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AVANT/APRÈS. Étalement urbain : comment Le Mans et son agglomération ont évolué en 70 ans... |
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Grâce aux photos de l’IGN, on peut remonter le temps. Ici une vue aérienne d’Allonnes et du sud du Mans avec, à gauche, une photo de 1949, et à droite, le territoire en 2022. © IGN
Coup d’œil dans le rétro. Alors que l’objectif Zéro artificialisation nette (Zan) oblige les communes à limiter l’utilisation de terres agricoles et d’espaces naturels, découvrez à quoi ressemblaient la ville du Mans et son agglomération en 1949, avant le boum de l’étalement urbain. Et ce qu’elles sont devenues aujourd’hui.
Réputée pour sa ruralité et sa faible densité de population (91,3 habitants/km2 en 2021 selon l’Insee), la Sarthe ne s’est pourtant pas privée de bétonner durant ces dernières décennies. De 2006 à 2015, elle a perdu 13 350 ha de terres agricoles, soit 1480 ha par an, souligne un rapport de l’EPFL Mayenne-Sarthe de janvier 2021 (Établissement public foncier local). Sur cette période, « de tous les départements ligériens, c’est celui de la Sarthe où la part des terres agricoles recule le plus », note-t-il.
Si l’on zoome sur la ville du Mans, de 2009 à 2022, 1 041 309 m² de terres ont été artificialisés, selon les données du Portail de l’artificialisation des sols du gouvernement.
Cette urbanisation galopante n’est pas nouvelle. Elle prend même racine dans les années 1960 et 1970, décennies qui ont vu naître les « grands ensembles », ces grandes tours et barres de logements collectifs. Au détriment des sols naturels, forestiers ou agricoles. Le Mans et son agglomération en sont une illustration parfaite.
Zéro artificialisation nette d’ici à 2050
La loi Climat et Résilience, promulguée en 2021, ambitionne d’ailleurs de mettre un coup d’arrêt à l’étalement urbain. Elle poursuit un objectif qui tient en trois lettres, Zan pour Zéro artificialisation nette, et deux étapes.
La première : diviser par deux l’artificialisation des sols de 2021 à 2031, par rapport à la décennie précédente. La seconde : ne plus bétonner de sols en 2050. À moins de « renaturer » des surfaces équivalentes.
Une nouvelle loi, promulguée en juillet 2023, est venue assouplir certaines de ses modalités.
Cette nouvelle loi prévoit notamment des délais supplémentaires pour intégrer les objectifs Zan dans les documents d’urbanisme locaux. Et crée une « garantie rurale », d’un hectare, finalement accordée à toutes les communes, sans condition de densité.
La Ville du Mans compte, de son côté, réinvestir des friches comme l’ancien site militaire de l’Etamat. Et « redresser la ville plutôt que de la densifier horizontalement », expliquait Christophe Counil, adjoint au maire du Mans chargé de l’urbanisme et conseiller de Le Mans métropole en charge des Grands projets d’urbanisme, en février
Et pour prendre la mesure de la transformation du paysage, rien de tel qu’un aperçu en images, grâce aux photos de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Ci-dessous, retrouvez le territoire tel qu’il était en 1949, sur les photos de gauche, en noir et blanc. À droite en couleurs, le territoire en 2022.
Allonnes pour loger les ouvriers Renault
En 1960, « l’apport de la R.N.U.R (pour Régie nationale des Usines Renault, nom donné après la nationalisation de l’entreprise en janvier 1945), avec ses 9 000 ouvriers, et l’installation de nombreuses entreprises de confection, de matières plastiques, d’électronique, d’accessoires automobiles, ont donné à la ville un développement considérable » (2). Il faut donc loger tout ce petit monde.
Sur l’image, on voit que le petit bourg isolé à l’est du Bois du Marin – ou Bois du Chaoué – a bien grandi.
Une ZUP, Zone à urbaniser en priorité, est officiellement créée par arrêté ministériel, le 7 octobre 1959. Soixante hectares sont retenus. « Il fallait alors construire vite, et beaucoup ! » expliquait Elsa Martineau, architecte au CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) de la Sarthe à Ouest-France en février 2022.
Le béton coule. C’est la promesse d’une vie plus confortable, dans des logements salubres. Plus de 900 logements HLM sont érigés lors d’une première phase. Trois mille sont prévus d’ici à 1963.
