans. François Morel parrain du festival Faites lire : « Raymond Devos nous élève »... |
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François Morel partage la légèreté de l’univers de Raymond Devos. Poétique et intemporel. © Photo Manuelle Toussaint
Il est le parrain de l’édition 2020 de la fête de la lecture au Mans. François Morel, le saltimbanque poète, jouera aux Quinconces les 6, 7 et 8 octobre 2020 « J’ai des doutes », florilège de textes de Raymond Devos. Il dédicacera aussi ses livres, dont le tout neuf « Dictionnaire amoureux de l’inutile ».
« Le Maine Libre » : Votre spectacle « J’ai des doutes » reprend des sketches de Raymond Devos. Comment avez-vous découvert l’univers de cet humoriste ?
François Morel : « Comme tout le monde, grâce à la télévision, au « Grand Échiquier » de Jacques Chancel. J’ai eu aussi la chance de voir Raymond Devos sur scène à la fin des années 70 au Théâtre de Caen. Lors de la représentation, j’avais découvert qu’après l’entracte, il n’y avait plus de contrôle. J’y suis donc retourné les deux soirs suivants, en clandestin, pour revoir la seconde partie de son spectacle, bien placé sur les marches du premier rang. Devos étant généreux, cette seconde partie durait assez longtemps. »
Qu’aimiez-vous chez lui ?
« La richesse du music-hall avec un artiste qui donnait tout ce qu’il pouvait au rêve et au rire, pas seulement avec les mots, mais aussi avec la musique, le mime. J’adorais ! Je voulais comprendre comment il faisait pour créer un monde à part, un monde tourné vers le rêve construit avec une grande intelligence. Le sujet n’était jamais la politique ni l’actualité, mais notre condition humaine. Ce gros monsieur au physique impressionnant était d’une grande légèreté. Je me souviens de son mime quand il accrochait ses bretelles et jouait la descente du LEM (module lunaire, ndlr) de l’homme qui marche sur la lune. Devos nous élève. C’est ce que représente l’affiche du spectacle où il apparaît en homme ballon. »
Comment définiriez-vous l’esprit de Raymond Devos ?
« Il propose à chaque fois un voyage dans l’imaginaire grâce à son humour, à sa poésie et à la grammaire du cirque qu’il maîtrisait à la perfection. On est ailleurs. Il nous donne de la hauteur. On disait que Fernand Raynaud était l’humoriste des classes populaires et Raymond Devos celui des intellectuels. C’est faux. Mon père employé à la SNCF appartenait à une classe modeste et il adorait Devos. D’ailleurs, il aimait les deux, ce n’était pas incompatible. Quand on revoit le récital de Fernand Raynaud à Bobino, c’est merveilleux ! Mais Devos reste plus fort sur les textes. Fernand Raynaud se tenait davantage sur le registre d’histoires drôles sur lesquelles il brodait. Devos jouait grand. C’est peut-être pour ça que la jeune génération le connaît peu, car la télévision ne sert pas ce genre d’artiste. Elle est plus appropriée à des univers minimalistes comme celui de Desproges. »
Parmi tant de sketches, comment avez-vous choisi les textes de votre spectacle ?
« Avec « J’ai des doutes », je me suis laissé guider par mon plaisir, mes souvenirs. « J’ai ouï dire : Est-ce que l’oie oit », mon père l’adorait ! Mais c’est aussi la grande diversité des textes. Avec « Mon chien, c’est quelqu’un », on n’est pas loin de Kafka ou de Marcel Aymé. D’une façon générale, je suis plutôt allé vers des textes de la période 1950 à 1970, quand Devos exprime cette naïveté presque enfantine un peu moins présente dans ses dernières années. »
Qu’est-ce qui vous rapproche ? Une tendresse ? Un même sens du merveilleux ?
« Raymond Devos m’a inspiré le respect absolu du public. Il a aussi le pouvoir de faire rire, d’émouvoir, de consoler, de faire réfléchir… Ce à quoi je tends ! S’il reste un maître, un modèle, je ne cherche pas à l’imiter. D’ailleurs, j’ai tant de modèles ! Brassens aussi, parmi d’autres… »
> > > Des dédicaces à Faites Lire
Parrain de cette édition de « Faites lire », François Morel arrive au Mans riche d’une actualité littéraire généreuse. En cette rentrée, il publie quatre livres, quatre univers très différents.
Il y a tout d’abord « Le Dictionnaire amoureux de l’inutile » (Plon), écrit avec mon fils Valentin de 31 ans. Puisque j’ai la réputation d’être un homme gentil, on m’avait proposé d’écrire le Dictionnaire amoureux de la gentillesse. Mais je trouvais le thème un peu culcul la praline. Alors j’ai suggéré l’inutile. Dans la continuité de mon livre « Je veux être futile à la France », il y a une certaine logique !
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Pendant trois ans, François et Valentin Morel ont donc brodé à quatre mains ce voyage insolite. Dans un registre différent, les éditions Michel Lafon publient en ce mois d’octobre « Une histoire et Oli » collection pour enfants née des podcasts de France Inter. Parmi les premiers livres, des histoires imaginées par François Morel ou Zep.
S’ajoute « Tous les marins sont des chanteurs » (Calmann-Levy), biographie menée avec Gérard Mordillat sur Yves-Marie Le Guilvinec (1870-1900), marin et chanteur breton. Le spectacle est devenu un livre. Enfin, le magazine Psychologie édite le recueil des chroniques publiées ces derniers mois, des textes que j’ai triturés, commentés
, précise François Morel.
Interrogé sur ses propres goûts littéraires, le saltimbanque cite d’emblée Alexandre Vialatte, le « Journal » de Jules Renard ou Georges Simenon. Dès que mon envie de lire s’émousse, je réinitie la machine grâce à Simenon. Ça marche toujours !
En cette rentrée littéraire, François Morel signale aussi les qualités de « L’anomalie » (Gallimard) d’Hervé Le Tellier.
> > > Bientôt un spectacle avec Bruno Lochet ?
Merveilleux complices des années Deschiens, François Morel, l’Ornais de Saint-Georges-des-Groseillers et Bruno Lochet, le Sarthois de La Flèche, sont restés proches. Je regrette qu’il ne puisse pas venir me voir au Mans car il est en ce moment pris par un tournage. Mais il sait que je ne serais pas ennemi d’un projet au théâtre avec lui. Nous en avons déjà parlé et c’est son côté « traqueur » qui le fait hésiter à venir vers la scène. Le trac le rend malade. Mais je ne désespère pas de le convaincre.
Ce serait fête.
« J’ai des doutes », mardi 6 octobre à 20 heures, mercredi 7 à 19 heures (complet), jeudi 8 octobre à 20 heures. Tarif : 32 €. Contact : Tél. 02 43 50 21 50.
Soirée de lancement de « Faites lire » avec François Morel, Daniel Pennac, Thierry Deshayes l undi 5 octobre aux Quinconces à 18 heures. Sur réservation au 02 43 47 36 52.
+ Le Mans. Faites lire, des rendez-vous à feuilleter toute la semaine