Accueil Info En France et dans le Monde ENTRETIEN. « Notre agenda, c’est l’actualité et le terrain » : la riposte du patron de l’info de RMC BFM face à CNews

ENTRETIEN. « Notre agenda, c’est l’actualité et le terrain » : la riposte du patron de l’info de RMC BFM face à CNews

...
photo  jean-philippe baille est directeur général délégué à l’information du groupe rmc bfm depuis le 1er octobre 2025. il est photographié ici au siège du groupe, à paris, le 3 février 2026.  ©  stéphane geufroi / ouest-france 2

Jean-Philippe Baille est directeur général délégué à l’information du groupe RMC BFM depuis le 1er octobre 2025. Il est photographié ici au siège du groupe, à Paris, le 3 février 2026. © Stéphane Geufroi / Ouest-France

Devancée par CNews et poursuivie par LCI, BFMTV veut profiter des échéances électorales. Nommé directeur général délégué à l’information de RMC BFM à l’été 2024, Jean-Philippe Baille détaille sa stratégie pour la première fois. Il annonce quatre grands débats avant les municipales (Paris, Marseille, Lyon, Nice) mais également le test d’une IA de fact-checking en direct. Il revient aussi ce qui différencie sa chaîne de CNews, tout en évoquant Benjamin Duhamel, Léa Salamé et… Sonia Mabrouk.

Il prévient très vite au cours de l’entretien : « BFMTV est toujours là, et elle sera encore là demain ! » La chaîne d’information, longtemps intouchable, a vécu des derniers mois mouvementés : renumérotation et rapprochement de la concurrence, dépassement par CNews et progression de LCI, rachat par le groupe CMA CGM entraînant de nombreux départs et des interrogations en interne, modification de la gouvernance… Mais Jean-Philippe Baille, le directeur général délégué à l’information de RMC BFM, repasse à l’offensive.

Dans sa première interview depuis sa prise de fonctions le 1er octobre 2024, le journaliste qui a exercé des responsabilités à RTL puis à Radio France, veut croire à une remontada et détaille sa stratégie, insistant sur l’ADN de BFMTV : le terrain et le reportage. S’opposant selon lui à CNews , « chaîne d’opinion » : « Quand tout est construit à partir d’un biais idéologique, on s’éloigne de l’information telle que je la conçois. Sur BFMTV, toutes les opinions peuvent s’exprimer, mais toujours à partir de faits incontestables, constatés sur le terrain. »

Lire aussi : RENCONTRE. Alain Duhamel, témoin infatigable de la Ve République

Il annonce également le dispositif mis en place pour les municipales, notamment 22 débats - 18 sur les chaines locales de BFM, 4 sur l’antenne nationale (Paris, Marseille, Lyon, Nice) - et le test d’un outil d’intelligence artificiel avec Mistral, capable de factchecker les prise de parole en direct. Il donne aussi son avis sur trois journalistes qu’il connaît bien : Benjamin Duhamel, Léa Salamé et Sonia Mabrouk.

Les audiences et la concurrence

En janvier, le classement des chaînes d’info est le suivant : CNews 3,2 % de part d’audience, BFMTV 2,8 %, LCI 2,3 % et France Info 1 %. En 2025, CNews a été pour la première fois première chaîne d’info de France (3,4 %) devant vous (2,8 %) ; et LCI a connu la plus forte progression (2 %). Comment va BFMTV dans tout ça ?

D’abord, la concurrence est saine. Ensuite, BFMTV reste forte, puissante et résiliente. CNews est toujours en tête, mais l’écart se réduit par rapport à 2025. Malgré la renumérotation qui nous a été défavorable et dont LCI a bénéficié ; mais aussi malgré le rachat de la chaîne, la clause de cession entraînant des départs de journalistes et l’arrivée de nouveaux dirigeants. BFMTV progresse. Elle est toujours là, et elle sera encore là demain !

À plusieurs reprises en janvier, LCI a pourtant dépassé BFMTV.

Si l’on regarde dans le détail, sur la semaine où LCI est au coude-à-coude avec BFMTV, elle n’a pas gagné de téléspectateurs mais de la durée d’écoute. C’est un combat central pour nous, y compris face à CNews.

