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Sarthe. Déserts médicaux : une association accuse l’État de non-respect du droit d’accès à la santé1 |
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Entre 7 et 9 millions de Français sont privés de médecins traitants aujourd’hui. La Sarthe fait partie des territoires particulièrement touchée par la désertification médicale. © Photo archives Le Maine Denis Lambert
Soutenue par l’avocate et ancienne ministre Corinne Lepage, l’association des citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM) – dont l’antenne sarthoise est menée par le docteur Laure Artru – vient d’adresser un courrier au Premier ministre Jean Castex et au ministère de la Santé afin de rétablir le droit à la santé pour tous en luttant contre la désertification médicale en France. La menace d’une plainte déposée contre l’État est brandie, en cas de refus ou d’absence de réponse du gouvernement.
Le courrier est parvenu ce vendredi 8 janvier 2021 au Premier ministre Jean Castex, et à Olivier Véran, ministre de la Santé. Il est signé de la main de Me Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement (de 1995 à 1997).
L’avocate s’érige en porte-parole de l’Association des citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM) créée en 2016 en Mayenne par Maxime Lebigot, un infirmier du centre hospitalier de Laval. Une antenne sarthoise emmenée par la rhumatologue mancelle Laure Artru s’est depuis montée pour se joindre au combat.
Rétablir le droit égalitaire et constitutionnel à la santé pour tous
Dans son courrier, Me Lepage et l’association somment l’État de prendre les mesures indispensables à la cessation de la carence sanitaire sur une grande partie du territoire français ».
Leur injonction s’appuie sur le principe d’égalité de la Déclaration des Droits de l’Homme
et les valeurs constitutionnelles d’accès à la santé ».
Les déserts médicaux constituent, à l’évidence, une rupture d’égalité territoriale et une inégalité d’accès aux soins
, est-il spécifié. Aujourd’hui, entre 9 % et 12 % de la population française vit dans un désert médical, soit entre six et huit millions de personnes.
L’avocate avance en complément le chiffre de sept millions de personnes sans médecin traitant en 2018.
Une situation qui n’a qu’empiré depuis trois ans ». Selon Laure Artru, il s’agirait ?en réalité aujourd’hui de
neuf millions de cotisants
qui seraient privés de médecin en France.
La clé : la régulation du travail des médecins sur le territoire
Laure Artru l’affirme : le principal ennemi de la cause, ce sont les médecins eux-mêmes ».
La profession jouit à ce titre du soutien du Conseil de l’ordre des médecins qui s’oppose à la régulation territoriale du travail de ces derniers.
Nous n’avons jamais eu autant de médecins dans notre pays : 300 000 aujourd’hui, signale le médecin sarthois. Mais contrairement à n’importe quelle autre profession, les médecins peuvent ?exercer où ils veulent, quand ils veulent, choisir de ne faire que des remplacements toute leur carrière. Certains n’exercent même jamais. Un quart des médecins diplômés ne verront pas un patient de leur vie. Et en moyenne, un médecin ne s’installe pas avant 40 ans, alors qu’il sort des études à 28 ans.
Pour l’ACCDM, la seule remédiation possible passe par des mesures coercitives envers les jeunes médecins. À la fin de leur formation, on doit les obliger à exercer pendant quelques années dans un secteur en pénurie de médecins, est convaincue la vice-présidente Laure Artru. Des règlements incitatifs peuvent aussi être instaurés pour faire par exemple en sorte qu’un docteur ne sera pas remboursé de ses honoraires s’il exerce dans certaines zones surpeuplées en médecins.
> > > Une plainte devant le Conseil d’État en prévision
Les déséquilibres d’accès aux soins selon les régions de France, en ville et en campagne, sont flagrants et tendent à s’aggraver. Selon les dernières statistiques, dans le sud de la France, il y a un médecin pour 700 patients en moyenne. En Sarthe, c’est un médecin pour 2 500 à 2 800 patients
, compare la rhumatologue de la clinique du pré au Mans.
Une récente étude menée pour l’association des maires ruraux et sur la base de chiffres de l’Insee fait apparaître une inégalité en matière d’espérance de vie. Les habitants de zones rurales vivent en moyenne deux ans de moins que ceux des villes.
Il doit y avoir une prise de conscience collective du drame qui est en train de se jouer. Nous voulons créer un électrochoc
, insiste Laure Artru.
C’est dans cette voie que l’association des citoyens contre les déserts médicaux entend mener son action jusqu’au bout et envisage de déposer une plainte auprès du Conseil d’État, pour non-respect de la constitution. Ceci, en cas de non-réponse ou de retour négatif du gouvernement. Et dans un délai de deux mois
, précise la représentante sarthoise de l’ACCDM.
Plus d’informations sur l’ACCDM : desertsmedicaux@gmail.com
> > > Dominique Dhumeaux : « 80 000 personnes sans médecin traitant en Sarthe »
Dominique Dhumeaux, président de l’Association des maires ruraux de la Sarthe, se réjouit de l’action engagée par cette association de citoyens. Tous les outils qui vont obliger le gouvernement à prendre vraiment en considération ce problème majeur de santé public et à légiférer, sont d’excellentes initiatives
, soutient celui qui est aussi vice-président du groupement national des maires de communes de campagne.Nos dirigeants doivent prendre rapidement des décisions courageuses contre le lobby des médecins.
Comme nombre d’édiles de petites communes sarthoises, le maire de Fercé-sur-Sarthe alerte sur la situation dans le département depuis plusieurs années. Selon les chiffres de la Sécurité sociale, 80 000 personnes en Sarthe sont sans médecin traitant. Et les estimations liées à la pyramide des âges annoncent que la moitié de la population sarthoise n’aura bientôt plus de médecin.
Fortement impliquée pour faire avancer la cause, l’association des maires ruraux va faire paraître une étude sur le sujet chaque mois jusqu’en juin. La prochaine est prévue dans dix jours
et mettra en lumière les liens entre espérance de vie, consommation de soins et présence de médecins
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+ La Suze-sur-Sarthe. Désert médical : « Cela ne peut s’éterniser »
+ La Chapelle-d’Aligné. Désertification médicale : la commune fait de la résistance
+ Sarthe. Un coup de pouce pour installer deux kinés et deux dentistes
+ Malicorne-sur-Sarthe. La maison de santé va perdre ses deux médecins en 2021
Les 3 premières mesures très URGENTES à prendre:
- Abolir la notion de médecin traitant
- interdire à la sécurité Sociale de sanctionner les assurés qui n'ont plus de médecin traitant, c'est malheureusement le cas aujourd'hui, c'est la double peine, c'est un véritable scandale.
- Interdire aux médecins le refus de prise de rendez-vous au motif que vous n'êtes pas dans sa clientèle, c'est le cas aujourd'hui si bien que que les assurés sans médecin traitant ne peuvent plus se soigner