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Jean d'Ormesson commenté par lui-même... |
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Jean d'Ormesson.
L'Académicien sera au Mans toute la journée. Il a accepté de commenter quelques phrases extraites de son dernier livre : Qu'ai-je donc fait.
Un défaut me sauvait : la paresse. Elle calmait mes ardeurs. Elle étouffait mes ambitions. « Oui, je fais un éloge de la paresse. Un éloge de l'ennui aussi. Naturellement, ce n'est pas l'éloge de ne rien faire mais d'essayer d'éviter de s'éparpiller dans des activités qui vous prennent du temps et vous empêchent de vous livrer à l'activité principale. Je suis persuadé que Newton ou Léonard de Vinci essayaient de se débarrasser de tout ce qui les occupait pour trouver un peu de calme et de tranquillité pour se donner à leur oeuvre. C'est cette paresse, cet ennui-là, dont je prends la défense. Gardons un peu de temps au milieu de toute cette technique qui s'impose à nous pour rentrer en nous-mêmes. »
Je manquais d'obstacles et de mélancolie. « On m'a souvent fait le reproche de ne pas avoir assez souffert. La souffrance et le mal sont presque des conditions, aujourd'hui, de l'écriture. Il y a tout de même dans la littérature française une lignée de la littérature du plaisir. Je citerai La Fontaine ou Giraudoux qui est un peu oublié aujourd'hui. Je me rattache volontiers à une littérature plus légère, plus insouciante, dont le modèle est La Fontaine mais qu'ont illustrée aussi des gens comme Horace dans la littérature latine ou Aristophane chez les Grecs. »
La vie est belle. « Je suis entouré de gens qui ont le sida, le cancer, la maladie de Parkinson... Je suis entouré de gens qui ont perdu leur travail ou qui vont le perdre. Je suis entouré de gens qui ont perdu un enfant. Deux enfants. Parfois trois... Mais malgré tout, malgré tout, la vie est belle. C'est Goethe qui l'a dit magnifiquement : « Wie es auch sei, das Leben ist gut » (« Quelle qu'elle soit, la vie est belle »). Naturellement la vie peut être cruelle. Mais elle est belle. »
Je ne suis pas toujours de mon avis. « Je vous assure que c'est vrai ! Je suis Gémeau. Je ne crois pas beaucoup à ces choses-là. Mais c'est vrai que je suis très double. Et si je n'étais que double ! Je suis probablement très multiple. Je suis très sensible aux arguments des autres et toujours tenté de prendre l'avis de mes adversaires. Et c'est pour cette raison que je ne fais pas de politique. La politique consiste à croire d'abord qu'on a raison et, ensuite, à persuader les autres qu'il faut penser comme vous. Et moi, je ne pense pas toujours comme moi ! Alors ne faisons pas de politique. Et faisons un métier où il s'agit de parler dans la peau des autres. J'aurais adoré être comédien et n'étant pas comédien, j'écris des romans. »
Lis plutôt les grands livres dont tout le monde parle sans les lire. « Parfois j'entends à la radio des hommes politiques qui parlent de leur livre. Et, on sent tellement qu'ils ne l'ont pas écrit... Et, quelques fois, qu'ils ne l'ont pas lu ! Il y a un mot de Rivarol que j'adore : « Ne rien savoir est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser ». Il faut essayer de savoir un peu les choses. Je n'aime pas beaucoup la vie littéraire. J'aime les livres. J'ai remarqué qu'on parle souvent de grands livres qu'on n'a pas lus et j'ai envie de dire aux jeunes gens : lisez l'Odyssée. C'est vraiment merveilleux et c'est tellement lisible. Don Quichotte de la Manche, c'est formidablement amusant Et je suis de ceux qui pensent que Chateaubriand, l'est aussi... »
La lumière est l'ombre de Dieu. « Ce sont les premiers mots de la Genèse : Dieu fit la lumière et il vit que la lumière était bonne. J'ai toujours trouvé ça merveilleux. J'ai un côté un peu vieillot qui est que j'admire beaucoup. Nous vivons une époque d'ironie, de dérision. Et je sais jouer un peu ce jeu-là. Mais en réalité, j'admire beaucoup de choses. L'eau, la parole... »
J'ai toujours pensé que je serais un des derniers à écrire encore un livre comme on les écrivait dans les siècles évanouis. « J'écris au crayon, sur du papier. Évidemment presque tous mes amis se sont mis à l'informatique. Je suis comme ces vieux pâtissiers qui font des gâteaux, des pâtés, à l'ancienne. J'aime beaucoup le passé mais vraiment ce qui m'amuse c'est l'avenir. La chose qui m'ennuie le plus dans la mort, c'est de ne pas savoir ce qui se passera après. »
Propos recueillis par Olivier RENAULT.
