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« La rivière ne respire plus » : pourquoi Angers forme-t-elle un véritable « goulot d’étranglement » pour la Maine ?... |
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Construite sur un sous-sol dur, imperméable, Angers (Maine-et-Loire) contraint la Maine à s’écouler dans une vallée étroite. © Archives OUEST FRANCE
Si la Maine est régulièrement en crue au niveau d’Angers (Maine-et-Loire), c’est parce qu’elle coule sur un sous-sol différent de celui de ses affluents. Et aussi parce que l’aménagement de la ville contraint l’écoulement de la rivière.
En une phrase, l’étude sur le comportement hydraulique de la Maine dit tout, ou presque : La confluence des trois rivières - qui donnent naissance à la Maine - forme en amont d’Angers un vaste bassin de stockage des crues qui permet de temporiser leur écoulement gêné par l’étroitesse du goulot d’étranglement dû au verrou rocheux d’Angers.
Goulot d’étranglement, c’est le rôle que joue Angers vis-à-vis de la rivière qui l’a vue naître. Embarrassant en période de crue…
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Une roche « imperméable »
Pour comprendre le phénomène, il faut gratter un peu sous le lit de la rivière, en compagnie de Benoit Mellier. Directeur du muséum de sciences naturelles d’Angers, il rappelle que la ville repose sur « un sol schisteux dur, imperméable, celui du Massif armoricain, dans lequel l’eau ne peut que s’infiltrer par des failles ». Elle peut juste s’y frayer un chemin, étroit, mais pas s’y étaler comme elle le fait plus en amont, dans le secteur des Basses vallées angevines.
La Sarthe, une oasis pour l’eau des crues
En effet, dans ce secteur, la géologie change. La Sarthe et son affluent le Loir reposent ainsi sur une pointe du bassin parisien. C’est-à-dire un sol sédimentaire, qui peut retenir l’eau comme le ferait une éponge »,
décrit Benoît Mellier. On comprend mieux pourquoi le bassin-versant de la Sarthe constitue la moitié du gigantesque réservoir d’eau - et de la zone naturelle d’expansion des crues - des basses vallées angevines.
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L’urbanisation est aussi responsable
Mais la main de l’Homme a aussi apporté sa pierre à la construction du goulot d’étranglement
angevin. L’urbanisation, notamment du quartier Saint-Serge, a mordu sur ce qui était auparavant un marécage, des prairies inondables »,
rappelle Benoît Mellier, pour qui « la rivière ne respire plus. Un énorme travail est mené pour corriger cela, mais cela prendra du temps », ajoute-t-il. L’étude sur le comportement de Maine relevait d’ailleurs que
le nouvel aménagement du quartier Saint-Serge [aurait] un impact relativement faible sur les conditions d’écoulement en conditions de crues de type janvier 1995 ».
Et le pont de Verdun, on en parle ?
Mais une autre construction joue un rôle non négligeable : le pont de Verdun. Lors de la crue de 1995, il apparaît que cet ouvrage d’art, par ailleurs le plus ancien pont de la ville, a joué un rôle négatif sur les inondations, en remontant la ligne d’eau d’environ 40 cm ». En clair, ses piles et son tablier ont ralenti l’écoulement des eaux, les refoulant vers l’amont. Si le pont de Verdun est le cas le plus marquant, les auteurs de cette étude relèvent que les différents ouvrages franchissant la Maine dans sa traversée d’Angers jouent un rôle
de cette nature.