Une nouvelle ville voit le jour aux portes du Mans. Sa population passe de 1200 Ã environ 4Â 200Â en 1961. Et plus de 11Â 000Â en 1968.
Ces symboles des années 1960 tendent à disparaître. Allonnes est le théâtre, depuis plusieurs décennies déjà , de nombreux chantiers de rénovation.
Toujours d’actualité puisque, rue Emmanuel-Chabrier, dans le quartier de Chaoué, le premier immeuble HLM de la ville nouvelle a été démoli à l’été 2022. Et en ce mois d’août 2023, plusieurs immeubles, rue Louis-Rosier, ont connu le même destin. Des « logements moins hauts et plus individuels » sont envisagés à cet endroit, indique le maire.
Lire aussi : Allonnes. « Si tu avais besoin d’aide, tu toquais chez le voisin » : ils racontent la barre Chabrier
Les Sablons : bétonner les champs
L’autre ZUP décidée à l’aube des années 1960 concerne la zone Les Sablons – Gazonfier. Le projet de Gazonfier sera abandonné pour raisons financières. Les travaux se concentrent donc sur cette vaste zone bordée par l’Huisne au sud, et, à l’est, par l’abbaye de l’Épau.
Commencé en 1963, le chantier connaît plusieurs phases d’aménagement jusqu’en 1974. Immeubles, équipements, écoles… La ZUP des Sablons devient une ville dans la ville. Qui nécessite aujourd’hui un bon coup de jeune.
Un vaste projet de rénovation du cœur commercial des Sablons est initiée depuis quelques années. Montant de l’enveloppe : entre 40 et 50 millions d’euros, avec subventions de l’État à hauteur de neuf millions.
Coulaines, du bourg rural à la ville
Pour absorber cette hausse de la démographie, il faut aussi construire au nord. Dans les années 50, Coulaines n’était qu’un bourg concentré autour de l’actuelle rue du Général-de-Gaulle, entouré de champs. Comme pour les Sablons, la mue de Coulaines débute en 1963. Et dure dix ans.
Peu à peu, les terres agricoles sont grignotées : 32 hectares sont par exemple utilisés pour construire des logements et aménager les boulevards Saint-Michel, Saint-Germain et Saint-Nicolas.
Balayez la photo ci-dessous grâce à la barre centrale : la transformation saute aux yeux.
La Chapelle ou la ruée vers la consommation
La Chapelle-Saint-Aubin est, elle entre dans la course de l’urbanisation dans les années 1970. En prenant la voie d’implantations commerciales. La fameuse « zone nord ».
« Sous les mandatures de Robert Jarry (1977-2001), l’attraction d’enseignes nationales de la grande distribution » vise à moderniser la ville et l’enjeu, « plus social, d’accès aux produits de consommation à bas prix pour une large part de la population ouvrière modeste », nous apprennent Arnaud Gasnier, Louis-Thibault Buron et Stanislas Charpentier, de l’université du Mans, sur le site de l’Atlas social du Mans.
Au Mans, cela se traduit par l’établissement de l’enseigne Record en 1968, devenue Carrefour et Centre sud. Mais à La Chapelle, en raison d’une « grande disponibilité foncière » et d’une situation géographique privilégiée à la sortie/entrée de la ville, émergent, en 1970, la ZAC Moulin aux moines, puis Auchan en 1982.
Ailleurs en Sarthe : les lacs de la Monnerie et les industries de Sablé
La Flèche met le cap vers le nord en 1960 en intégrant les communes de Verron et de Germain-du-Val, situées au nord. Au fil des ans, les constructions fleurissent le long des axes routiers.
Les trois lacs de la Monnerie – l’étang pour pêcheurs, la base de loisirs et lieu de baignade et le lac des oiseaux – ont été créés de toutes pièces. La société Lafarge Granulats signe un contrat avec la Ville signe en 1984, pour un projet d’exploitation de carrières. Il débute en 1986. À terme, l’entreprise doit remettre le site en état. En 2017, celle-ci a rétrocédé la dernière parcelle à la Ville. L’eau s’y est installée, tout comme la faune. Le lac des oiseaux a ouvert aux promeneurs en août de cette année-là .
À Sablé, c’est l’incroyable développement des zones d’activités que l’on remarque, le long de la route du Mans et de la départementale 306.
(2) Trams, bus et trolleybus au Mans, cent ans de transports en commun, de Serge Bertin, Jean-Pierre Delaperelle et Patrick Meiche.