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Agriculture en Sarthe. Au Pis qui chante, les agriculteurs jouent sur plusieurs tableaux... |
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Villaines-sous-Lucé, le 9 septembre 2020.  Le Gaec Le pis qui chante compte désormais quatre associés dont Olivier Lebert et plusieurs filières de vente. © Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
Alors que la Foire du Mans 2020 est repoussée en 2021, panorama de l’agriculture en Sarthe en plusieurs volets. Côté alimentation en ce mois de septembre 2020, la ferme Le pis qui chante, à Villaines-sous-Lucé, mise sur la vente de ses propres produits, vendus et distribués localement, en parallèle d’un circuit coopératif traditionnel.
Les routes sillonnent pour arriver à la ferme Le pis qui chante, à Villaines-sous-Lucé. Mais les grands axes ne sont pas loin.
Olivier Lebert – qui a repris ce Gaec familial en 1998 pour l’élargir aujourd’hui à trois autres associés, sans rapport familial – est attaché au bocage
comme il est attaché à la complémentarité des systèmes
. De ceux dessinés à grands traits de crayon comme ceux où il faut faire son chemin dans le voisinage.
Lait, fromages et projet de vie
Le Pis qui chante, exploitation laitière bio, transforme 130 00 litres des 400 000 litres de lait annuels de ses normandes, pour en faire 2 100 kg de Refrain, sa tomme de montagne 100 % sarthoise qui se retrouve sur les marchés fermiers, rayons de grande surface ou tables de restaurants gastronomiques étoilés. Bien plus qu’un fromage, c’est avant tout un parcours.
Car rien ne destinait Olivier Lebert, alors lancé dans le commerce en agroalimentaire en région nantaise, à reprendre la ferme. Puis est arrivé le premier enfant, avec lui un projet de vie
et le retour aux terres natales. Il intègre la ferme de ses grands-parents, reprise par son père. Et lui donne une autre tournure : s’y adjoint un second associé, Jérôme Calmet. Nous étions déjà en système extensif : vaches au pré, nourries au foin…
Le pas vers le bio est franchi en 2010. Depuis déjà deux ans, le bœuf qu’il faisait découper pour eux seuls, est proposé en vente directe. Là , nous avons surtout gagné en image : les gens découvraient l’exploitation, notre travail.
En bien.
Un produit pensé et étudié
C’est à cette époque que Thierry Gosselin, fromager, revient de Franche-Comté. Nous nous sommes dit que ce qu’on faisait avec le bœuf, on pouvait aussi le faire avec le lait.
Des yaourts ? Non, un fromage. On a mis un an et demi à le préparer
confie le licencié en marketing. Nom et surtout qualité produit, un fromage sans croûte, qui plaise aux scolaires
, cœur de cible. Et ça marche, même au-delà de nos espérances
car des chefs sarthois en font vite la promotion. Là où le business plan prévoyait cinq ans, l’objectif est rempli en deux ans. On est aujourd’hui quasiment au maximum, à savoir qu’on veut garder un Gaec à l’esprit familial, où la vie de famille est acceptable.
Aller au-delà de l’actualité capacité de production obligerait à revoir l’organisation
déjà étoffée d’un quatrième associé, Loïc Bonneville, et de deux salariés.
Une suite au Refrain
Nous lançons cette semaine un second fromage –
l’Arpège
– à pâte compressée mi-cuite
dans un esprit comté, emmental
, avec six mois d’affinage. Là aussi les mêmes chefs sarthois ont signé pour.
Dans le secret du laboratoire, une troisième œuvre est en préparation, à pâte compressée cuite
. Quatre ans qu’ils goûtent, peaufinent, pour que ce soit l’accord juste.
Organisation collective
Le lait leur passe-t-il au-dessus de la tête, désormais ? Pas du tout. Le fromage, c’est avant tout le lait
. Autrement dit les 80 vaches norman des et leur alimentation assurée par 140 des 180 hectares. Sur ceux restants, 10 hectares de blé partent en meunerie, le reste en céréales pour l’agroalimentaire.
Je ne suis pas dans l’opposition des filières
résume Olivier, mais dans leur complémentarité
. Les deux tiers de leur production laitière sont vendus en filière courte
auprès de Biolait, collecte de lait biologique. Le reste en fromage, filière longue
, transformation puis vente directe auprès d’exploitants relais, magasins, grandes et moyennes surfaces alimentaires.
Je ne m’attendais pas à faire de la vente directe
et renouer avec l’esprit de commerce. Ça prend du temps, ça demande des compétences
. Est-ce que ça paie ? Je me fais le même salaire qu’en 2010, mais nous sommes aujourd’hui six sur l’exploitation…
Soit un vrai confort de travail et de vie. Et on sécurise la ferme
par ces revenus aux sources multiples. Pas neutre en ces temps d’économie bousculée.
Autour, d’autres exploitations lancent aussi leurs produits. Il y a une organisation collective qui se met en place
sourit Olivier. Les petits chemins sillonnent jusqu’aux grands.
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