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Cormes. Depuis 1923, un Poilu apaisant veille sur la commune... |
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Cormes, mercredi 10 novembre 2021. Depuis 1923, le Poilu de Cormes, à l’attitude paisible. semble veiller sur tout un village. © Photo Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
Quelques mois ou années après l’Armistice, les monuments aux morts ont fleuri en France. Souvent guerriers, d’autres étaient nettement plus paisibles. Comme celui de Cormes, érigé en 1923.
Il y a 103 ans, les armes se taisaient enfin, après avoir craché, quatre ans durant, tout ce qu’elles pouvaient de métal et de charges explosives. Quatre ans durant, la Grande Guerre a tout ravagé, tout fauché. Peu de temps après l’Armistice du 11 novembre, il est apparu ce besoin général de commémorer, d’exalter le souvenir, de glorifier les morts.
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En octobre 1919, une loi pose les cadres : via des subventions d’État, elle incite les collectivités à ériger des monuments aux morts. Partout, ces derniers fleurissent. Souvent belliqueux, guerriers, agressifs, certains sont à l’inverse plus apaisés. C’est le cas de celui de Cormes, petite commune du Nord-Sarthe. Érigé en 1923, il dénote pour cette raison, et pour d’autres.
Il est de mon point de vue le plus attachant de tous les monuments aux morts du département
, assure Serge Bertin. Membre de l’association « Patrimoine et lavoirs en Sarthe », présidée par Janine Chartier, il s’intéresse de près à ces édifices commémoratifs. Et celui de Cormes lui a donc particulièrement tapé dans l’œil.
« Il est tourné vers la paix »
C’est en effet un monument qui interpelle. Il est tourné vers la paix, et il est aussi très beau
, indique Janine Chartier. Il n’a pas l’attitude du soldat combattant, ou du mourant
, poursuit Serge Bertin. Il semble monter la garde, protéger le village. C’est le brave troufion, qui fait plus civil que militaire. L’opposé de ce que l’on a représenté la plupart du temps.
Depuis près de 100 ans, ce Poilu veille sur la population de Cormes. Et, grâce au site www.monumentsmorts.univ-lille.fr, on en sait plus sur son origine. Le soldat qui a posé pour la réalisation de ce monument devant le sculpteur Ernest Hiron s’appelait Émile Marcel Perard. L’information a été apportée par le fils de celui-ci, au terme de recherches plutôt fructueuses. Né à Xambes, en Charente, le 15 juin 1902, Émile Perard aurait été incorporé au 117e régiment d’infanterie du Mans le 9 mai 1923. D’où sa présence dans la Sarthe. Toujours selon le fils de ce soldat, la sculpture aurait été réalisée tout près de Cormes, à La Ferté-Bernard.

En 1911, Cormes comptait 732 habitants. 38 hommes de la commune sont morts pendant la Grande Guerre. Photo Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
« Au milieu du village »
Ces renseignements humanisent un peu plus une représentation plutôt pacifique, et qui partage la vie des habitants du secteur. Car à Cormes, on a eu l’intelligence de garder ce monument au milieu du village
, souligne Serge Bertin. Beaucoup de communes ont décidé de les déplacer vers les cimetières, parce qu’ils gênaient l’urbanisme ou la circulation
, regrette Janine Chartier. Là , on l’a laissé à sa place d’origine.
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Son aspect l’a peut-être d’ailleurs servi pour rester au cœur de la vie corméenne. Cette sculpture est belle en effet. Ce Poilu est grandeur nature, et peint. Il est élégant avec sa petite moustache. Il a une allure fine et raffinée
, commente Serge Bertin. Il y a là une carnation, un réalisme qui donnent presque l’impression que ce soldat est encore là . Il est proche des gens, c’est un enfant du village, une figure familière qui garde les morts et les vivants.
Quel devenir pour les monuments ?
En un mot, ce militaire à l’allure paisible serait rassurant. Et à Cormes, on semble tenir particulièrement à lui. Pour différentes raisons, certaines communes sont plus attachées que d’autres à leur patrimoine
, met en avant Serge Bertin. Pour autant, rien n’étant éternel, ces monuments disparaîtront un jour. La question de leur devenir se pose en effet un peu partout
, indique Janine Chartier. Des communes font le choix de les restaurer. D’autres les rasent et les remplacent par une simple plaque qui ne représente plus rien.

La municipalité d’époque a déboursé 5 000 francs pour ériger ce monument, inauguré le 19 octobre 1924. Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
Il ne faut pas s’affoler. Tant qu’on peut s’occuper de ce patrimoine, on le fait. On fait notre boulot d’humain. Après… Nous verrons. Mais il serait dommage qu’un monument comme celui-ci vienne à disparaître trop vite
, conclut Serge Bertin.
Près de 130 monuments recensés par l’association
Composée d’une trentaine de membres, l’association Patrimoine et lavoirs en Sarthe effectue un gros travail dans le département. Pour les monuments aux morts, nous en avons recensé environ 130, dont celui de Cormes
, indique la présidente Janine Chartier. Tous sont visibles sur le site www.lavoirs-en-sarthe.fr, avec pour chacun des photos et différentes informations.
Nous publions la dédicace, une petite explication, des photos des différentes faces ou plaques comportant les noms des morts, afin que les gens puissent éventuellement retrouver des ancêtres. Nous joignons aussi de documents tirés des archives, des photographies et informations du monument paroissial quand il existe, et tout ce qui peut avoir un lien avec ce monument aux morts.
Les étudiants de l’Université du Mans mobilisés
Depuis peu, le projet DicoPolHiS (Dictionnaire d’histoire politique de la santé) a été lancé par Hervé Guillemain, professeur d’histoire contemporaine à l’Université du Mans, spécialiste d’histoire de la médecine et de la psychiatrie). L’objectif est de rassembler la communauté des historiens, des amateurs d’histoire, des étudiants en histoire, des acteurs de la santé autour d’un outil académique nouveau qui soit participatif et évolutif. Chaque semaine, plusieurs notices sont publiées et relayées sur les réseaux sociaux
, indique-t-il.
Des sujets sur le thème de la santé sont vus par le prisme historique et politique. Ils sont rédigés par des universitaires, mais aussi par des étudiants avancés, au Mans, en France et à l’international.
Dans le cadre des commémorations de l’Armistice, une semaine thématique sur la Grande Guerre est proposée sur DicoPolHiS. Au programme : le portrait du médecin français Edgar Bérillon, les aveugles de guerre, les gueules cassées, Henri Delagénière, la grippe espagnole, ma méthode Coué pour la prise en charge des anciens combattants, ou les fous morts pendant la Première Guerre mondiale. »
Le programme des commémorations au Mans
9 h 30 : cérémonie officielle au monument de la résistance (Préfecture). 10 h 30 : hommage à Paul d’Estournelles de Constant. Paul d’Estournelles de Constant, Prix Nobel de la paix en 1909 (parvis des Jacobins). 10 h 55 : dévoilement de la plaque de rue Henry-Delagenière, chirurgien précurseur dans la chirurgie réparatrice des gueules cassées (haut de la rue Delagenière). 11 h 15 : cérémonie interconfessionnelle et spirituelle pour la paix, suivie d’un concert de la chorale œcuménique (chapelle de l’Oratoire du lycée Montesquieu).