Manger bio coûte cher. Mais la fréquentation des magasins spécialisés a augmenté de 10 % en un an.
L'image passéiste du consommateur bio mangeur de graines existe encore ! » Marie-Hélène Le Fur, responsable de cinq magasins du réseau Biocoop dans le Finistère, sait pourtant qu'il n'en est rien. Les réseaux de distribution des produits biologiques ont fait peau neuve, ces cinq dernières années. Si le lieu d'achats privilégié des bio reste, pour 65 % d'entre eux, les rayons bio des grands supermarchés, la fréquentation des boutiques spécialisées bio a augmenté de 10 % en un an. Celles-ci ont d'ailleurs agrandi leurs rayons pour devenir de vrais petits supermarchés tout-bio, qui peuvent atteindre 400 m2 de surface.
« La création du magasin bio de Brest, c'est, au départ, un groupement d'achats d'une centaine de familles, il y a vingt ans, qui voulaient consommer autrement, explique Marie-Hélène Le Fur. On a ouvert un point de vente, puis l'on s'est professionnalisé. Beaucoup de magasins sont nés comme ça ! » Aujourd'hui, le réseau Biocoop compte 230 magasins en France, 53 dans le Grand Ouest, dont 42 supermarchés. Dans ces magasins - qui peuvent être indépendants ou appartenir à des réseaux comme La Vie Claire, Rayons Verts ou Biocoop - on trouve de tout : pain, huiles, confitures, céréales, féculents, boissons, viande, produits laitiers, fruits et légumes, mais aussi plats cuisinés, cosmétiques, produits d'entretien ou surgelés. Dans le panier du client bio, ce sont les fruits et légumes, les oeufs et le pain qui ont la cote.
La clientèle est d'ailleurs de plus en plus nombreuse. « Elle est beaucoup plus large, précise Marie-Hélène Le Fur. Ce sont par exemple, des jeunes parents qui s'interrogent sur la qualité des aliments qu'ils donnent à leurs enfants, après les affaires de la vache folle et de la dioxine. » Dominique Haurillon, propriétaire de deux magasins bio dans la région d'Angers fait le même constat. « La clientèle est plus moderne, zappe, n'est plus forcément dans le tout-bio. Ce n'est plus l'ère du bio héroïque ou philosophique. » Ainsi, les produits aussi prennent un coup de jeune, sans perdre en qualité. Les produits sont contrôlés par un organisme comme Ecocert, qui garantit que les produits agricoles sont cultivés sans engrais ni produit chimique, que les animaux sont nourris avec des aliments biologiques et on accès au plein air, par exemple. « A partir de cette année, même les magasins seront soumis à des contrôles », précise Dominique Haurillon.
Bien sûr, acheter bio demande quelques efforts. S'ouvrir l'esprit, d'abord : « Il faut prendre le temps de découvrir les produits, apprendre à cuisiner les céréales. Il faut de la bonne volonté mais rien n'empêche d'y aller progressivement. » Autre nécessité : ouvrir son porte-monnaie. Six oeufs coûteront en moyenne 2 € dans une boutique spécialisée, 1 € 80 dans le rayon bio d'une grande surface contre 1 € 20 pour des oeufs non bio. « Manger bio coûte cher, même deux fois plus, affiche clairement Dominique Haurillon. Je suis volontairement provocateur, mais c'est un micro marché ! Parfois, avec les produits rares, on chasse sur les terres de l'épicerie fine, de la gastronomie. Et puis, il y a cette qualité : je travaille avec des producteurs que je fréquente depuis vingt-cinq ans, mes vendeuses ont une formation de diététicienne. »