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Confinement. Des étudiants aux Restos du cœur en Sarthe : « Aujourd’hui, j’assume d’être ici »... |
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Deborah ne se cache plus. Elle vient aux Restos du cÅ“ur parce qu’elle a besoin de manger. © Photo Le Maine Libre – Denis LAMBERT
Face à l’augmentation d’étudiants dans le besoin en Sarthe, les Restos du cœur ont créé deux distributions qui leur sont consacrées, les lundis et vendredis soir. 150 jeunes sont actuellement inscrits dans les fichiers de l’association. Un phénomène lié à la crise sanitaire du Covid-19.
Il est 16 h 30 ce vendredi 27 novembre 2020 et le local situé dans l’ancien centre postal de Coulaines, place de la Gironde, grouille de bénévoles. Ils sont plus d’une vingtaine. Les uns préparent les repas froids destinés « au bus » où se donnent rendez-vous les sans-abri, les autres œuvrent à remplir les caisses de denrées qui serviront aux étudiants, l’équivalent de neuf repas
, explique Claire Lemetter, chargée de communication pour les Restos du cœur.
La distribution de repas pour les étudiants est une nouveauté de l’automne. Nous nous sommes aperçus au début du confinement que de nombreux étudiants venaient le soir au bus, qui est normalement consacré aux sans-abri. Ils ne pouvaient pas venir aux distributions dans les centres en journée en raison de leurs cours.
Une rapide vérification permet de constater que 142 étudiants sont inscrits aux Restos, on a donc décidé d’organiser deux distributions à partir de 18 heures, l’une le lundi l’autre le vendredi
.
80 caisses préparées
Vers 17 h 30, la vingtaine de bénévoles assignés aux étudiants viennent d’achever la préparation de 80 caisses. Il y en aura presque autant le lundi suivant. Œufs, pâtes, légumes, fruits, lait, fromage, yaourts, beurre, gâteaux, brioche, conserves… nous faisons les colis avec les dons que l’on reçoit (en nature venant des industries agroalimentaires, financiers du grand public, invendus des grandes surfaces). Cela varie en fonction des semaines, nous ne proposons que des produits que nous mangerions nous-mêmes
.
Dehors, la file d’attente est déjà longue. D’habitude, ils peuvent rentrer prendre une boisson chaude et parler mais à cause de la crise sanitaire, ils ne font que passer et doivent attendre leur tour dehors
, se désole Claire Lemetter.
La distribution n’a pas encore commencé qu’une trentaine d’étudiants attendent déjà , venus seuls ou entre amis. Pour beaucoup des étudiants internationaux qui n’ont plus de petits boulots et que leurs familles ne peuvent plus aider. Des étudiants qui peuvent être en master et qui n’y arrivent plus
, observe Evelyne, bénévole chargée des inscriptions.
+ Lire également : Le Mans. Études et précarité : « Sans petit boulot, il me restait 30 € par mois pour manger »
Malgré le froid, ils attendent patiemment. Quelques rires fusent dans un groupe. Si franchir la porte des Restos a été difficile la première fois
, ils assument désormais leur présence. Question de survie.
« Je mentais à mes amis »
C’est le cas de Deborah, jeune femme de 19 ans. Grandes boucles créoles accrochées aux oreilles, regard souligné d’un trait noir, écharpe nouée autour du cou, elle accepte de répondre à nos questions et d’être prise en photo. Aujourd’hui j’assume d’être ici. Je veux montrer que tout le monde peut être dans cette situation.
Longtemps pourtant, Deborah a menti à ses amis quand le jeudi soir, elle sortait dans les bars mais ne consommait jamais, ou quand on lui proposait d’aller se faire un McDo. Je trouvais toujours des excuses, j’inventais d’autres rendez-vous. 4 € pour un burger, je ne pouvais même pas les sortir. Et quand j’étais invitée, j’emmenais ce que j’avais dans mon placard et rationnais le reste de la semaine
.
La jeune femme a fini par craquer et tout avouer : non, ce n’est pas parce qu’elle est bien apprêtée qu’elle est riche. Non, ce n’est pas parce qu’elle est dans une école privée de marketing qu’elle a de l’argent. Non, ses parents ne peuvent pas lui payer ses courses et son loyer. Et oui, elle est dans la galère.
« Une démarche compliquée »
La jeune femme est une battante, elle travaille au KFC 15 heures par semaine ce qui lui rapporte 500 € net par mois. Elle a contracté trois prêts pour payer son école (5 200 € par an pendant trois ans) et en rembourse pour le moment un seul, 375 € mensuellement. Elle doit également payer son loyer de 350 € auxquels elle déduit 88 € d’APL. Le compte n’y est pas. Ses parents ne peuvent l’aider que ponctuellement – ils tiennent un bar-restaurant qu’ils ont ouvert en 2017, ils sont pile dans les trois ans décisifs pour rester debout
- et cet été, elle n’a pu travailler qu’un seul mois dans un camping
.
Venir aux Restos a été une démarche compliquée. J’ai l’habitude de me débrouiller seule. Mais voir tous ces jeunes qui sont ici m’a bizarrement rassurée. Je me dis que je ne suis pas fautive, que je n’ai rien fait de mal et que ce n’est pas ma faute si je n’arrive pas à gérer, c’est la période qui est difficile
.
Les Restos lui donnent l’équivalent de neuf repas, mais en me restreignant j’arrive à peu près à tenir la semaine sans avoir trop faim.
Mais le frigo est parfois vide avant. Ne tenant plus, Deborah a dû aller à la Croix rouge la semaine dernière. J’avais besoin de 1,50 € pour bénéficier d’aliments. J’ai dû retourner l’appart pendant plusieurs jours pour les trouver. Je suis vraiment au centime près.
Déborah n’imaginait pas ses années étudiantes de cette façon. On fait des études pour avoir un travail intéressant, mais cela ne se passe pas comme je l’avais espéré, à travailler et faire la fête avec des amis. J’ai pensé tout plaquer et chercher un boulot mais je résiste. Je sais ce que je veux faire plus tard, il faut que je tienne le coup
.
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