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Covid-19. Collecte des Restos du coeur : « Les jeunes basculent en grand nombre dans la précarité »... |
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Joël Defontaine constate une situation de précarité sans précédent parmi le public des jeunesLe Maine Libre- © YVON LOUE
À partir de ce vendredi matin 5 mars 2021 et jusqu’à dimanche en milieu de journée, les bénévoles des Restos du cœur seront présents dans 85 supermarchés du département pour collecter vos dons. Cette année 2021 est cruciale, comme l’explique Joël Defontaine, le président départemental de la Sarthe.
Que représentent les Restos du cœur 72 ?
Joël Defontaine : « C’est un total de 15 centres d’activités sur l’ensemble du département, dont 13 font de la distribution alimentaire deux à trois fois par semaine. Nous avons également les Toits du cœur, un centre d’hébergement de stabilisation pour 20 femmes. Elles sont là pour se poser, se reposer et se remobiliser. Dans ce centre on compte une petite dizaine d’enfants. Enfin, nous disposons également du bus du cœur, destiné aux gens de la rue, qui tous les soirs propose un repas chaud ».
Combien de personnes aidez-vous ?
« Actuellement, nous sommes à 13 000 personnes accueillies par les Restos de la Sarthe, dont 320 bébés de moins de 18 mois. L’année dernière nous étions à 10 000 et nous constatons bien l’effet Covid. Il représente 30 % de plus. Ce sont des personnes qui, pendant la crise, ont basculé dans la pauvreté et la précarité et qui sont sous le seuil d’un reste à vivre d’environ 300 € par mois et par personne. On voit même que la plupart des gens qui ont basculé sont à moins de 200 € par mois. »
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Le public que vous rencontrez a évolué ?
« Avant la crise sanitaire, la moyenne d’âge de notre public était de 35-45 ans. Là , la moitié du public accueilli, c’est-à -dire 6 500 personnes, a moins de 25 ans. On a une classe d’âge qui bascule dans la précarité et qui constitue le plus grand nombre. Ce sont des jeunes qui ont entre 18 et 25 ans, sans travail et qui n’ont pas accès au RSA (revenu de solidarité active, NDLR). Pour les étudiants, on évalue la population soutenue à 500 jeunes. Actuellement, sur la population des 13 000 que nous aidons, 75 % vient pour la première fois. »
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Avez-vous constaté d’autres évolutions ?
« Oui on voit de plus en plus de commerçants qui sont dans des situations catastrophiques. Même s’ils sont aidés pour le personnel, ils doivent continuer à payer leurs dettes. On a aussi la problématique des cheveux gris. Avant, ces personnes aidaient les jeunes… maintenant ils ne sont plus en mesure de le faire. Le montant des pensions des jeunes retraités tourne autour de 750 à 800 € par mois… et les jeunes nous disent avoir été mis à la porte, sachant que les parents ne font pas ça de gaieté de cœur. »
Le tableau que vous dressez est sombre.
« Oui, et on le voit dans les chiffres. On a distribué 1,16 million de repas sur une année en 2020 contre 1 million en 2019. Sur les colis de dépannage, ceux remis quand on est face à une situation de survie alimentaire, on est passé de 80 000 colis en 2019 à 110 000 colis en 2020. Vous savez, les chiffres de l’Insee montrent, à la base, que le département de la Sarthe c’est un taux de pauvreté de 13,2 % dont 18 % sur l’agglomération du Mans. »
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Et côté recettes ?
« Avec l’absence du public, cette année, les Enfoirés ne nous assurent pas de recettes. Nationalement, nos 117 associations vont perdre 4,5 millions d’euros ce qui représente 38 461 € pour la Sarthe. De plus cette année, à cause de la crise sanitaire nous n’aurons pas les 45 000 € des Amat’cœurs. On a 83 000 € de recettes supplémentaires à trouver. Il faut donc qu’on arrive par le biais de la collecte à obtenir davantage de dons. On a plus que jamais besoin de la générosité du public et des entreprises comme ces 28 000 dollars remis pour la Sarthe par General Mills (Yoplait) fléchés sur de l’investissement dont nous avons besoin. Aujourd’hui, mon message c’est de dire nous avons trop de jeunes dans le besoin… on compte sur vous. »
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+ Sarthe. Les chasseurs ont offert 350 kg de viande de cerf et de sanglier à la Banque alimentaire
> > > La collecte : vendredi, samedi et dimanche
De vendredi matin à dimanche en milieu de journée, avec une autorisation spécifique du Préfet de la Sarthe, les bénévoles des Restos du cœur seront présents dans 85 grandes surfaces du département pour collecter des produits. Ils respecteront le protocole sanitaire.
Cette année, le président indique avoir besoin de produits d’hygiène (shampoing etc.) et de toilette ainsi que de protections menstruelles pour les femmes ».
Des produits d’hygiène sont également souhaités pour les bébés et les enfants ou encore de la mousse à raser et des rasoirs jetables pour les hommes.
Dans le secteur alimentaire, nous sommes preneurs de conserves, de tout ce qui est produit sec (pâtes, riz etc.) ainsi que de viennoiserie industrielle
. La viennoiserie industrielle offre une date limite de consommation plus éloignée, elle est donc plus facile à gérer
dans le temps par les bénévoles qui sont au nombre de 813 en temps normal et même de 1 300 dans les temps forts comme celui de cette collecte.