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RÉTRO. Tavano, Rondeau, Courage, Bourdais… Ces Sarthois qui ont gagné les 24 Heures du Mans... |
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La Rondeau n° 16 future victorieuse au ravitaillement, en 1980. © Archives Ouest-France
La 90e édition des 24 Heures du Mans (Sarthe) se tient ces samedi 11 et dimanche 12 juin 2022. De Fernand Tavano à Sébastien Bourdais, en passant par Jean Rondeau et Julien Canal, retour sur ces Sarthois qui ont brillé lors de l’épreuve automobile d’endurance.
Nombreux sont les Sarthois à avoir participé à la mythique course des 24 Heures du Mans (Sarthe). Mais rares sont ceux qui ont terminé sur la plus haute marche du podium. De Fernand Tavano à Sébastien Bourdais, en passant par la légende Jean Rondeau et le triplé de Julien Canal, retour sur ces pilotes locaux qui font notre fierté.
1960 : Fernand Tavano, le pionnier
Né en 1933 à Sillé-le-Guillaume, Fernand Tavano remporte les 24 Heures du Mans à bord de sa Ferrari 250 GT n° 16 dans sa catégorie, en GT, en 1960. Terminant, au général, à la 4e place. Le public ovationne le pilote sarthois, qui vient d’accomplir un exploit historique. Il est le premier local de l’histoire à gagner sans catégorie, au Mans. Son coéquipier Pierre Dumay s’attire également les faveurs du public pour ce succès triomphant.
Une victoire d’autant plus belle et symbolique pour Fernand Tavano, véritable passionné des Ferrari, écurie phare d’Italie, d’où ses parents sont originaires. Entrepreneur en maçonnerie au quotidien, ce sacré pilote a acheté, neuves, quatre de ses six Ferrari. Durant ses neuf participations aux 24 heures, entre 1956 et 1964, il n’a couru qu’avec la marque italienne. À propos de sa numéro 16 vainqueur en 1960, il déclarait à la fin de la course à Ouest-France : « À Maison Blanche notamment, elle passait avec plus de facilité que toute autre. »

Fernand Tavano et sa Ferrari n° 16 se classeront 4e au général lors des 24 Heures du Mans 1960, mais premiers dans la catégorie GT. Archives Henri Beroul
1980 : la légende Rondeau
Jean Rondeau, une légende. Le Manceau, né juste après la Seconde guerre mondiale, le 13 mai 1946, reste le seul Sarthois à avoir remporté la course au général. C’était en 1980, à bord de la Rondeau M379, voiture conçue par… Le pilote lui-même, près de Champagné ! Un exploit monumental. Construire sa propre voiture, la piloter et gagner les 24 Heures du Mans : personne ne l’avait jamais fait auparavant, et personne, non plus, ne l’a fait depuis. Et le tout, s’il vous plaît, devant la Porsche 908 de Jacky Ickx et Reinhold Joest.

Le 15 juin 1980, le Manceau Jean Rondeau (à gauche) exulte sur le podium des 24 Heures, en compagnie de son coéquipier, le Caennais Jean-Pierre Jaussaud. Archives Ouest-France
« Nous avons gagné avec une équipe de gens qui n’étaient pas des ingénieurs mais des passionnés, se souvient Jean-Pierre Jaussaud, coéquipier du Manceau en 1980, sur le site de l’ACO. On aurait pu dire que c’était un projet de fou, dantesque pour des gens qui n’étaient pas des pros, pas compétents pourrais-je même dire à certains postes, mais qui, une fois réunis par Jean Rondeau, devenaient compétents. C’était la force de Jean : savoir rassembler les gens autour de lui. »
Le pilote manceau a même reçu, au Palais de l’Elysée, les honneurs du président de la République de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing. La classe.
Avant ce sacre, Jean Rondeau est arrivé premier deux fois dans la catégorie GTP, en 1977 et 1978.

Et l’audacieux Jean Rondeau terrassa Porsche, le 15 juin 1980. Archives Ouest-France
1981 : Yves Courage, de la montagne à la piste
Yves Courage était déjà LE spécialiste des courses de côtes – 97 victoires, dont le Mont-Dore (Puy-de-Dôme), quand il participe pour la première fois aux 24 Heures du Mans, en 1977, avec une Porsche Carrera. Mais sa course se solde par un abandon, comme en 1978 et 1980. Il fait un retour remarqué en 1981 : lui et son coéquipier, Jean-Philippe Grand, engagent la Lola T298 BMW et terminent premier de leur catégorie (GR 4 2 litres) et héritent de la 18e place au classement général.
Le Manceau fonde alors sa propre écurie, Technique automobile mancelle (Tam) qui prendra rapidement le nom de Courage compétition, et construit un prototype : la Cougar, qui sera utilisée six fois sur le circuit sarthois en catégorie C. Yves Courage achève sa carrière de pilote avec une 3e place en 1987 et décide de se consacrer entièrement à la construction.
En 1995, l’illustre pilote Mario Andretti est au volant d’une Courage – nouveau nom des Cougar. Intempéries, accident, changement de capot qui vire au cauchemar… La 2e place lui échappe, mais le résultat reste « exceptionnel venant d’un constructeur-artisan sarthois », relate le site des 24 Heures.
En 2007, l’écurie est rachetée par le groupe Oreca.

