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Léger vent de colère à la cité judiciaire... |
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C'est avant d'aller déguster petits-fours et flûtes de champagne, à l'occasion de la rentrée judiciaire, que 30 des 33 magistrats du tribunal de grande instance du Mans ont remis à la presse une motion anonyme soulignant leurs inquiétudes sur l'avenir de la justice et son indépendance.
Trente des trente-trois magistrats du tribunal de grande instance du Mans ont rédigé une motionexprimant leur ras-le-bol.
Trop, c'est trop ! Les magistrats en ont ras la robe. Même s'ils ne défilent pas dans le bruit, ne brûlent pas de pneus, et que le ton de leur document reste policé et qu'il n'est pas signé, les juges, procureurs et substituts du tribunal de grande instance du Mans ont néanmoins décidé de manifester leur colère... avant d'aller boire le verre de champagne qui marquait, hier, la fin de la cérémonie de rentrée organisée à la cité judiciaire du Mans.
« Des réformes qui s'empilent »
Dans un document remis à la presse, ils expriment un certain nombre d'inquiétudes : « À la suite de l'annonce soudaine par le Président de la République de la suppression prochaine du juge d'instruction, débute leur motion, trente magistrats manceaux tiennent à exprimer leur lassitude face à ces annonces intempestives qui déstabilisent l'institution. »
Ils s'interrogent : « N'aurait-il pas été plus logique de donner les moyens nécessaires à la réforme votée récemment sur la collégialité de l'instruction, qui devait entrer en vigueur en janvier prochain ? »
Le ton du document se fait parfois plus incisif. Les magistrats déplorent « l'absence de concertation préalable ou les concertations de pure forme, à l'instar de ce qui s'est produit pour la réforme de la carte judiciaire. Ainsi l'absence de débats sur les grands équilibres de la procédure pénale et sur le statut futur du Parquet, structure hiérarchisée qui deviendrait maître de l'enquête, les amène à s'interroger avec inquiétudes sur les garanties d'indépendance de la justice, d'autant que l'actualité récente a montré une volonté réelle de nier aux parquetiers toute faculté d'expression. »
Ils achèvent ainsi leur motion en souhaitant « surtout, plutôt que des réformes qui s'empilent sans cohérence ni vue d'ensemble, d'obtenir les moyens nécessaires en personnels et matériels pour exercer la plénitude de leurs fonctions dans l'intérêt des citoyens. »
Et Bérengère Prud'Homme, délégué syndicale de l'USM, de conclure : « C'est l'indépendance de la justice qui est de plus en plus remise en cause. Ainsi que les principes sur lesquels elle repose. »