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Agriculture en Sarthe. Ces agriculteurs osent de nouvelles pratiques... |
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Chemiré-le-Gaudin, jeudi 30 juillet 2020. Installé depuis deux ans avec Sylvain Giffard, Jocelyn Gainche mise sur une vision innovante de l’agriculture, et sur l’application de nouvelles pratiques. © Le Maine Libre - Denis LAMBERT
Alors que la Foire du Mans 2020 est repoussée en 2021, panorama de l’agriculture en Sarthe en plusieurs volets. Zoom sur des pratiques innovantes avec un reportage chez Jocelyn Gainche et Sylvain Giffard, à Chemiré-le-Gaudin. Ils y élèvent 700 porcs et une quarantaine de vaches. Avec une approche qui permet de gérer de façon optimale l’exploitation. À tous les niveaux.
Sur leur exploitation, leur vision des choses a pour socle l’analyse et l’observation. Pas de place pour le hasard ; l’approche est même scientifique. Et finalement très similaire à celle des anciens qui misaient, à défaut de moyens techniques élaborés, sur le bon sens pour cultiver les terres et élever les bêtes.
À Chemiré-le-Gaudin, sur le Gaec des Belles-Filles, Jocelyn Gainche et Sylvain Giffard ont opéré une sorte de retour aux sources. Qu’ils ont remastérisé pour en proposer une version moderne.
Pas des fils d’agriculteurs
Nous ne sommes, ni lui, ni moi, issus du milieu agricole. Cela nous aide peut-être à ne pas vouloir faire systématiquement comme papa ou grand-papa
, analyse Jocelyn Gainche. Alors, nous essayons peut-être plus facilement de nouvelles choses.
En s’appuyant sur un atout : leurs études, menées à l’École supérieure d’Angers (ESA). Une école d’ingénieurs au sein de laquelle ces deux-là se sont connus. Il y a deux ans, c’est ensemble qu’ils se sont lancés à Chemiré-le-Gaudin, pour reprendre une exploitation de 190 hectares : ici, nous produisons environ 700 porcs par an, que nous engraissons, et nous élevons une quarantaine de limousines allaitantes.
« Essayer, à une échelle réduite »
De par notre formation, nous avions un bagage théorique et technique assez complet. Mais nous avons dû nous confronter à la réalité du terrain. Alors, il a fallu s’adapter sans cesse
, indique Jocelyn Gainche. Nous n’avions pas été formés pour gérer une exploitation, alors, nous avons dû apprendre certaines choses, et faire à notre idée, en n’ayant pas peur d’essayer.
Tout en prenant à chaque fois des risques limités : essayer oui, mais à chaque fois à une échelle réduite.
Parmi les pratiques innovantes appliquées sur le Gaec des Belles Filles : les vaches pâturent là où il y a des cultures. Ces couverts végétaux que l’on sème entre deux récoltes. Les animaux s’en nourrissent, et leurs déjections à même ces parcelles évitent trop d’épandage
, décrit Jocelyn Gainche. C’est facile à appliquer, ce n’est pas cher. Et pour connaître les besoins de ces sols, nous effectuons des prélèvements, qui sont analysés en laboratoire.
De même, sur l’exploitation, les passages dans les parcelles sont limités au strict minimum. Une façon de réduire les coûts. Pour la prise en charge des animaux, l’approche est la même : pas d’antibiotiques pour les porcs, et seulement en tout dernier recours pour les vaches. Et là aussi, tout repose sur l’observation des bêtes.
Des vacances et des week-ends
Chez Jocelyn Gainche et Sylvain Giffard, tout est ainsi pensé, rationalisé. Et cela fonctionne. Les deux se versent un salaire décent. Parce que leur organisation est peaufinée, ils ont réussi à avoir une vie privée décente, en faisant en sorte de faire rentrer toutes les activités de la ferme entre 8 heures et 18 heures. En prenant chacun un week-end sur deux, et en prenant 3 à 4 semaines de vacances.
Cette approche, ces deux-là la partagent avec d’autres, au sein de groupes d’échanges entre agriculteurs, organisés avec la Chambre d’agriculture. Nous nous rencontrons sur les parcelles, nous échangeons, et nous cherchons des solutions pour réduire les charges, limiter les intrants.
Un mot, se former pour faire en sorte de rendre le métier viable, durable, respectueux de l’environnement et le plus confortable possible.
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