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«Personne n’avait répondu à sa lettre» : comment notre lectrice a retrouvé sa petite-cousine 40 ans après aux États-Unis... |
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« Ma grande tante était partie de son village début 1920 pour rejoindre Le Havre et s’embarquer sur un transatlantique à destination de New York. » Ici, le port normand en 1925. © Bridgeman Images via AFP
Courrier des lectrices et des lecteurs. « Ma grande tante, originaire du Morbihan, avait rencontré un soldat américain débarqué à Saint-Nazaire en 1917. Il avait promis de l’épouser si elle venait le rejoindre aux États-Unis, ce qu’elle fit trois ans plus tard. À sa mort, le contact s’est rompu avec sa famille bretonne. Nous avons retrouvé sa trace grâce à une carte envoyée en 1942 par sa fille, ma petite-cousine, et qui était restée sans réponse… »
Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Martine Potier (Ille-et-Vilaine) nous livre cette belle histoire de famille :
« Il y a quelques semaines, vous avez publié l’histoire de cette jeune femme qui a retrouvé sa professeure trente ans après. Dans notre famille, nous avons aussi une histoire de retrouvailles après un silence de quarante ans.
Ma grande tante Marie-Julienne (sœur de mon grand-père Jean-Marie) est née en 1897 dans un petit village de la commune d’Allaire, dans le Morbihan. À l’époque, comme de nombreux enfants de familles modestes, elle qui est l’aînée de quatre enfants, doit partir en ville pour gagner sa vie et aider sa famille.
Marie-Julienne partira à Nantes. Elle y rencontre un soldat américain, Charles, débarqué à Saint-Nazaire en 1917 avec les volontaires américains. Ils deviennent bons amis et ce, malgré le barrage de la langue. Charles promet le mariage à Marie-Julienne si elle vient le rejoindre aux États-Unis.
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« La visite programmée en 1939 n’aura pas lieu »
Ma grande tante revient rendre visite à sa famille avant son grand départ. Puis elle part de son village début 1920 pour se rendre au Havre, s’embarquer sur un transatlantique, La Touraine, et rejoindre New York. Comme tous les migrants, elle doit passer quelques jours à Ellis Island pour pouvoir rentrer dans le pays.
Le couple se marie à l’arrivée de la jeune Bretonne et s’établit à Olean (État de New York). Il a une fille, Marcelle, née en 1921. La fillette et sa mère viennent rendre visite à la famille en Bretagne en 1924 et 1929. La guerre étant imminente, la visite programmée en 1939 n’aura pas lieu.
En 1942, Marie-Julienne décède de la tuberculose. Sa fille adresse deux cartes à la famille. L’une d’elles arrivera à sa destination, mais personne ne répondra à Marcelle. C’était la guerre et aucun des cousins bretons ne parlent anglais.
La carte n’a pas été jetée et a été retrouvée en 1982. Nous décidons donc d’écrire à Marcelle. Celle-ci avait épousé un Canadien et s’était installée au Canada dans l’Ontario (c’était l’adresse figurant sur son courrier de 1942). Mon père René écrit une lettre en français et nous la traduisons tant bien que mal en anglais. Les deux courriers partent pour le Canada…
C’était comme une bouteille jetée à la mer. Quelle ne fût pas notre surprise et surtout notre émotion de recevoir une réponse, c’était tellement improbable quarante ans après. Marcelle n’habitait plus à l’adresse de 1942 mais le facteur a fait tout son possible pour retrouver la bonne adresse. Nous lui en sommes très, très reconnaissants. Grâce à lui, l’histoire interrompue en 1942 a repris son court.
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« Des moments que l’on n’oublie pas »
Au départ, et ce pendant onze ans, ce furent des échanges de courriers, de photos, de nouvelles. En 1993, nous avons effectué une première visite au Canada. Nous avons alors eu le bonheur de rencontrer Marcelle et, bien sûr, toute sa famille. Marcelle était tellement heureuse et moi, sa petite-cousine, également. Ce sont des moments que l’on n’oublie pas.
Nous avons, des deux côtés, retrouvé une famille et les relations sont très agréables et fort intéressantes. Depuis, les rencontres sont régulières, entre les vacances des uns et des autres, les réunions de famille et les mariages. »
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