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Le Mans. Sandrine Balle, factrice d’harmonicas : « Mon but est de rendre les musiciens heureux »... |
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Le Mans, 2021. Sandrine Balle et Raymond Brodur, tous deux français, sont parmi les seuls facteurs artisanaux d’harmonica au monde. Un savoir-faire exceptionnel. © Le Maine Libre
La Mancelle Sandrine Balle est créatrice d’harmonicas. Mais là où des facteurs d’instruments utilisent des machines numériques, elle a déposé plusieurs brevets, qui apportent un changement majeur dans le monde des harmonicas diatoniques.
À la base je suis guitariste. J’ai commencé quand j’avais 4 ans et demi. À un certain niveau, il faut beaucoup travailler pour peu de valeur ajoutée. Aussi, quelques années après avoir terminé le conservatoire, j’ai recherché un instrument secondaire. Le vendeur du magasin de musique m’a proposé plein d’instruments. Mais rien ne m’intéressait. Et puis j’ai vu une vitrine qui brillait : la vitrine d’harmonicas. Le vendeur m’a dit que je devrais commencer par un diatonique, avec une méthode, mais que je serai vite limitée, et que j’allais devoir passer ensuite au chromatique
, raconte la Mancelle.
J’ai acheté un harmonica et ça n’a rien donné avec la méthode. J’ai dû prendre des cours. Lors d’un des premiers cours, on apprend à démonter et régler son harmonica. Je me suis alors dit que ça ne devait pas être difficile de fabriquer un harmonica. Grosse erreur
!
Sandrine a alors cherché des cours pour être luthier d’harmonicas, sans en trouver. J’ai postulé à l’ITEMM (école des métiers de la musique du Mans) et y suis entrée en CAP réparateur d’instruments à vent, même si l’harmonica n’est pas au programme des cours. Mais ça m’a permis de faire des progrès notamment grâce aux cours d’acoustique, de dessin technique, etc
.
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Elle a inventé son système
En parallèle, en discutant avec Alexandre Thollon, son professeur d’harmonica, Sandrine a pris connaissance du système Suzuki Overdrive, qui permet de faire les overnotes avec les doigts
. Mais ce n’est pas pratique car il faut mettre les doigts au-dessus de l’instrument, près de la bouche
. C’est à ce moment qu’une idée lui vient. J’ai décidé de créer des cavités dans le sommier de l’harmonica pour faciliter le passage des overnotes, mais avec un design intelligent pour le musicien : le Système Balle
, explique Sandrine Balle.
La tonalité en braille
La factrice d’instrument propose d’apposer la tonalité de l’harmonica en braille sur le sommier, afin de permettre aux personnes non-voyantes de reconnaître leurs instruments et fabrique aussi des harmonicas asymétriques pour reconnaître au toucher le sens de l’instrument. Je le fais sur tous mes harmonicas par défaut, car j’aime le côté inclusif.
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Ses harmonicas disposent tous du système à son nom et ont des capots de matières variées : bois de rose, citronnier, bois de violette, palissandre, os de chameau…
Des instruments qui demandent de trois à cinq jours de fabrication à temps plein, de la création de l’harmonica à sa décoration, où la dorure est possible. Le premier prix est à 390 €. Si on ramène au salaire horaire, cela fait moins de 10 € de l’heure
fait remarquer la jeune femme, presque gênée du prix de ses harmonicas d’exception. Mon objectif est de rendre les musiciens heureux, et leur public heureux
, conclut Sandrine Balle, qui devrait être les 24 et 25 juillet au salon Métiers d’art de Montmirail.