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« L’affaire Fillon » devant la justice trois ans après... |
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François Fillon, Pénélope Fillon et Marc Joulaud, à Sablé-sur-Sarthe. © OUEST FRANCE
François Fillon, son épouse Penelope et son ancien suppléant, Marc Joulaud, sont jugés durant neuf jours à Paris, à partir de ce lundi, dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la femme de l’ex-Premier ministre.
L’affaire a stoppé net sa course en tête à la présidentielle de 2017. Parti favori dans les sondages, François Fillon, chantre de l’intégrité et apôtre de la rigueur, avait été mis en examen avant le premier tour : soupçonné d’avoir salarié sa femme, durant des années, comme assistante parlementaire pour des prestations estimées « fictives ou surévaluées »
.
Ce dossier retentissant est jugé à partir de lundi 24 février – sauf renvoi à mercredi en raison de la grève des avocats – à Paris. L’ex-Premier ministre, 66 ans, et son ancien suppléant, Marc Joulaud, 52 ans, maire de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) candidat à sa réélection, comparaissent pour détournement de fonds publics. Penelope Fillon, 64 ans, est renvoyée pour complicité et recel de ce délit.
Plus d’un million d’euros perçu
L’épouse aurait perçu 1,054 million pour des contrats entre 1998 à 2007, puis en 2012-2013. François Fillon a toujours défendu la réalité des emplois de sa « première et plus importante collaboratrice »
dans la Sarthe. Elle gérait « l’agenda local »
, le « courrier parlementaire »
et rédigeait parfois des « mémos »
, soutient la défense, parlant de contributions essentiellement « orales »
et de notes manuscrites au fur et à mesure détruites.
Mais pour les juges d’instruction, les nombreux éléments présentés comme « preuves »
d’un travail effectif, « destinés à faire masse »
, ne « démontrent rien »
. Les activités décrites ne vont pas au-delà du « rôle social joué de manière assez traditionnelle par les conjoints »
de politiques. Ils estiment aussi exagéré « l’argument de la discrétion cultivée par Pénélope Fillon »
.
L’emploi de cette dernière auprès de Marc Joulaud, quand son mari est nommé ministre à partir de 2002, n’était pour l’accusation qu’une « contrepartie »
et un moyen pour le couple « d’augmenter ses revenus »
. Elle était d’ailleurs mieux payée que son député.
Les Fillon sont aussi poursuivis pour recel et complicité d’abus de biens sociaux pour l’emploi de conseiller littéraire obtenu par la mère de famille à la Revue des deux mondes de leur ami Marc Ladreit de Lacharrière, entre 2012 et 2013. Le couple se voit enfin reproché des « emplois de complaisance »
accordés à deux de ses enfants lorsque François Fillon était sénateur. Ainsi que, pour lui encore, la non-déclaration d’un prêt (50 000 €) de M. Lacharrière.
Les trois prévenus encourent dix ans de prison, de lourdes amendes et des peines d’inéligibilité. Leurs avocats plaideront la relaxe. L’Assemblée nationale, partie civile au procès, réclame « le remboursement de 1,08 million d’euros, au titre des rémunérations, si la juridiction considère que l’emploi de Penelope Fillon était fictif ».