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Le Mans. Début de la campagne d’hiver des Restos du Cœur ce lundi : « Les chiffres ont explosé »... |
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Coulaines, vendredi 19 novembre 2021. Joël Defontaine, président des Restos du CÅ“ur de la Sarthe depuis un an, ne peut que constater la hausse du nombre de bénéficiaires. De gros projets vont être concrétisés pour leur venir en aide. © Photo Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
Les Restos du Cœur lancent leur 37e campagne d’hiver ce lundi 22 novembre 2021. En Sarthe, cela concernera plus de 12 000 bénéficiaires. Le point sur la situation avec Joël Defontaine, le président de l’association départementale des Restos du Cœur de la Sarthe.
Le Maine Libre : La 37e campagne des Restos du Cœur débute ce lundi. La première pour vous en tant que président de l’association départementale.
Joël Defontaine : « J’ai été élu le 8 décembre 2020, donc oui, ce sera mon premier lancement de campagne en tant que président. Et avec un changement important, opéré au niveau national : nous n’avons plus une campagne d’hiver et une campagne d’été, mais une seule campagne sur toute l’année. Cela veut dire pas de fermeture du tout, et aucun temps mort pour les bénévoles. Des personnes remarquables et mobilisables comme c’est à peine permis, sept jours sur sept. Ils sont 750 dans la Sarthe, répartis dans 13 centres, le Bus du Cœur et les Toits du Cœur. »
Comment se situe le niveau de précarité dans le département ?
« Les chiffres de notre association départementale, que ce soient les volumes distribués, le nombre de bénéficiaires et de bénévoles, et globalement tous les autres indicateurs, représentent entre 1 et 1,5 % du national. Dans la Sarthe, le taux de pauvreté est de 13,1 %. Il est de 18 % pour la métropole, et sur ces 18 %, 66 % de la population accueillie par nos soins est mancelle. La précarité est très palpable, et l’effondrement de la production industrielle n’y est pas pour rien. »
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Et la précarité n’épargne aucune catégorie d’âge ?
« Non. Et avec le Covid, les choses ne s’arrangent pas, loin de là , que ce soit pour les jeunes et les étudiants, le public adulte, les retraités. Pour ceux-ci, je prends l’exemple d’agriculteurs, qui peuvent se retrouver avec 600 à 900 € de revenus, et qui poussent les portes des Restos. De plus en plus de personnes au chômage ne s’en sortent pas non plus, et ce problème se pose : quand on est au RSA, vaut-il mieux le perdre ou le voir réduit en acceptant un travail précaire qui vous fera perdre vos aides ? »
Vous évoquez le public jeune et étudiant. Parlez-nous de leur situation et de ce que vous faites pour leur venir en aide.
« Ce phénomène de grande pauvreté, sur le campus notamment, est très important dans la Sarthe. Les 18/25 ans sont touchés de plein fouet par la précarité. Cette courbe augmente et nous interroge. Je vais d’ailleurs rencontrer prochainement le président de l’université à ce sujet. Nous avons mis en place une distribution de repas le lundi et le vendredi, dont bénéficient entre 180 et 200 personnes. La situation nous démontre que nous avons eu raison d’organiser ce dispositif, qui a nécessité la constitution d’une nouvelle équipe de bénévoles. La seule petite note d’espoir dans tout cela, c’est que certains de ces jeunes que nous aidons nous proposent de devenir bénévoles chez nous. C’est la parfaite illustration de la notion de société solidaire, que les Restos mettent en avant : un don pour un don. »
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Vous indiquez que la pauvreté se concentre davantage sur Le Mans. Mais les campagnes ne sont pas épargnées ?
« Hélas non. Souvent, elle concerne des personnes à mobilité très réduite. Le profil est plutôt celui d’une mère seule avec des enfants, et qui ne travaille pas. Alors, ses parents à elles aident avec leurs moyens s’ils le peuvent, et le schéma est celui d’une vie rurale en mode grégaire. Ces personnes sont accueillies dans nos centres, et là où nous ne sommes pas assez présents, dans les zones blanches, nous allons proposer dès janvier un nouveau dispositif. Nous le devons à l’aide de l’ACO : un centre itinérant va ouvrir et un camion sillonnera le département pour aider et accueillir ceux qui sont dans le besoin en zone rurale. »

Joël Defontaine se désespère de n’avoir aucune réponse de la part de la CAF, qu’il sollicite depuis un an. Photo Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
Autre accueil spécifique : celui que vous destinez aux enfants de moins de 3 ans. Le phénomène est important ?
