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EDF condamné pour le licenciement d’un cadre de la centrale nucléaire de Chooz... |
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Un ancien cadre des centrales nucléaires de Chooz et Paluel a fait condamner EDF après sa mise à retraite d’office. © Archives François Lo Prest / AFP
Mis à la retraite d’office en 2024, un ancien cadre des centrales nucléaires d’EDF a obtenu 250 000 d’euros « à titre d’indemnités pour licenciement nul », ainsi que plus de 68 000 € en indemnités diverses de congés payés et de fin de contrat.
Le conseil de prud’hommes de Paris a condamné EDF à verser 250 000 € d’indemnités à un ancien cadre des centrales nucléaires de Chooz et Paluel, qui avait été mis à la retraite d’office après avoir dénoncé des faits de harcèlement moral, selon un jugement du 30 janvier consulté par l’Agence France-Presse (AFP).
Le conseil de prud’hommes a ainsi jugé que « la mise à la retraite d’office de M. Begin », équivalente à « une faute grave », est « infondée et la requalifie en licenciement nul ».
Dans sa décision, il condamne le groupe électricien à lui verser 250 000 d’euros « à titre d’indemnités pour licenciement nul », ainsi que plus de 68 000 € en indemnités diverses de congés payés et de fin de contrat.
L’ancien cadre, embauché en 1998 à EDF, estimait « avoir été harcelé, mis à l’écart et finalement à la retraite d’office parce qu’il + lui avait été demandé par sa hiérarchie en avril 2017 et à l’été 2018, de minimiser des écarts + » de sûreté nucléaire, rapporte le jugement.
L’ancien salarié avait invoqué une série de pressions et de changements de poste caractérisant ce harcèlement qui ont perduré selon lui jusqu’à sa mise à la retraite d’office, en mars 2024.
De son côté, EDF avait fait valoir « les fautes et insuffisances » de son salarié, en soulignant qu’elle ne se laisserait « pas impressionner par de faux arguments », rapporte le jugement.
Dans le cadre de ce conflit, la cour d’appel de Reims avait condamné EDF en novembre 2024 pour harcèlement moral à l’encontre de son ancien salarié, et avait fait droit à sa demande de dommages et intérêts de 10 000 €.
« Lanceur d’alerte »
En conséquence, le conseil de prud’hommes a estimé que les faits de harcèlement envers M. Begin étaient établis « à ce stade du litige », malgré un pourvoi en cassation.
« Ce qu’il faut noter c’est que la juridiction a prononcé une condamnation financière à hauteur de ce nous demandions alors que dans la majorité des cas, cela est revu largement à la baisse » a déclaré M. Begin à l’AFP lundi soir. « Il y a eu la violation d’une liberté fondamentale, la liberté d’expression » a-t-il fait valoir.
Arnaud Begin, ancien inspecteur de la sûreté nucléaire de l’entreprise, estime que le harcèlement dont il a été victime est la conséquence de rapports de sûreté de sa part concernant les centrales de Dampierre (Loiret) en 2017 et du Tricastin (Drôme) en 2015 et 2018.
« EDF s’en est pris à moi car j’étais un lanceur d’alerte ayant révélé des écarts de sûreté dans plusieurs centrales nucléaires. Tous mes soucis viennent de là  » a ajouté l’ancien cadre d’EDF.
Contactée, la direction d’EDF n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.
Selon M. Begin, « EDF fait dans l’acharnement et la chasse à l’homme » a-t-il affirmé.
M. Begin se dit « détruit » par cette affaire. « Je suis blacklisté de partout. Je suis en invalidité » a-t-il ajouté en précisant qu’une « information judiciaire est toujours en cours à Marseille » sur le sujet.