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Pendant une nuit entière, ce comédien de Loire-Atlantique va jouer une pièce de théâtre fleuve, seul sur scène... |
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Dans l’antre de l’écrivain, le comédien feuillette son Å“uvre, prélude à une nuit entière de doutes et de faux-semblants © Ouest-France.
Dormir ou veiller, écouter ou enquêter, douter puis trancher. Avec son spectacle fleuve de douze heures, Emmanuel Lambert, auteur et comédien de la compagnie Bulle de zinc, bouscule les codes du théâtre et du polar. Le 17 avril, à Saffré (Loire-Atlantique), les spectateurs deviendront jurés, appelés à se prononcer, l’aube venue, sur la culpabilité ou l’innocence de l’unique acteur en scène.
Un polar de douze heures, joué de nuit, dans une salle de sport transformée en scène à deux étages, où le public peut suivre l’intrigue… allongé sur un matelas. À première vue, le projet semble fantaisiste. Et pourtant, c’est bien cette fantaisie qui fait toute la force du spectacle imaginé par Emmanuel Lambert, intitulé Marianne assassinée. De 21 h à 9 h, les spectateurs-jurés sont invités à traverser une nuit blanche au rythme d’une enquête criminelle, jusqu’au verdict final rendu collectivement au petit matin.
« Pousser la performance physique »
Créé en 2022, ce spectacle est né d’une rencontre déterminante entre Emmanuel Lambert et Étienne Russias, fondateur d’une association dédiée à l’oralité et aux formats artistiques hybrides.  J’aime travailler sur des durées non classiques et pousser la performance physique, d’autant plus que je suis seul en scène pendant tout le spectacleÂ
, confie Emmanuel Lambert.
Un rêve que peu de partenaires étaient prêts à accompagner. Étienne Russias accepte de relever le défi, à deux conditions : faire de cette performance un polar et y associer les habitants du territoire.  J’ai répondu bancoÂ
, sourit l’auteur-comédien.
L’écriture du texte s’est révélée être une épreuve en soi. Après avoir étudié de nombreux polars, Emmanuel Lambert se lance dans un travail millimétré, où chaque heure correspond à une séquence précise. Trois mois d’écriture intensive sont nécessaires, avant un premier constat vertigineux : le texte dépasse largement les douze heures prévues ! S’ensuit un long travail de synthèse.  À un moment, j’écrivais plus de quinze heures par jour pour tenir les délais. Écrire un roman, je savais faire. Écrire un spectacle de douze heures, c’est tout autre chose.Â
Le spectacle prendra place dans la salle des sports de Saffré, exploitée sur deux niveaux. Le public, libre de veiller ou de s’assoupir, devient partie prenante de l’intrigue.  Je joue volontairement sur des phases qui favorisent l’endormissement et d’autres où il faut être pleinement éveillé pour comprendre les enjeux et résoudre le crimeÂ
, explique Emmanuel Lambert. Au matin, place à la délibération : les jurés doivent décider de la culpabilité ou de l’innocence du comédien.
Des associations de Saffré participent à la création
Au total, près de 70 personnes participent au projet. Dix associations saffréennes, des habitants volontaires et les participants aux ateliers d’écriture viendront nourrir le scénario. Sept ateliers sont programmés dans les bibliothèques de la communauté de communes, dont un premier temps fort les 27 et 28 février, à Saffré.
Joué une première fois à Cunlhat (Puy-de-Dôme), en avril 2023, le spectacle a dépassé toutes les attentes.  Je pensais que le public s’endormirait, mais presque tout le monde a fait une nuit blanche. Cela prouve que l’expérience en valait la peine.Â
Quant à lui, Emmanuel Lambert en garde un souvenir intense :  J’ai pris un plaisir monstrueux à être sur scène. Et je rêve déjà d’un autre spectacle de douze heures.Â
Marianne assassinée, le 17 avril à Saffré, puis le 27 novembre à Beaupréau-en-Mauges (Maine-et-Loire). Réservations sur le site de Bulle de zinc. Prix libre de 1 à 10 € ou plus pour soutenir l’association.