C’est-à-dire ?

Nous avons progressé, en passant d’environ 24 minutes par jour et par personne à un peu plus de 27, grâce au travail mené par Fabien Namias et ses équipes. Chaque minute gagnée est difficile à aller chercher. 

Lire aussi : ENTRETIEN. Arrivée sur Netflix, succès de Star Academy, tensions dans l’audiovisuel… Le PDG de TF1 détaille sa stratégie

Pourquoi vos téléspectateurs restent-ils moins longtemps en moyenne ?

Parce qu’ils sont plus jeunes et parce que, par ADN, nous traitons beaucoup plus de sujets différents que nos concurrents. Il nous arrive de concentrer l’antenne sur un ou deux thèmes forts — tensions internationales, grands sommets — mais le reste du temps, notre antenne est très diversifiée.

Pour autant, BFMTV reste extrêmement puissante sur l’événement. Dès que quelque chose d’important survient, nous sommes largement n° 1. En nombre de téléspectateurs, BFMTV est la chaîne la plus regardée. Et nous sommes très forts sur la cible publicitaire, les 25-49 ans : c’est fondamental pour notre santé économique.

Regardez-vous plutôt la chaîne qui est devant ou celle qui est derrière ?

Nous nous regardons d’abord nous-mêmes. Par exemple, nous travaillons notre offre du soir. Nous sommes en pourparlers avec Arnaud Montebourg. Connu pour son franc parler, il pourra nous apporter son expérience d’ancien ministre et de chef d’entreprise, chaque semaine, dans un espace de totale liberté. Par ailleurs nous projetons déjà sur les municipales, puis la présidentielle, qui seront des RDV très importants pour la chaine s’y prêtent particulièrement.

Voir aussi : VIDÉO. Comment sont mesurées les audiences à la télévision ?

LCI cartonne sur l’international. Comment traitez-vous cette matière  ?

Nous avons structuré un grand service international dirigé par Patrick Sauce avec une dizaine de journalistes experts. En ce moment, par exemple, nous avons des équipes à Abou Dhabi, Dubaï, Tel-Aviv, Washington, et un correspondant en Iran. Ce n’est pas un virage opportuniste : c’est l’actualité. BFMTV reste la chaîne de l’événement, et aujourd’hui l’événement se joue beaucoup au Moyen-Orient. C’est coûteux, mais nous n’y renoncerons pas car c’est notre modèle : être là où il se passe des choses.

L’ADN de BFMTV et l’opposition à CNEWS

Quelle est, selon vous, la différence fondamentale entre BFMTV et CNews ?

Nous traitons davantage de sujets et nous allons sur le terrain. C’est la marque de fabrique du groupe : avec RMC, nous sommes au plus proche des préoccupations des Français. Nous allons les voir, nous les écoutons et nous leur donnons la parole.

Donc il n’y a pas de positionnement politique ou idéologique à BFMTV ?

Non, ni aucun agenda. Notre agenda, c’est l’actualité et le terrain.

CNews est parfois qualifiée de chaîne d’opinion. Qu’en dites-vous ?

Oui, c’est une chaîne d’opinion. Quand tout est construit à partir d’un biais idéologique, on s’éloigne de l’information telle que je la conçois. Sur BFMTV, toutes les opinions peuvent s’exprimer, mais toujours à partir de faits incontestables, constatés sur le terrain. C’est notre force et ce qui nous distingue, même si je respecte la stratégie de CNews.

Quelle est votre position dans le débat actuel opposant le service public aux médias du groupe Bolloré ?

Il ne faut pas tomber dans la caricature, ni d’un côté ni de l’autre. Le service public accomplit un travail important sur l’information. Il a des missions spécifiques, et un service public fort est indispensable, tout comme des chaînes privées fortes. La seule question qui nous guide, ici, est : sommes-nous utiles au public ?

photo jean-philippe baille : « il n’y a pas de sous-sujet quand il touche au quotidien des français. »  ©  stéphane geufroi / ouest-france

Jean-Philippe Baille : « Il n’y a pas de sous-sujet quand il touche au quotidien des Français. » Stéphane Geufroi / Ouest-France

On dit que BFMTV est en effervescence au premier flocon de neige…

Exactement. Il n’y a pas de sous-sujet quand il touche au quotidien des Français. Nous sommes une télévision populaire au sens noble du terme. Informer, écouter, donner la parole : c’est notre triptyque. Nous faisons ce travail pour le public, et uniquement pour lui.

