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ÉDITORIAL. Des soins palliatifs, pas d’euthanasie... |
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« L’urgence : tout mettre en œuvre pour soulager, soutenir, apaiser ». © Marc Ollivier, Archives Ouest-France
En un jour et demi seulement, les députés de la commission des affaires sociales ont examiné un texte controversé : celui qui introduit en France « la création d’un droit à mourir » par le suicide assisté ou l’euthanasie. Il sera soumis au vote de l’Assemblée nationale.
Ce texte soulève de vives inquiétudes : refusée, la liberté d’organisation des établissements de santé. Ils seraient obligés de pratiquer l’euthanasie et le suicide assisté, au mépris de leur éthique et de leurs pratiques : « On donne une liberté aux uns, on l’enlève aux autres. Pas une euthanasie ne se pratiquera dans nos établissements qui accueillent des milliers d’anciens. Si on nous y obligeait, nous serions contraints de fermer », déplore sœur Agnès, médecin et Petite sœur des pauvres à Rennes.
Le délit d’entrave : dissuader une personne, un proche de subir une euthanasie pourrait être puni d’une peine de prison et d’amendes. Mais pas de contrôle pour s’assurer que la personne concernée n’est pas sous pression. « Tous les freins et amendements de protection sont rejetés en bloc », déplore Claire Fourcade de la Société Française des Soins palliatifs.
Une pente dangereuse
Sur un sujet si sensible, pourquoi la commission n’a-t-elle pas commencé par examiner le texte sur les soins palliatifs qui rassemble alors que « l’aide à mourir » divise ? Un signe d’unité aurait été envoyé au pays.
Car, « l’élan fondamental des Français » est « en faveur » d’une « politique de soins palliatifs », analyse Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’Innovation politique. Mais sur la mort provoquée, « 70 % des personnes interrogées voient dans ce texte législatif la cause de graves désaccords au sein des familles » (1).
« Les Français n’approuvent pas la proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté », observe-t-il. Cette perspective « est rejetée par toutes les sensibilités politiques » : chez les proches du Modem, du Parti socialiste, de Place publique, ainsi que du Rassemblement national à 52 % ; chez ceux d’Horizon comme du Parti communiste à 54 % ; des Républicains et de La France insoumise à 55 %.
« La divergence de vue entre le législateur et l’opinion publique est flagrante. Elle porte sur la hiérarchie de l’action… » conclut Dominique Reynié dans une récente étude (1), qui pointe ces phénomènes qui n’étaient pas apparus dans des études précédentes et divergentes. L’abandon du plan grand âge ne rassure pas. « Inévitablement se diffuse dans la société la crainte que l’euthanasie et le suicide assisté ne soient des réponses immédiates au manque de soins », alerte-t-il.
Les députés vont-ils suivre la commission sur cette pente dangereuse ? La voie des soins palliatifs est bien plus consensuelle. « L’urgence n’est-elle pas là : tout mettre en œuvre pour soulager, soutenir, apaiser » (2) ? Cela contribuerait aussi à restaurer la confiance dans les élus.
(1) Fondapol.org, janvier.
(2) Ouest-France du 20 janvier.