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POINT DE VUE. Décrypter la diplomatie au temps du populisme... |
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Donald Trump lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, le 9 janvier, entouré du vice-président JD Vance (gauche) et du secrétaire d’État Marco Rubio. © Kevin Lamarque, Reuters
« Le populisme n’est pas une idéologie à la forme sophistiquée. Il nécessite surtout de parler fort. Avec le populisme, la diplomatie ne peut plus être considérée comme une activité rationnelle, elle devient un exercice de décryptage intuitif et aléatoire », analyse Christian Lequesne, professeur de sciences politiques à Sciences Po.
L’époque oblige à comprendre davantage le rapport entre le populisme et la diplomatie. Mais qu’appelle-t-on le populisme ? La seule définition qui fasse consensus est une idéologie qui cherche à opposer sans cesse un peuple « pur » à des élites corrompues. Le populisme s’accommode de régimes politiques différents. Aux États-Unis, Donald Trump l’applique à un régime démocratique, même si ce dernier montre d’inquiétants signes d’évolution vers l’autoritarisme.
En général, le leader populiste s’intéresse en priorité à la politique intérieure. Toutefois, il n’hésite pas à se saisir des thèmes de politique étrangère si ces derniers lui permettent de flatter ses électeurs. Quand Donald Trump parle d’annexer le Groenland, il s’adresse d’abord à l’électorat qui l’a élu sur le slogan « Rendre l’Amérique à nouveau grande ».
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Le leader populiste n’a pas une grande estime pour les diplomates professionnels, car ces derniers incarnent typiquement pour lui ces élites qui trahissent le peuple. Il leur préfère les conseillers et les émissaires personnels issus d’autres mondes que la diplomatie. L’actuel ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kuschner, est un homme d’affaires qui a fait fortune dans l’immobilier. Steve Witkoff, l’émissaire de Donald Trump auprès de Vladimir Poutine, provient lui aussi de l’immobilier et s’affranchit volontiers des diplomates américains pour mener ses négociations.
Distinguer le bluff de l’action
Le populisme n’est pas une idéologie à la forme sophistiquée. Il nécessite surtout de parler fort. En diplomatie, ceci se traduit par un discours agressif et peu structuré qui peut être contredit quelques heures après avoir été prononcé. Donald Trump est le spécialiste des déclarations tonitruantes, relayées par les réseaux sociaux, qui sont abandonnées ou minimisées dès le lendemain.
Il a ainsi déclaré aux manifestants iraniens qu’ils pouvaient compter sur l’aide américaine « qui arrivait », avant de se rétracter en déclarant que le régime de Téhéran avait mis de l’eau dans son vin en annulant 800 pendaisons.
Toute la difficulté des États confrontés au leader populiste est de ne pas se laisser déstabiliser par le premier discours prononcé. Si Donald Trump annonce de nouveaux droits de douane pour sanctionner l’Europe, il ne les appliquera pas forcément. Il s’est d’ailleurs rétracté après avoir voulu punir les Européens qui avaient envoyé des missions militaires au Groenland.
La diplomatie populiste oblige donc à distinguer le discours fait de bluff de l’action réelle. De même, elle conduit à réagir sans cesse à l’utilisation d’informations fausses ou « demi vraies », comme celle qui a amené Donald Trump à affirmer au Forum de Davos qu’il avait obligé Emmanuel Macron à augmenter le prix des médicaments.
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Avec le populisme, la diplomatie ne peut plus être considérée comme une activité rationnelle pouvant faire l’objet de prévisions et de projection. Elle devient un exercice de décryptage intuitif et aléatoire au jour le jour. Donald Trump commence à y habituer les Européens.