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Oizé. Un verger sauvage, une expérience pour les pommes de demain... |
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Oizé, mardi1er juin 2021. Pierre Leroy a repris l’entreprise familiale avec son frère Simon il y a une dizaine d’années. Ce verger sauvage sera un lieu d’expérimentation. © Le Maine Libre – Isabelle JULIEN
Pierre et Simon Leroy, arboriculteurs à Oizé, spécialisés dans la production de pommes, veulent cultiver un verger à l’état sauvage.
Et si les vergers sauvages produisaient les pommes de demain ? Pierre et Simon Leroy, arboriculteurs à Oizé, spécialisés dans la production de pommes, ont décidé de mener l’expérience. Les deux agriculteurs exploitent 140 hectares dans la commune d’Oizé pour une production de fruits, essentiellement, et de légumes.Nous respectons un cahier des charges qui permet d’avoir les certifications et labels haute valeur environnementale (HVE), vergers écoresponsables et agriculture biologique. 35 hectares sont en agriculture biologique »,
explique Pierre Leroy.
Une sorte de laboratoire
Les deux frères ont décidé d’aller plus loin dans la démarche en conduisant un verger en agriculture biologique à l’état sauvage, avec zéro traitement ou engrais. Toutes les actions sur ce verger seront manuelles. Ce verger sera une sorte de laboratoire qui permettra, en fonction des résultats, d’appliquer certaines techniques sur le reste de l’exploitation
, souligne Pierre Leroy. Ce verger existe déjà depuis douze ans et représente 3750 pommiers gala, golden et canada. Il est actuellement conduit en agriculture biologique.
+ Oizé. Les vergers Leroy innovent pour les salariés
Nous savons que ce verger expérimental ne nous rapportera pas d’argent dans un premier temps. Nous souhaitions mener cette expérience en impliquant les consommateurs. Aussi nous avons ouvert une
collecte participative sur Miimosa.L’idée est aussi d’interroger les gens sur ce qu’ils défendent et leurs exigences de consommateurs… qui sont parfois en opposition. Sont-ils prêts à acheter des fruits plus chers, qui n’ont pas une apparence parfaite ou sont plus petits ?
», souligne le jeune agriculteur.
Cette idée de verger sauvage est née au départ de notre ras-le-bol de l’agribashing. Les normes environnementales de l’agriculture française sont les plus contraignantes tandis que la France importe des produits agricoles depuis des pays où ces contraintes n’existent pas ou peu !
, glisse Pierre Leroy avec une pointe d’agacement.
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Ruches sauvages, haies, semis inter-rangs, filets de protection
Cette collecte est organisée en trois paliers pour un montant total de 15 000 €. Le premier palier de 5000 €, s’il est atteint, permettra d’implanter des ruches afin de favoriser la pollinisation.Nous voulons capter des essaims sauvages car les abeilles d’élevage, à force de sélection, possèdent une génétique trop fragile. Notre objectif n’est pas la production de miel ».
Des haies seront plantées autour du verger afin de favoriser la présence des auxiliaires de cultures. Nous travaillons avec des techniciens agricoles sur les essences à planter afin d’attirer oiseaux et insectes bénéfiques pour nos cultures, telle la coccinelle qui mange les pucerons ».
Le second palier financera les semis inter-rangs afin d’offrir « gîte et couvert » pour les auxiliaires de culture (vers de terre, papillons, araignées…) et de fertiliser les sols.
Enfin, si le 3e palier, soit 15 000 €, est atteint, les deux frères Leroy installeront des filets de protection, barrières physiques
contre le carpocapse, un insecte ravageur. Il s’agit d’un papillon qui pond à l’intérieur des fruitiers. Les larves creusent le fruit et s’en nourrissent ».
La collecte participative sur Miimosa s’achève le 9 juin 2021. Maison Leroy, lieu-dit Le Châtaignier à Oizé. Tél. 02 43 87 22 29 ; accueil@maison-leroy.fr

Un point de vente Le Maine Libre – Isabelle JULIEN
Une exploitation qui a su évoluer
L’agriculture chez les Leroy est une affaire de famille. Nous sommes la 8
egénération. Notre arrière-arrière-arrière-grand-père s’est lancé dans l’élevage de bétail en 1824
, indique Pierre Leroy. L’activité se développa et laissa la place à la culture des premières pommes. Pierre, 34 ans (depuis quelques jours) et Simon, 28 ans ont repris l’entreprise familiale il y a dix ans. Une quarantaine de salariés plus une trentaine de saisonniers travaillent aujourd’hui sur l’exploitation.
+ Sarthe. Les vignerons font des nuits blanches à cause du gel
23 avril 2017, journée noire
En 2017, nous avons traversé une épreuve très difficile. Le 23 avril – il est des dates que l’on n’oublie pas – 60 % de notre récolte a été ravagée en une nuit à cause d’une très forte gelée. Nous avons cru que nous allions perdre notre ferme »,
se souvient Pierre.
+ Oizé. Gelées nocturnes : des nuits très agitées dans les vergers
Là , nous nous sommes dit qu’il fallait revoir notre copie ».
Les deux agriculteurs ont diversifié leur activité. Nous avons développé le maraîchage bio, la vente en directe sur place et nous avons ouvert un gîte. Nous nous sommes rendu compte que la monoproduction et le commerce avec un seul gros client nous fragilisaient
. Les deux frères développent également, cette année-là , l’agriculture bio sur leur exploitation.
Ce coup de gelée fut peut-être un mal pour un bien…