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Agriculture en Sarthe. Michel Dauton : « La Sarthe, une petite France »... |
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« La Sarthe a une belle carte à jouer en agriculture, grâce à son bocage, son climat, sa diversité et sa tradition de terre d’élevage. » © Maine Libre
Alors que la Foire du Mans 2020 est repoussée en 2021, panorama de l’agriculture en Sarthe en plusieurs volets. Entretien avec Michel Dauton, président de la Chambre d’agriculture de la Sarthe qui dresse un tableau de l’agriculture dans le département.
Comment vivez-vous l’absence de Foire du Mans ? C’est la raison pour laquelle vous avez choisi de communiquer ?
Michel Dauton : Oui, c’est une occasion importante d’aller à la rencontre des Sarthois, parler de notre métier, dont nous sommes malheureusement privés cette année.
Parlez-nous de vous en quelques mots. Depuis quand êtes-vous installé ? Quel est votre parcours syndical ? Et quelle est votre activité sur l’exploitation ?
Je me suis installé à Parcé en novembre 1985, et presque dans la foulée, j’ai rejoint la FDSEA. En 2007, j’en suis devenu le président, avant de me retrouver, en mars 2019, à la tête de la chambre d’agriculture. J’exploite 45 hectares en prairies et en cultures fourragères, ainsi que 5 hectares de pommes à cidre. J’élève 40 vaches allaitantes de race limousine et de volailles de Loué, au sein d’une structure en Gaec à deux associés. Ma conjointe y travaille également pour 20 % de son temps et nous avons avec nous un apprenti.
Peut-on dire que votre exploitation est plutôt représentative de ce que l’on retrouve dans le département ?
Avec des céréales, des volailles et des bovins, on peut dire en effet qu’elle est assez classique, et semblable à beaucoup d’autres dans la Sarthe, où l’on retrouve beaucoup de fermes de type polyculture/élevage.
L’agriculture sarthoise est donc diversifiée. Et bien entendu, c’est une force.
Oui. On trouve quasiment de tout dans le département. Les grandes filières classiques, mais aussi du maraîchage, l’arboriculture, de la viticulture, des pépiniéristes, des horticulteurs. La Sarthe, qui reste un département d’élevage, est un peu une petite France. Et cette diversité de l’agriculture est génératrice de diversité des paysages, ainsi que de diversité des métiers en amont et en aval de l’activité agricole.
Parlons de ces métiers qui gravitent autour de l’agriculture. Et notamment de ces industries agroalimentaires très présentes.
Elles sont l’un des atouts de nos agriculteurs, qui ont la chance d’avoir ces unités de transformation, nombreuses et variées, à proximité. Sur nos territoires. Elles sont un fleuron de l’économie sarthoise. Elles représentent une main-d’œuvre très importante, ainsi que des chiffres d’affaires conséquents. Je préfère les voir chez nous plutôt qu’ailleurs.
Il s’agit là des filières longues. Mais les filières dites courtes ont également toute leur place ?
Oui, il existe un marché qui se développe : celui des circuits courts. Nous nous devons évidemment d’y répondre. De plus en plus de consommateurs ont envie de manger local, comme ils sont de plus en plus demandeurs de bio ou de labels. À nous d’être là , sachant que la population est très changeante : une même famille peut consommer facilement du fast-food en semaine et rechercher une montée en gamme le week-end ou pendant les vacances. Notre force est de pouvoir répondre à cette demande très variée. De nous adapter. Maintenant, si le réflexe consiste de plus en plus à penser circuits courts, il ne faut pas s’imaginer que toute l’agriculture pourra valoriser sa production par ce biais. Il faudra toujours penser aux filières longues.
Revenons sur l’agriculture bio. Comment se porte-t-elle dans le département ?
Son développement est tout à fait correct, avec 5 à 6 % de la surface agricole utile. Ceux de nous qui franchissent le pas, et qui se convertissent au bio, ne semblent pas le regretter. Même si certaines années, lorsque les marchés sont un peu chargés, il existe des répercussions négatives sur les prix.