Sur le terrain, par le passé, BFMTV a été à plusieurs reprises tancée par des manifestants. La situation s’améliore-t-elle ?

Il y a toujours des tensions, notamment lors de la couverture de manifestations sensibles, au cours desquelles nos journalistes peuvent être pris à partie, ce qui n’est pas acceptable. Mais notre image s’améliore, car les gens reconnaissent notre volonté de les écouter. Et de parler des faits, sans polémique.

Les élections municipales

Quels sont vos projets pour les élections municipales ?

Avant le premier tour, nous allons organiser 22 débats municipaux grâce à nos antennes locales (liste intégrale ici), dont quatre co-diffusés sur BFM TV : Nice, Lyon, Marseille et Paris. Pour ces villes, nous mobiliserons l’ensemble des médias du groupe : Les Grandes Gueules délocalisées sur RMC, débats sur BFMTV, émissions avant et après les débats dans les BFM locales. L’objectif est de montrer que nous sommes au plus près des Français et que nous sommes la chaîne du débat public, où toutes les sensibilités peuvent s’exprimer dans un cadre respectueux. Et nous travaillerons aussi avec la presse régionale et avec Brut, qui a intégré CMA Media depuis la rentrée et qui va permettre au groupe de toucher de nouveaux publics.

Les accords avec les candidats sont-ils actés, notamment Christian Estrosi et Éric Ciotti à Nice ou encore Rachida Dati à Paris ?

Ils sont en cours. À Nice, c’est acté. Pour Paris, la confirmation que vous évoquez manque encore, mais les invitations ont été envoyées.

Qui animera le débat du soir ?

Notre intervieweuse Apolline de Malherbe, qui a déjà animé des débats présidentiels et qui ira mener ces discussions dans les quatre villes citées.

Utiliserez-vous l’intelligence artificielle ?

C’est une première. Nous avons développé un outil de fact-checking en direct avec Mistral, l’acteur français de l’IA, qui est capable de vérifier en temps réel des affirmations (chiffres, citations, références…) prononcées lors d’une allocution, d’une interview ou d’un débat, à partir de sources multiples et fiables, comme l’Insee ou des sources institutionnelles. Il sera testé en arrière-plan pour les municipales, sans que cela apparaisse à l’antenne. L’objectif est de le rendre opérationnel pour la présidentielle et qu’il serve à fact-checker les intervenants en direct.

Vous avez fermé BFM Paris. Quel est l’avenir des antennes locales ?

Les municipales montrent notre attachement au maillage territorial. Économiquement, ce n’est pas simple, mais c’est essentiel d’un point de vue éditorial. Nous sommes le seul groupe privé à disposer d’antennes locales. Nous avons réorienté l’offre : davantage de sport, de services. Nous avons acquis des droits comme l’Elite 2 de basket ou le championnat National de football, et nous souhaitons accélérer.

RMC et le numérique

Selon le dernier classement des radios, RMC est 7e, talonnée par Europe 1. Là aussi, craignez-vous d’être dépassé ?

Toutes les tranches de RMC progressent, donc le travail mené par Karim Nedjari et ses équipes paie. RMC est une radio populaire, moderne, performante sur les cibles jeunes. Elle est très forte sur Twitch, les réseaux sociaux, les podcasts. Nous avons aussi de grands dispositifs sportifs, avec les JO d’hiver et la Coupe du monde de football. Notre objectif est que l’After, qui fête ses 20 ans, soit délocalisé aux États-Unis pour l’occasion.

Sur le numérique, pourquoi désormais parler de “BFM” plutôt que de “BFMTV” ?

Parce que BFM est une marque très forte. Nous avons voulu une seule porte d’entrée pour l’ensemble de nos contenus : BFM TV, BFM Business, les BFM locales. Cette stratégie digitale fonctionne : en janvier 2026, la plateforme BFM réalise un mois record avec 236 millions de visites, porté notamment par les contenus de BFM Business qui se classe 1ère marque économique de France sur le digital.

