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RETRO 2013. Il y a 80 ans, le crime des soeurs Papin au Mans... |
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Archives Ouest-France
Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin tuaient leur maîtresse et sa fille dans une maison bourgeoise du Mans. Un crime qui ne cessera de faire parler de lui et de diviser l'opinion.
Vous souvenez-vous ? C’était il y a quelques années. Plusieurs fois par semaine, Ouest-France vous propose des contenus issus de son fonds d’archives, autour de votre commune. Pour que l’actualité d’hier aide à comprendre celle d’aujourd’hui.
Cet article a été publié le 1 février 2013.
Deux corps sans yeux
« Vingt dieux ! ». Ce matin du 3 février 1933, le gendarme Vérité pénètre dans la maison bourgeoise des Lancelin, 6, rue Bruyère au Mans. Ce qu'il voit le pétrifie. « Une chose gluante et flasque » qu'il doit enjamber. « Un oeil, un oeil humain », est posé sur une marche, écrit Alain Moro, auteur des Grandes affaires criminelles de la Sarthe. Sur le palier, sa torche éclaire « le pire : Madame et Mademoiselle Lancelin gisent affalées, tête-bêche, jupes et jupons retroussés, dans une mare de sang et de débris humains. » Les deux victimes sont âgées de 56 et 21 ans.
Deux soeurs meurtrières
Au second étage de la demeure, deux agents continuent de fouiller la vaste maison. Ils poussent porte après porte, « butant sur la dernière fermée à clef ». Aucun bruit ne filtre. Un serrurier de la rue Gougeard est appelé à la rescousse, l'agent Vérité ouvre brusquement la porte et « stupéfaction » : les deux bonnes de la maison sont là , couchées dans l'un des lits, « l'une contre l'autre, les épaules dénudées sortant des draps, les cheveux en bataille ».
Emprisonnées au Vert-Galant
C'est vous qui avez fait le coup ? les interroge le commissaire. « On s'est battues, on a eu leur peau avant qu'elles aient la nôtre », répond avec aplomb Christine Papin, âgée de 28 ans. À ses côtés, sa cadette Léa, 22 ans.
« Leurs réponses ne tendent qu'à partager les responsabilités », raconte l'ancien rédacteur et photographe de la Vie mancelle et sarthoise. Nues, « semblant renoncer à toute pudeur », les deux femmes, cuisinière et femme de chambre depuis presque sept ans auprès des Lancelin, se lèvent, enfilent leurs bas et leur peignoir. Dans cette tenue, elles rejoignent le commissariat central, avant d'être incarcérées à la prison du Vert Galant.
Un procès historique
Leur incarcération dure sept mois, avant que les deux soeurs, filles de parents divorcés, d'une mère plutôt libérée et dénuée de liens maternels, ne se retrouvent devant la cour d'assises. Le procès se déroule le 29 septembre 1933 à 13 h 30, au palais de justice du Mans. La presse nationale est là . Des soldats, baïonnette au canon, sont postés à l'entrée de la salle d'audience. Le procès a quelque chose d'historique. Par la cruauté des deux accusées : une double énucléation de victimes vivantes, sans précédent dans les annales judiciaires. Maître Germaine Brière est aussi la première femme en France à pénétrer dans une cour d'assises. Elle y défend Christine Papin. Sa soeur a choisi un avocat de Tours.
Un jury d'hommes
Les deux accusées expliquent, à un jury uniquement composé d'hommes tirés au sort, que ce soir-là vers 6 h, un court-circuit provoqué par le fer à repasser, fait disjoncter l'électricité du second étage de la maison. Madame Lancelin aurait reproché l'incident à Christine Papin.
L'enquête révélera que Christine Papin a probablement tué Léonie et Geneviève Lancelin, en leur arrachant les yeux alors qu'elles étaient encore vivantes. Léa ayant donné des coups de marteau et de couteau post mortem. Tout au long du procès pourtant, « les deux soeurs se sont appliquées à partager les responsabilités [...] jusqu'aux actes commis : à chacune son meurtre ». Les trois psychiatres entendus lors du procès se sont accordés « sur la responsabilité pleine et entière des accusées ».
Quarante minutes de délibération
Le 30 septembre 1933, à 1 h du matin, au terme d'une délibération express de quarante minutes, Christine Papin est condamnée à mort. À l'énoncé de la sentence, elle tombe à genoux. Elle ne fut pas guillotinée. Le président Albert Lebrun commua sa peine en travaux forcés à perpétuité. Mais au bout de trois ans et demi, son état mental se dégrada. Inapte à la prison, elle est finalement morte dans la section psychiatrique de l'asile de Saint-Méen de Rennes, le 18 mai 1937.
Léa Papin bénéfice de circonstances atténuantes. Elle est condamnée à dix ans de travaux forcés assortis de vingt années d'interdiction de séjour. Elle sera libérée de la prison de Rennes, en 1943, après avoir purgé sa peine jusqu'au dernier jour. À sa sortie, elle rejoindra sa soeur Clémence à Nantes. Elle est décédée à 90 ans, dans une clinique nantaise, le 24 juillet 2001.
Cet article provient des archives Ouest-France