Évoquons maintenant la notion de transmission : les jeunes sont-ils intéressés par le métier ? La relève est-elle là dans le département ?
D’abord, ce constat : 51 % des agriculteurs sarthois ont plus de 50 ans. Dans les 10 ans à venir, nous allons être amenés à renouveler presque la moitié de nos effectifs. C’est énorme. C’est la raison pour laquelle la Chambre d’agriculture de la Sarthe se penche très sérieusement sur ce sujet, sachant que depuis une dizaine d’années, le chiffre d’affaires de la ferme Sarthe ne cesse de diminuer. L’érosion est légère, mais elle est régulière. Alors, cela peut dissuader les jeunes de s’installer. L’agriculture a de plus en plus de mal à rémunérer ses travailleurs. Malgré tout, les candidats à l’installation sont là , et ces jeunes sont motivés par les défis qu’ils auront à relever. En Sarthe, nous avons les sols, les filières, les industries et l’eau. Tout ce qu’il faut pour bien travailler. Et puis, grâce à nos centres de formation, je parle du lycée de la Germinière à Rouillon, de lycées agricoles dans le privé ou des Maisons familiales rurales, ceux qui se préparent aux métiers de l’agriculture sont sur place. Un véritable vivier pour demain.
Le métier, difficile, n’effraie donc pas ces candidats ?
Non parce qu’ils sont motivés. Ils savent que le métier n’est pas simple, mais il reste agréable. Nourrir le pays, ce n’est pas rien tout de même. Et on l’a vu pendant la crise sanitaire : les agriculteurs ont prouvé qu’ils étaient capables de répondre présent. Cette période particulière a remis au premier plan leur capacité d’assurer la souveraineté alimentaire du pays, et de remplir cette fonction essentielle qui est de nourrir les hommes.
Quels enjeux pour les années et les décennies à venir ?
Il faudra composer avec le réchauffement climatique, la volonté de neutralité carbone, l’accès à l’eau. L’agriculture sera au centre de tout, avec un rôle clé à jouer, et je suis persuadé que les jeunes générations s’adapteront pour relever ces défis essentiels. Il faudra appréhender le métier différemment, le rendre plus proche de la société et de ses attentes. Les agriculteurs devront innover, lancer de nouvelles productions, comme la bioénergie. Ils devront mieux communiquer encore dans un monde où la notion d’immédiateté est de plus en plus forte. On veut tout, tout de suite.
Vous êtes confiants pour la suite ?
Oui. À condition de savoir s’adapter, et d’être en mesure de relever les défis. L’agriculture est indispensable, au cœur de tout. Dans la Sarthe, les agriculteurs occupent 80 % du territoire. Si nous parvenons à rebondir, car il y en a besoin, nous sauverons nos emplois, et nos paysages divers. Et chaque année, au Salon de l’agriculture à Paris, les agriculteurs sarthois continueront de gagner des prix. Ces médailles qui à chaque édition témoignent de notre savoir-faire, en élevage comme en produits transformés. Cela contribue à asseoir notre notoriété. La Sarthe a une belle carte à jouer en agriculture, grâce à son bocage, son climat, sa diversité et sa tradition de terre d’élevage.
Le bio progresse
L’agriculture biologique est en progression dans le département. Actuellement, environ 380 exploitations sont bio (soit 7 % des exploitations sarthoises). Pour se faire une idée, elles étaient 300 en 2017, 200 en 2013, ou 120 en 2006. Ces structures agricoles spécialisées dans le bio représentent plus de 5 % de la surface agricole utile. Soit environ 18 800 hectares.
L’agriculture sarthoise en quelques chiffres
85 %. L’agriculture et la forêt représentent 85 % de la surface du département.
3 800. C’est le nombre d’exploitations que compte le département. Parmi elles, environ la moitié sont engagées dans des démarches de qualité.
800 millions. C’est ce que représente le chiffre d’affaires agricole sarthois. 70 % de cette somme est issue des activités de l’élevage.
19e. La Sarthe est le 19e département français pour la valeur de sa production agricole.
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