La gouvernance

La gouvernance et les effectifs sont-ils stabilisés après les départs liés à la clause de cession ? Combien y en a-t-il eu ?

J’ai le sentiment que oui. On a trouvé depuis quelques mois une cohérence dans la gouvernance comme dans notre fonctionnement. Il y a eu 180 départs dans le cadre de la clause de cession.

Lire aussi : ENQUÊTE. Pourquoi le milliardaire Rodolphe Saadé, futur patron de BFMTV, étend son empire

L’arrivée de votre nouvel actionnaire, le groupe CMA CGM, présidé par Rodolphe Saadé, a créé des inquiétudes sur la liberté éditoriale. Sont-elles justifiées ?

Nous avons un actionnaire ambitieux, vigilant sur le modèle économique, mais je n’ai jamais reçu le moindre appel de sa part ni la moindre instruction éditoriale. Il n’a comme objectif que la réussite de ses médias. Il investit. Et notre mission est simple : relier les Français. Ça me va bien !

Les personnalités

Regrettez-vous le départ de Benjamin Duhamel, qui, un temps, devait travailler sur France Inter tout en restant sur BFMTV ?

Le changement de configuration de la matinale de France Inter avait rendu les choses trop lourdes pour lui permettre d’assumer les deux missions. C’est un talent, que je connais bien - il a été mon stagiaire à RTL -, et on est toujours déçu de perdre un talent. Mais les chemins se recroisent souvent.

Et Léa Salamé : regrettez-vous qu’elle ait préféré présenter le JT de 20 heures de France 2 plutôt que de venir sur BFMTV ?

Là aussi, c’est un talent. Bien sûr que c’est un regret. Oui, il y a eu des contacts, c’est normal. Est-ce qu’on se priverait de la possibilité de recruter un talent ? Non.

Sonia Mabrouk a annoncé qu’elle quittait CNews. Pourrait-elle venir à BFMTV ?

C’est une excellente journaliste, une grande intervieweuse, qui a aussi montré du courage. On a été en contact l’an dernier, les choses ne se sont pas faites. Depuis, une équipe est en place, et elle travaille très bien. Pour elle, comme pour d’autres, on ne ferme aucune porte.

 
Recueilli par Cyril Petit    Ouest-France  

  • merci d'indiquer un nom de film
    merci d'indiquer un titre'
    • Choisir un resto :
    merci d'indiquer un nom de restaurant

    merci de saisir l'adresse du restaurant
    merci de saisir la ville du restaurant

    • Choisir un bar :
    merci d'indiquer un nom de bar

    merci de saisir l'adresse du bar
    merci de saisir la ville du bar

    merci d'indiquer un titre à votre avis
  •  
  • merci d'indiquer un contenu à votre avis
    merci de saisir une note
    L'accueil / la qualité du service
    merci d'indiquer une note pour l'accueil

    L'ambiance / le décor

    merci d'indiquer une note pour l'ambiance

    Le rapport qualité / prix

    merci d'indiquer une note pour le prix
  • Vos données personnelles font l’objet d’un traitement informatique par la société Additi Multimedia, sur le fondement de l'exécution d'un contrat et sont utilisées notamment pour prendre en compte, modérer et répondre à vos commentaires sur les contenus mis en ligne sur le site. Elles seront conservées conformément à notre politique de données personnelles, sauf dispositions légales particulières. Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’opposition, de limitation et de portabilité, en vous adressant directement à pdp@sipa.ouest-france.fr ou par courrier à "Délégué à la Protection des Données Personnelles SIPA Additi Multimedia - ZI Rennes Sud-Est,– 10 rue du Breil – 35051 Rennes cedex 9". Vous avez également le droit d’introduire une réclamation auprès de la CNIL. En savoir plus
Newsletter maville

Abonnez-vous à la newsletter - Le Mans

Votre e-mail, avec votre consentement, est utilisé par la société Additi Com pour recevoir les newsletters sélectionnées. En savoir plus

Exprimez-vous !

Interdire les enfants dans certains lieux : pour ou contre ? 28
Réagir

L'info en continu

Quiz et jeux

Retour en haut