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Saint-Michel-de-Chavaignes. Agriculteurs avant d’être méthaniseurs... |
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Saint-Michel-de-Chavaignes, jeudi 18 novembre 2021. Éric Froger, pionnier de la méthanisation agricole en Sarthe. Un procédé qui lui permet de chauffer son exploitation et de revendre de l’éléctricité. © Le Maine Libre - Yvon LOUÉ
Alors que les projets de méthaniseurs fleurissent en Sarthe, Le Maine Libre a rencontré Éric Froger, agriculteur en Gaec à Saint-Michel-de-Chavaignes. Il est le premier à avoir installé une unité de méthanisation agricole sur son exploitation en Sarthe en 2013.
Le méthaniseur est à présent le pilier de l’exploitation »,
confie Éric Froger, agriculteur à Saint-Michel-de-Chavaignes. Il est installé en Gaec avec sa femme et ses deux enfants. Ensemble, ils ont a été les premiers à installer un méthaniseur agricole dans la Sarthe. C’était en 2013.
7000 t par an
Nous avons toujours été curieux de nouvelles technologies. Nous avons découvert ce qui se faisait en Allemagne concernant la méthanisation agricole : il y avait un potentiel d’énergie dans nos élevages que l’on pouvait valoriser. Nous avons décidé de nous lancer après avoir visité des unités de méthanisation agricole en l’Eure-et-Loir, parmi les toutes premières en France
. En 2013, le méthaniseur du Gaec Froger sur le site de l’exploitation qui « digère » 7000 t de matières par an entre en service. C’est un petit méthaniseur par rapport aux projets actuels »,
souligne le Sarthois. L’unité de méthanisation produit 2 millions de kwh d’électricité par an revendus à EDF. Il permet également de produire une grande partie de la chaleur nécessaire à l’ensemble de la ferme (habitation et exploitation). Avant l’installation du méthaniseur, on utilisait 40 tonnes de propane, nous sommes à 10 tonnes aujourd’hui ».
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Avec les produits de l’exploitation
Le Gaec Froger a investi 1,65 million d’euros dans ce méthaniseur. Il a bénéficié d’une subvention de 120 000 euros de l’Ademe et 6000 euros du Département.
Le méthaniseur est alimenté avec le fumier des bovins et celui des volailles de l’exploitation. Quant à la matière végétale, elle n’est composée que de résidus de cultures, de tontes de prairie de la ferme, d’exploitations ou de collectivités situées à proximité, parfois de maïs que les vaches ne consomment pas car abîmé (moisissures, échauffement…). Ici, on ne crée pas de déchets végétaux pour alimenter le méthaniseur. Il n’est pas question d’intensifier les cultures de céréales, d’épuiser nos sols pour la méthanisation
, tient à souligner l’agriculteur.
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Épandage du digestat
Quant au digestat (résidus issus de la méthanisation des déchets organiques), il n’est épandu qu’au printemps sur le maïs et la prairie au moment où la plante en a besoin ».
L’agriculteur estime que l’épandage du digestat – selon la manière dont il procède – n’a pas d’incidence sur la vie des sols et que les rendements ont été améliorés. Nous économisons 20 % d’apport d’azote ».
L’agriculteur défend un procédé vertueux d’une méthanisation qui fonctionne avec ce qui est produit sur place, la raison pour laquelle cette unité est financièrement rentable
. Si la méthanisation est devenue un élément essentiel du Gaec, la famille Froger n’entend pas sacrifier bovins, poules et cultures au profit de la production d’énergie. Notre métier demeure agriculteur »
. Éric Froger défend également la méthanisation par les agriculteurs, en individuel ou regroupement de quelques exploitations situées dans une proximité géographique :Il ne faut pas laisser les industriels exploiter nos fumiers et nos terres ! ».
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Un fonctionnement 7 jours sur 7
Le méthaniseur du Gaec Froger fonctionne 7 jours sur 7. Au début, on nous a dit qu’il pouvait être alimenté 6 jours sur 7. Cela pose des problèmes de bon fonctionnement. Accumuler la matière pour deux jours génère des problèmes mécaniques dus à l’excès de charge. De plus, il faut que l’alimentation soit régulière afin de maintenir la vie biologique qui permet une digestion de bonne qualité ».
Le méthaniseur réclame donc une alimentation quotidienne. Quand des agriculteurs, intéressés par la méthanisation, viennent voir l’installation et se renseigner, je conseille de réaliser le projet à plusieurs car un méthaniseur c’est contraignant. Un problème avec le méthaniseur est prioritaire sur toutes les autres tâches de l’exploitation ». Au Gaec Froger, chaque membre du Gaec a son téléphone relié au système d’alarme du méthaniseur.
Le méthaniseur est soumis à des contrôles réguliers de la DDPP (direction départementale de la protection de la population) ainsi qu’à des autocontrôles. Le méthaniseur est équipé de système d’alarme de niveau (si trop-plein) et de régulation des flux de matière.