Yves Courage, au centre, en 1995, lors des essais préqualificatifs. Archives Ouest-France
1986, Lionel Robert : « Pas une course comme les autres »
Lionel Robert, né au Mans en 1964, a bien connu Yves Courage et ses automobiles, sur le circuit des 24 Heures, à partir de 1990. Mais le pilote a fait des étincelles dès 1986, avec l’écurie Richard Cleare Racing : à bord de la March-Porsche 85G, il finit premier de sa catégorie GTP (Grand tourisme prototype) et 14e classement général, avec ses coéquipiers, le Britannique Richard Cleare et l’Américain Jack Newsum. Malgré son jeune âge, son équipe lui fait confiance et Lionel Robert prend le volant pour le départ. « C’est vraiment là , sur la grille de départ, quand vous voyez cette marée humaine dans les tribunes, que vous réalisez que vous ne courrez pas une course comme les autres », confiait le pilote à Ouest-France en 2016. Il a, au total, couru huit fois les 24 Heures du Mans.

Lionel Robert présente revues, journaux, affiches des 24 heures du Mans à la salle Athéna de La Ferté-Bernard, en 2021. Archives Ouest-France
2010-2011-2012 : Julien Canal, triple vainqueur
Trois fois, et de suite, s’il vous plaît ! Né au Mans le 15 juillet 1982, celui qui jongle entre ses quatre fast-food et la course automobile, Julien Canal, a remporté trois fois les 24 Heures du Mans dans sa catégorie. La première, en 2010, dans la catégorie GT1 sur une Saleen S7R de Larbre Compétition. Un bel exploit pour celui qui, à l’époque, participe seulement à sa… première édition !
Vainqueur de la catégorie GTE Am en 2011 et 2012 sur une Chevrolet Corvette C6.R de Larbre Compétition
« Les 24 Heures du Mans, c’est vraiment une course particulière pour moi, car je suis né au Mans. La ligne droite des Hunaudières, je la prends plusieurs fois par semaine pour aller à mon restaurant qui est à Mulsanne, déclarait le principal intéressé à Ouest-France l’an passé, à l’aube de la 89e édition. Emprunter cette route qui nous sert de piste une fois par an aux 24 Heures du Mans fait vraiment partie de mes habitudes. »
Cette année, Julien Canal sera pilote de l’écurie Panis Racing (LMP2), au volant d’une Oreca 7 -Gibson numéro 65.

En 2012, Julien Canal (troisième en partant de la gauche), remporte les 24 Heures du Mans pour la troisième fois consécutive. Archives Ouest-France
2016 : Sébastien Bourdais, un destin écrit à l’avance ?
Avant le fils, Sébastien, il y a eu le père, Patrick Bourdais : sept participations aux 24 Heures du Mans, entre 1993 et 2005. Son meilleur classement : 6e en catégorie GT2 en 1 996. Si le paternel est né en terre bretonne (Ille-et-Vilaine), Sébastien Bourdais a vu le jour un 28 février 1979 au Mans, à la clinique du Tertre Rouge, près du virage éponyme du circuit des 24 Heures.
À croire que tout était déjà écrit. Vingt ans plus tard, le pilote fait son entrée sur le circuit des 24 Heures du Mans au volant de la Porsche 911 GT2 avec la team Larbre Compétition. En 2016, il décroche le Graal pour sa première avec Ford en empochant, enfin, un titre manceau, dans sa catégorie (LMGTE Pro), et se place 18e au classement général.

Sébastien Bourdais (troisième en partant de la gauche), vainqueur de sa catégorie (LMGTE Pro) avec Ford en 2016. Archives Ouest-France / Daniel Fouray
En 2018, après un an d’absence sur le circuit, le pilote sarthois confiait à Ouest-France : « C’est de plus en plus la folie (rires). Si je manque une édition, je crois que j’ai le double de soutien l’année d’après. C’est assez impressionnant et assez intense. Ça fait chaud au cœur mais c’est difficile à gérer. C’est une belle démonstration mais ce n’est pas toujours évident d’être le local de l’étape. »
Il signe, en 2022, sa quinzième participation.