Ce jeudi 4 décembre, à la librairie Doucet, avenue du général de Gaulle, de 15 h 30 à 17 h 30. Puis à l'abbaye de l'Epau pour la Voix au chapitre (complet).
Je manquais d'obstacles et de mélancolie. « On m'a souvent fait le reproche de ne pas avoir assez souffert. La souffrance et le mal sont presque des conditions, aujourd'hui, de l'écriture. Il y a tout de même dans la littérature française une lignée de la littérature du plaisir. Je citerai La Fontaine ou Giraudoux qui est un peu oublié aujourd'hui. Je me rattache volontiers à une littérature plus légère, plus insouciante, dont le modèle est La Fontaine mais qu'ont illustrée aussi des gens comme Horace dans la littérature latine ou Aristophane chez les Grecs. »
La vie est belle. « Je suis entouré de gens qui ont le sida, le cancer, la maladie de Parkinson... Je suis entouré de gens qui ont perdu leur travail ou qui vont le perdre. Je suis entouré de gens qui ont perdu un enfant. Deux enfants. Parfois trois... Mais malgré tout, malgré tout, la vie est belle. C'est Goethe qui l'a dit magnifiquement : « Wie es auch sei, das Leben ist gut » (« Quelle qu'elle soit, la vie est belle »). Naturellement la vie peut être cruelle. Mais elle est belle. »
Je ne suis pas toujours de mon avis. « Je vous assure que c'est vrai ! Je suis Gémeau. Je ne crois pas beaucoup à ces choses-là. Mais c'est vrai que je suis très double. Et si je n'étais que double ! Je suis probablement très multiple. Je suis très sensible aux arguments des autres et toujours tenté de prendre l'avis de mes adversaires. Et c'est pour cette raison que je ne fais pas de politique. La politique consiste à croire d'abord qu'on a raison et, ensuite, à persuader les autres qu'il faut penser comme vous. Et moi, je ne pense pas toujours comme moi ! Alors ne faisons pas de politique. Et faisons un métier où il s'agit de parler dans la peau des autres. J'aurais adoré être comédien et n'étant pas comédien, j'écris des romans. »
Lis plutôt les grands livres dont tout le monde parle sans les lire. « Parfois j'entends à la radio des hommes politiques qui parlent de leur livre. Et, on sent tellement qu'ils ne l'ont pas écrit... Et, quelques fois, qu'ils ne l'ont pas lu ! Il y a un mot de Rivarol que j'adore : « Ne rien savoir est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser ». Il faut essayer de savoir un peu les choses. Je n'aime pas beaucoup la vie littéraire. J'aime les livres. J'ai remarqué qu'on parle souvent de grands livres qu'on n'a pas lus et j'ai envie de dire aux jeunes gens : lisez l'Odyssée. C'est vraiment merveilleux et c'est tellement lisible. Don Quichotte de la Manche, c'est formidablement amusant Et je suis de ceux qui pensent que Chateaubriand, l'est aussi... »
La lumière est l'ombre de Dieu. « Ce sont les premiers mots de la Genèse : Dieu fit la lumière et il vit que la lumière était bonne. J'ai toujours trouvé ça merveilleux. J'ai un côté un peu vieillot qui est que j'admire beaucoup. Nous vivons une époque d'ironie, de dérision. Et je sais jouer un peu ce jeu-là. Mais en réalité, j'admire beaucoup de choses. L'eau, la parole... »
J'ai toujours pensé que je serais un des derniers à écrire encore un livre comme on les écrivait dans les siècles évanouis. « J'écris au crayon, sur du papier. Évidemment presque tous mes amis se sont mis à l'informatique. Je suis comme ces vieux pâtissiers qui font des gâteaux, des pâtés, à l'ancienne. J'aime beaucoup le passé mais vraiment ce qui m'amuse c'est l'avenir. La chose qui m'ennuie le plus dans la mort, c'est de ne pas savoir ce qui se passera après. »
Propos recueillis par Olivier RENAULT.
Ce jeudi 4 décembre, à la librairie Doucet, avenue du général de Gaulle, de 15 h 30 à 17 h 30. Puis à l'abbaye de l'Epau pour la Voix au chapitre (complet).