« Oui. Il concerne une quarantaine de bébés de 0 à 3 ans dans chacun de nos 13 centres. Et à ce sujet, je tiens à vous faire part de mon désespoir. Depuis un an, j’essaie d’obtenir un rendez-vous avec la CAF. Je ne compte plus les appels téléphoniques et les mails qui sont restés sans aucune réponse. Nous avons mis sur pied un projet pour ces très jeunes enfants avec nos sous à nous. Nous fournissons des petits pots, du lait, des produits d’hygiènes, des couches, des biberons, et nous faisons en sorte de conseiller les jeunes mamans. Nous aimerions bien pouvoir discuter de tout cela avec la CAF. Mais rien. Ce silence, comme si on dérangeait, est l’illustration de la technocratie inhumaine. »
Avez-vous d’autres projets pour les mois à venir ?
« Oui. Nous allons inaugurer en décembre un tiers lieu « cuisines du monde » dans le quartier du Miroir, au Mans. Des personnes de 85 nationalités y seront accueillies, pour des ateliers de partage et de découverte. Ce dispositif viendra compléter le tiers lieu « cuisine mère enfant », à Coulaines. Nous y accompagnerons et éduquerons les jeunes mamans à bien se nourrir elles-mêmes, et à bien faire les courses, bien préparer les repas pour elles et leurs enfants, grâce à l’aide d’infirmières bénévoles et de diététiciennes. Nous disposons d’un troisième tiers lieu : le bus du cœur, qui sera bientôt renforcé par un second. »
Comme c’était le cas avant la crise du Covid ?
« En effet. Avec la crise sanitaire, nous avions supprimé la tournée dans le quartier Paixhans, et maintenu le bus des Jacobins. À la demande de la Préfecture, du Conseil départemental et de la Ville du Mans, parce que les besoins augmentent et pour des raisons de sécurité publique, nous proposerons un second point de distribution là où se trouve le marché de Pontlieue. Le bus, c’est apprendre ou réapprendre à ces personnes précaires le plaisir de partager un repas assis, entre convives. Il ne s’agit pas seulement d’apporter une solution au problème alimentaire, mais aussi de recréer du lien social, de la citoyenneté solidaire. À l’image de ce que pratiquent les Restos. Notre aide est globale : distributions de repas bien sûr, mais aussi donner les moyens de s’insérer, d’avoir un toit, un travail et à manger. Grâce à un mécénat d’entreprise avec Orange, nous allons d’ailleurs relancer un service d’aide à la personne qui avait été fermé avec le Covid. Nous proposerons des cours de Français, des ateliers d’informatique, d’accès au droit, à la culture ou aux loisirs. »
Un dernier mot sur ce chiffre : plus de 12 000 bénéficiaires dans la Sarthe.
« Il y a deux ans, avant la crise, nous intervenions auprès de 8 500 personnes. Les chiffres ont explosé et nous pensions qu’ils baisseraient en septembre dernier. Cela n’a pas été le cas, et c’est même pire puisqu’ils continuent d’augmenter. Un peu à l’image de ce que nous avions connu en 2008. Nous avions constaté une hausse du nombre de bénéficiaires de 15 %, et cela n’a jamais été résorbé. Nous sommes donc mobilisés, et nous avons pu mener de gros projets grâce au plan France Relance, grâce au support de l’État, du Département, de la Région et des collectivités territoriales. »
> > > Bio express
Joël Defontaine, né le 20 février 1946 à Neuvic-Entier (Haute-Vienne).
Pendant 44 ans : au service de l’économie de la Santé publique, économie de la quotidienneté, et du médico-social dans les domaines des personnes âgées, personnes en précarité/exclusion, personnes en situation de handicap, missionné par un cabinet ministériel.
Auditeur certifié ISO-9011 par la Haute Autorité de Santé et l’ANESM, et lauréat de l’Académie de médecine.
Il a enseigné l’ingénierie sociale et l’économie de la santé à l’université de Lille.
Président des Restos du Cœur de la Sarthe depuis décembre 2020.