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Procès Fillon. « En 1981, plus de la moitié des députés employaient un conjoint ou un proche »... |
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François Fillon à son arrivée au tribunal lundi 15 novembre. © AFP/Thomas Coex
L’ancien Premier ministre François Fillon a été condamné en première instance à cinq ans de d’emprisonnement, dont deux ferme, 375 000 € d’amende et dix ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics. Jugé en appel jusqu’au 30 novembre, avec sa femme et son ancien suppléant à l’Assemblée nationale, Marc Joulaud, il a dit ce mardi 16 novembre 2021, dans une déclaration liminaire, sa « vérité » et ses « regrets ».
À l’ouverture du procès en appel dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs de son épouse entre 1998 et 2013, François Fillon a seulement déclaré qu’il « contestait le jugement » de premier instance. Il avait été condamné, le 29 juin 2020, à cinq ans de prison, dont deux ferme, 375 000 € d’amende et dix ans d’inéligibilité.
Dans une déclaration liminaire ce mardi 16 novembre 2021, au deuxième jour d’audience, l’ex-Premier ministre a indiqué vouloir dire la « vérité » qu’il n’est « pas parvenu à faire entendre en première instance » et ses « regrets ». En commençant par souligner que son épouse l’a « assisté » dans le cadre de son « engagement politique. Et qu’elle a été rémunérée pour son travail. »
L’ancien locataire de Matignon et son ex-suppléant à l’Assemblée nationale, Marc Joulaud, comparaissent pour détournement de fonds publics. Penelope Fillon pour complicité et recel de ces délits. Elle a perçu 613 000 € nets de contrats d’assistante parlementaire entre 1998 et 2013. Des prestations « fictives ou surévaluées », selon l’accusation. Ce que les prévenus contestent.
« La moitié des députés employait un membre de leur famille »
« Quand j’ai été élu à l’Assemblée nationale en 1981, plus de la moitié des députés employait un conjoint ou un membre de leur famille comme assistant parlementaire », explique-t-il. « C’est dans ce contexte que mon épouse a participé à mes activités politiques », ajoute François Fillon, précisant qu’il « ne saurait y avoir de distinction dans l’activité d’un parlementaire entre ce qui est politique ou pas ».
Le député, poursuit-il, « agit en fonction de ses convictions, de ses choix politiques, quand il est à l’Assemblée, ou quand il arpente son territoire et aussi quand il agit dans le cadre du parti auquel il appartient. » Pour François Fillon, « on ne peut pas juger les infractions qui lui sont reprochées sans tenir compte de la réalité. »
« Je n’ai pas été un député fictif… »
S’il a été élu huit fois à l’Assemblée, « c’est sans doute que je n’ai pas été un député fictif préoccupé seulement par l’argent comme une partie de la presse m’a dépeint. C’est sans doute ce qui me blesse le plus : 40 ans de vie publique, de combat politique, au service d’une ville, d’une région, d’un pays… 40 ans d’engagement effacés par un article d’un journal satirique et une enquête à charge », lâche-t-il.
Son épouse « a travaillé » à ses côtés, répète François Fillon. « D’ailleurs le jugement de première instance n’arrive pas à le nier », estime-t-il, avant d’évoquer ses regrets. « Notamment celui de ne pas avoir compris que cette pratique [l’emploi d’un conjoint] suscitait la suspicion de l’opinion […]. J’ai des regrets aussi pour mon pays privé d’un débat démocratique en 2017. Et pour ma famille politique. »
Des regrets, il a encore pour sa « famille. Mais surtout pour mon épouse, marquée à vie par cette affaire […]. Quelle que soit votre décision, rien ne pourra jamais effacer la violence de ce qu’elle a subi avec une dignité exemplaire. »