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ENTRETIEN. Milo Manara : « Il faut lire la beauté du texte d’Umberto Eco »

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photo  milo manara est venu au mans présenter sa nouvelle bande dessinée, une adaptation d’umberto eco, « le nom de la rose ».  ©  ouest-france 1

Milo Manara est venu au Mans présenter sa nouvelle bande dessinée, une adaptation d’Umberto Eco, « Le nom de la rose ». © Ouest-France

L’auteur de bande dessinée vient d’adapter Le nom de la rose d’Umberto Eco, aux éditions Glénat. C’est au Mans (Sarthe) que la sortie officielle a été lancée. Milo Manara regrette que son nom soit systématiquement associé au genre érotique.

C’est dans la Sarthe que le célèbre dessinateur est venu fêter la sortie française du Nom de la rose, chef-d’œuvre de l’écrivain italien Umberto Eco. Milo Manara est surtout connu pour ses albums érotiques. Pourtant, son travail explore bien d’autres histoires, de la saga des Borgia en passant par le Caravage. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a poussé à adapter le célèbre roman Le nom de la rose ?

Vous allez être déçue, mais ce n’est pas moi qui l’ai choisi. Le fils et la maison d’édition d’Umberto Eco me l’ont demandé, j’ai accepté, j’en ai été même très honoré. Mais c’est un défi très difficile à relever que d’adapter un livre d’un millier de pages, de le résumer en 120 et en bande dessinée. Il a fallu renoncer à 80 % des mots. Stefano Eco a trouvé que c’était fidèle œuvre de son père.

Comment avez-vous procédé pour faire ces choix ?

J’ai et relu le roman. Il fallait faire attention aux personnages, notamment à ceux très peu présents au début mais importants à la fin. Je me devais de les représenter. Celui qui m’a demandé le plus travail c’est l’abbé Abbon. Pour les autres, je suis resté très proche des croquis d’Umberto Eco.

Le film de Jean-Jacques Annaud ne vous a-t-il influencé ?

Je me suis détaché le plus possible du film. C’est vrai Sean Connery incarne parfaitement Guillaume de Baskerville. Il me fallait dessiner un personnage qui avait toute cette puissance, cette aura. Logiquement, je me suis inspiré de Marlon Brando.

Vous allez frustrer beaucoup de lecteurs avec la fin de la première partie, où Adso découvre le monde de la femme…

(Rires) Peut-être mais il se trouve que cette scène, où Adso découvre l’amour, correspond à la moitié du roman. Et c’est à partir de ce moment-là que tout bascule. Ce jeune moine va condamner une femme, on bascule dans la tragédie.

Cette femme nue, c’est un peu votre signature non ?

J’espère surtout que les gens liront la beauté du texte d’Umberto Eco, qui raconte cet épisode de façon si poétique, c’est magnifique. Il s’est inspiré du Cantique des cantiques (1). Je n’ai rien touché aux textes, c’est du mot pour mot, et la traduction est celle d’origine. Je n’ai rien inventé non plus des représentations qui sont dans l’album.

Umberto Eco, c’est une écriture exigeante en italien mais également dans sa traduction française. La BD est-elle une porte d’entrée pour ses livres ?

Un peu. Ce qu’il donne à voir du Moyen Âge en montre toute la fantaisie qui existait à cette époque. Ce n’est pas que de la torture comme on le voit quand on se promène dans la cité de Carcassonne. C’est aussi beaucoup d’imagination, de représentations fantaisistes et fantastiques que j’ai pu découvrir dans le roman. D’ailleurs, tous les dessins sont des représentations d’époques. N’oublions pas que ce sont ces vignettes érotiques qui déclenchent les foudres de l’assassin.

On vous associe tout le temps à la bande dessinée érotique, dont vous êtes l’un des précurseurs. Cela vous agace ?

C’est la vérité ? Oui, ça a tendance à m’agacer qu’on ne voie pas tout ce que j’ai pu faire d’autre. Mais je n’ai rien fait pour ne pas avoir cette étiquette. Si je devais tout recommencer ? Je ferais la même chose, j’ai quand même beaucoup de chance d’avoir fait tout ça !

Pensez-vous qu’il serait possible aujourd’hui de publier vos albums érotiques ?

Non, on ne pourrait plus ! Avant, on devait faire attention à la droite. Aujourd’hui, il faut aussi faire attention à la gauche, au politiquement correct, aux différentes sensibilités de cette société multiculturelle. C’est très difficile. On voit tout ce qu’il s’est passé par exemple avec Charlie Hebdo ou comment juste le fait de le raconter a coûté la vie au professeur Samuel Paty. C’est vraiment terrible. Il faut choisir entre la vie et la liberté. Moi je choisis la vie.

Vous êtes-vous déjà autocensuré ?

Bien sûr ! À l’occasion d’un opéra pour l’anniversaire de Mozart, j’ai exposé des dessins. J’ai fait attention de cacher l’intimité des femmes avec des draps ou des représentations de dos. Si j’avais dessiné le sexe de ces femmes, finalement les journaux n’auraient parlé de ça. Mais ce n’est pas mon opéra, vous comprenez, ça n’aurait pas été juste. Donc oui, je me suis censuré. Ce n’est même pas un droit, c’est un devoir. Je ne suis pas là pour créer des scandales. Moi ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires.

Vous êtes finalement une personnalité assez engagée ?

Moi, je ne demande qu’un peu plus d’équité dans ce monde. Le scandale c’est ça : toute la violence du monde. D’ailleurs, Umberto Eco en parle dans Le nom de la rose. La pauvreté est la même aujourd’hui. Tout est de plus en plus violent, avec une classe politique dominante qui nous dit que tout est compétition. Et nous, nous n’avons pas beaucoup de pouvoir.

Le nom de la rose, Glénat. 64 pages. 17,50 €.

(1) Le Cantique des cantiques est un des livres de la Bible.

 
Sophie DELAFONTAINE.    Ouest-France  

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