Accueil Info En France et dans le Monde Cocaïne à La Réunion : un procès emblématique vire au débat sur la sévérité des peines

Cocaïne à La Réunion : un procès emblématique vire au débat sur la sévérité des peines

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photo  à l’aéroport roland-garros de la réunion, le contrôle des bagages d’un passager à l’arrivée pour détecter la présence de drogue.  ©  ouest-france 1

À l’aéroport Roland-Garros de La Réunion, le contrôle des bagages d’un passager à l’arrivée pour détecter la présence de drogue. © Ouest-France

Le procès en appel de plusieurs membres présumés d’un vaste réseau d’importation de cocaïne, de résine de cannabis et d’ecstasy venus de l’Hexagone pour s’implanter à La Réunion s’est transformé en débat sur la sévérité des peines requises ou infligées.

L’avocate générale de la cour d’appel de La Réunion s’est attirée, vendredi 6 février, les foudres de la défense. Elle venait de requérir des peines de douze et dix ans de prison, 100 000 € d’amende et cinq ans d’interdiction du territoire réunionnais. Des peines demandées contre deux prévenus venus du Val-de-Marne mis en cause pour avoir organisé entre 2019 et 2023 un réseau de stupéfiants, avec plus de 429 000,00 € saisis. C’est kafkaïen, une justice qui me révolte, a proclamé Me Normane Omarjee, avocat de l’un d’eux. Des réquisitions iniques, s’est emporté Me Amar Toubal, pour l’autre.

Pour les deux conseils, la même ligne de défense. Estimant que les preuves manquent pour condamner leurs clients, ils reprochent surtout au ministère public une justice d’exception », liée au contexte d’augmentation exponentielle de l’arrivée de cocaïne, d’autres drogues de synthèse et de résine de cannabis dans l’île. « Un tsunami blanc », selon les douanes. Avec 20 mules interpellées à l’aéroport en 2024 contre 58 en 2025 en provenance de l’Hexagone. Et des mules d’argent qui repartent dans l’autre sens avec le produit du trafic.

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Une affaire emblématique pour la Réunion

Dans cette affaire emblématique pour La Réunion, quatorze prévenus – des têtes de réseaux aux logisticiens et convoyeurs et dealers — ont été jugés en première instance en septembre. À l’époque, le parquet de Saint-Denis avait déjà réclamé douze ans de prison contre l’un des superviseurs présumés, David Bley, un jeune homme déjà condamné pour trafic de stupéfiants. Et dix ans contre Ousmane M’Baye accusé de l’avoir précédé dans ce rôle de tête de réseau.

Des réquisitions témoignant de la volonté de mener une politique pénale particulièrement ferme afin de dissuader les trafiquants de venir s’implanter à La Réunion où ils considèrent qu’il existe un marché attractif avec le gramme de cocaïne vendu 150 €. Le tribunal correctionnel de Saint-Denis n’avait toutefois pas suivi en condamnant le premier à six ans de prison et le second à quatre ans dont deux ferme. Pour d’autres mis en cause, les peines demandées de trois à six ans de prison ferme n’avaient pas non plus été obtenues. Le parquet a fait appel.

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Même ligne de sévérité qu’en première instance

Lors de ce second procès, le ministère public est resté sur une même ligne de sévérité en décrivant un réseau bien organisé depuis La Réunion et mis à jour grâce à l’interpellation, en 2023, d’une mule prise avec un kilo de cocaïne, neuf kilos de résine de cannabis et 2 000 buvards de LSD. Selon la magistrate, 136 personnes ont été identifiées autour de ce réseau avec des envois d’argent dans l’Hexagone, en Martinique, en Guyane et au Sénégal, et des profits importants. Avec des membres sans emplois mais brassant beaucoup d’argent, possédant chacun plusieurs lignes de téléphone sous des pseudos, utilisant plusieurs cartes de crédits pour payer les billets d’avion en multipliant les voyages, les hôtels à La Réunion ou les voitures de location. Et une hiérarchie entre les superviseurs, les logisticiens chargés d’assurer les voyages, accueillir les mules, réserver les vols, et les convoyeurs de drogue ou d’argent.

« Un trafic de drogue personnel »

Considéré comme la tête de réseau, David Bley a nié, en première instance comme en appel, avoir joué ce rôle. Ce jeune à la barbe fournie, au crâne rasé et à la musculature imposante reconnaît un trafic de drogue personnel uniquement sur La Réunion, ainsi qu’une activité non déclarée de revente d’iPad ou d’ordinateur portable. Il est depuis considéré comme un détenu particulièrement surveillé (DPS) et une imposante escorte de policiers armés surveille ses déplacements au tribunal. Dans une procédure en cours, il est soupçonné d’avoir continué à piloter son réseau depuis sa cellule.

Je ne trafique pas de drogue, je ne joue pas avec ça, s’est défendu à son tour Ousmane M’Baye. Tous les transferts d’argent de plusieurs dizaines de milliers d’euros décryptés par les policiers n’ont rien à voir avec les stupéfiants, a-t-il affirmé à maintes reprises. Mais proviennent de son activité non déclarée de revente de voiture et de restauration de plats sénégalais.

« On veut faire de La Réunion un territoire d’exception »

Des déclarations mensongères, a soutenu le parquet général en s’ingéniant à décrire les rôles de chacun, les connexions des mis en cause utilisant des messageries cryptées et des sites de transfert d’argent comme Moneygram. L’avocate générale s’est appuyée en outre sur des témoignages mettant en cause les deux têtes de réseaux présumées en citant l’un des membres qui a dit être « menacé » et terrorisé. Avant de ne plus vouloir faire aucune déclaration au juge d’instruction.

Calculant le nombre d’années de prison requises contre les six prévenus rejugés en appel, Me Omarjee déplore arriver au chiffre de 42. On veut donc faire de La Réunion un territoire d’exception, a fustigé l’avocat en demandant que la justice s’applique pareille partout en France. On perd la tête dans ce procès, dénonce encore le conseil en estimant que la cour doit se prononcer uniquement sur un dossier et ne pas juger le phénomène d’augmentation des mules à La Réunion.

Quant à l’avocat de Yannis Bley, il critique un dossier médiatique et politique alors que rien ne montre que son client est un commanditaire dans un dossier d’envergure. Pour Me Toubal, il existe une volonté de faire un exemple ».

La cour d’appel de La Réunion rendra sa décision le 5 mars.

 
À La Réunion, Jérôme Talpin    Ouest-France  

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