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Quand Gargantua décrottait ses bottes en Sarthe... |
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André Olivier, passionné d’Histoire, est également bibliothécaire archiviste de la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe. © Solenn Delhaye-Boloh
Mythes et légendes en Sarthe. Le géant nettoya ses bottes à Peray et en profita pour jouer au palet, lançant sa pierre à plus de 13 km de là … Elle s’y trouve toujours, en plein cœur de Torcé-en-Vallée.
Il était une fois Gargantua, qui arpenta nos terres sarthoises. Le héros du deuxième roman de Rabelais est né en 1534 à Lyon, lors du retour de son auteur d’un voyage en Italie en tant que médecin du cardinal Jean du Bellay. Comme lui, il voyage beaucoup par les routes boueuses de ce temps-là …
« Gargantua est présent dans les légendes de nombreux lieux en France. Et la Sarthe, proche de Chinon d’où est originaire Rabelais, n’est pas une exception », sourit André Olivier. Passionné d’histoire, il a collaboré à l’ouvrage collectif La Sarthe – Lieux de légendes (Éditions Sutton). Il est également bibliothécaire archiviste de la plus ancienne société savante du département, la Société d’agriculture, sciences et art de la Sarthe. Fondée en 1761, elle possède 14 000 ouvrages du fonds ancien installé à la médiathèque Louis-Aragon, du Mans.
« Qui dit géant dit grandes bottes ! »
Après les guerres Picrocholines entre son père, Grandgousier, et le tyran Picrochole, Gargantua rentre donc dans sa Touraine natale. « Gargantua était de passage par la Sarthe lorsqu’il s’arrêta à Peray, pour décrotter ses bottes : qui dit géant dit grandes bottes, et donc masse de boue ! Il en jaillit des mottes que l’on y voit encore. On les appelle des dépâtures », explique André Olivier.
Le héros aurait également laissé sept crottes derrière lui en secouant ses bottes lors de la traversée de l’Huisne entre Lombron et Saint-Célerin, dont la butte de Montrentin.
Ces mottes, il en existe dans de nombreux départements, comme les liste la Société de mythologie française. Cette dernière repère d’ailleurs des dépâtures à l’autre bout de la Sarthe, proches de la Roche-Simon à Villaines-sous-Malicorne. Ainsi que les trois mottes d’Arthezé, dans la commune voisine. Ces trois-là seraient, quant à elles, dues au nettoyage des sabots du cheval de Gargantua.
Faisant donc une pause à Peray, Gargantua aurait aussi joué au palet. « Et sa force peu commune explique pourquoi son palet a atterri à Torcé-en-Vallée et s’est brisé en arrivant », poursuit André Olivier. Il y a en effet 13 km entre les deux lieux…
Une autre version de la légende existe pour ce dolmen : Gargantua l’aurait en effet utilisé comme lit, pour se reposer. Une hypothèse confortée par la taille de l’édifice et ses 7,5 m de diamètre. Un autre mégalithe connu comme le palet de Gargantua se trouve à Saint-Jean-de-la-Motte (au lieu-dit le Palet). Et, il ne faudrait pas oublier le menhir de Gargantua, contre la cathédrale Saint-Julien du Mans.
On lui doit donc nombre de curiosités géologiques et géographiques, partout en France, du chaos rocheux du lac de Maine à Angers jusqu’aux trois cailloux (Tombelaine, Mont-Tombe et Mont-Dol) qu’il a semés pour traverser à sec la baie du Mont-Saint-Michel.
Ces lieux sarthois qui ont vu le passage de Gargantua
La motte féodale du castrum Pireti, à Peray (sur la D109) remonte au Xe siècle et a été, comme celle de Saint-Rémy-du-Val, renforcée à la fin du XIe par Robert II de Bellême. Il était alors en conflit avec le comte du Maine.
Comme la motte plus petite au sud, elle fut construite de la main de l’homme, probablement avec la terre prise dans les fossés l’entourant et constituait une protection de premier niveau contre les ennemis. D’un diamètre d’environ 120 m au sol et de 50 m au sommet, elle culmine à 96 m au-dessus du niveau de la mer, ce qui en fait l’une des plus importantes mottes féodales du département. Un château en bois ou une tour devait être installé au sommet pour contrôler les vallées de la Dive et de l’Orne saosnoise. Au pied de la motte, un espace plus vaste (la basse-cour) était protégé par des palissades de bois.

L’accès au Castrum Pireti est gratuit mais interdite aux chiens car les moutons d’Ouessant en assurent l’entretien Yanne Boloh
L’accès à la butte est gratuit et permet, outre le paysage, d’observer les moutons d’Ouessant chargés de l’entretien du lieu. L’église du village est également intéressante.
Quant au dolmen de Torcé-en-Vallée, avec sa table monumentale de 7 m de long, il daterait de plus de 5 000 ans, sans doute de la période du néolithique moyen. Témoin d’une occupation de la zone dès la préhistoire, il était composé d’une grande dalle supportée par des blocs. Sa destruction pourrait être due, selon une légende, aux sœurs de la Visitation du Mans qui l’auraient fait briser pour réparer une de leurs fermes. Plus probablement, son altération date des fouilles entreprises au début du XIXe siècle et qui auraient déstabilisé l’édifice.

Le mégalithe de Torcé-en-Vallée serait soit un palet lancé par Gargantua, soit un lieu de repos pour le géant. Yanne Boloh
La randonnée dite du « Palet de Gargantua » vous propose une boucle d’un peu plus de 10 km de l’église du village vers le sud et la butte de Montrentin, autre lieu lié au géant, de 130 m d’altitude. Elle est d’ailleurs au programme du trail de Lombron, intitulé Sur les traces de Gargantua (8 ou 16 km de course), épreuve sportive inscrite au calendrier running des Pays de la Loire, dont la dernière édition s’est déroulée le 4 juin. C’est peut-être finalement de cette butte-ci que Gargantua aurait lancé son palet vers Torcé-en-Vallée…