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« Des drames mais aussi des sourires » : elles sont bénévoles aux Restos du cœur depuis 30 ans... |
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Monique, Patricia et Colette sont bénévoles depuis 30 ans. Une fidélité sans faille aux Restos. © Le Maine Libre – Denis LAMBERT
Les Restos du Cœur lancent ce mardi 21 novembre 2023 leur nouvelle campagne. Les bénévoles sont sur le pont. Parmi eux, Colette, Monique et Patricia, engagées depuis 30 ans au sein de l’association.
Ce mardi 21 novembre 2023, la 39e campagne des Restos du Cœur est lancée. Sur fond de crise, puisqu’il y a quelques semaines, Patrice Douret, le président national, tirait la sonnette d’alarme. Il évoquait une possible fermeture de l’association, touchée de plein fouet par ce contexte d’inflation galopante.
Sur TF1, il avait lancé un appel aux dons, et il avait été entendu. Malgré tout, la situation demeure tendue. Autre point qui préoccupe toujours aux Restos : le recrutement de bénévoles. Même si parmi ceux qui sont là , beaucoup sont des fidèles. Des historiques même. Au centre d’Allonnes, c’est le cas de Colette, 85 ans ; de Monique, 78 ans ; et de Patricia, 64 ans. Chacune d’elles est présente au sein de l’association depuis 30 ans. Sacrée fidélité !
 Avec Monique, nous avions une amie en commun. Jacqueline Jolivet, élue à la mairie. C’est elle qui a lancé les Restos à Allonnes. Elle voulait pour ce démarrage s’entourer de personnes qui connaissaient bien la ville et ses habitants. C’est ainsi qu’elle nous a sollicitéesÂ
, indique Patricia, aujourd’hui responsable du centre allonnais.
Les deux femmes ont accepté de suivre Jacqueline Jolivet. Pour la bonne cause,  et parce qu’un nom comme celui de Coluche, ça a fait tiltÂ
, ajoute-t-elle.  Moi j’étais au chômage à l’époqueÂ
, poursuit Monique.  J’avais du temps. J’ai donc décidé de m’engager avec les Restos. À Allonnes, il y avait beaucoup de précarité. J’ai eu envie de tendre la main à des personnes en difficulté.Â
Colette, elle, est venue par solidarité elle aussi, mais aussi  pour me changer les idées.Â
À l’époque, elle venait de vivre un drame familial.
« Prise en charge globale »
 30 ans après, nous y sommes encore !Â
, lancent de concert les trois femmes. Colette sourit :  Je m’y plais bien aux Restos.Â
Patricia aussi :  Tout est bien ici. Et notamment l’ambiance.Â
Bien sûr, le travail de ces bénévoles n’est pas de tout repos. Mais la motivation de ces trois-là demeure intacte.  Ici nous avons tout créé. De A à Z. Nous avons constitué une équipe, défini les missions de chacun. Nous avons tout appris sur le terrain. Les formations sont venues bien plus tardÂ
, livre la responsable du centre.
Conditionnement, administratif, distributions : ces trois-là , comme d’autres, sont multicartes au sein de l’association.  Il y a la nourriture, et tout le resteÂ
, relève Monique.  La prise en charge est globale. On aide dans de nombreux domaines. Estime de soi, avec notamment la distribution de vêtements, alphabétisation, logement, accès aux droits et à la santé, microcrédit. C’est vaste. Et nous sommes là pour orienter ceux qui sont en difficulté.Â
Il y a quelques jours à Coulaines, les Restos ont ainsi proposé des rendez-vous gratuits d’ophtalmologie pour des personnes sans couverture sociale. Avec à la clé distribution de paires de lunettes gratuites.  Nous avons été impressionnées par le nombre de bénéficiaires venus à cette occasionÂ
, indique Patricia.
« Nous avons permis à des gens de s’en sortir »
Une illustration en plus, s’il le fallait, de l’ampleur de la misère de certains.  Et notamment les jeunes, ou les mamans seules avec enfantsÂ
, fait remarquer Patricia.  Souvent des gens qui travaillent, mais dont les revenus sont très insuffisants.Â
Des situations souvent très compliquées.  Et personne n’est à l’abriÂ
, insiste Patricia.  J’ai été marquée par l’histoire d’un homme dont la femme venait de le quitter. Il avait un très bon poste. En un rien de temps, il a tout perdu et s’est retrouvé à la rue. Il a frappé à la porte des Restos.Â
Des situations marquantes, ces trois bénévoles en côtoient au quotidien.  Certains viennent nous voir depuis les débuts du centre. Nous avons eu les parents, et maintenant, nous avons les enfantsÂ
, révèle Monique. Comme si parfois la misère était héréditaire. Heureusement, il y a aussi de belles histoires.  Nous avons permis à des gens de s’en sortir. Et ça, ça fait du bienÂ
, confie Colette. Elle évoque ce SDF allonnais. Alain.  Jacqueline Jolivet s’était démenée pour lui. Elle lui avait trouvé un logement et elle lui avait même permis de revoir ses enfants. Il avait pu retrouver une vie à peu près normale.Â
« De la chaleur, des échanges »
 Oui, il y a des drames humains, mais ici, il y a des sourires. Ceux qui viennent sont heureux de nous retrouver, de se retrouver entre euxÂ
, met en avant Patricia.  Il y a de la chaleur, des échanges. Et si un jour quelqu’un arrive en allant mal ou en pleurant, on prend le temps parler, autour d’un café.Â
 C’est vrai, des fois il faut avoir le cÅ“ur bien accroché. Mais nous ne sommes pas là pour craquer ! Au contraire, le but, c’est de réconforter ceux qui en ont besoin. Et puis avec le temps et l’expérience, nous avons appris à gérer ces émotionsÂ
, dit Monique. Alors, hauts les cÅ“urs aux Restos. À Allonnes, où l’on peut compter sur une centaine de bénévoles, emmenés par leur doyenne de 92 ans, on ne se plaint pas des effectifs.  Même si des renforts seraient les bienvenusÂ
, lance Patricia.  Ici, nous avons la chance d’être très soutenus, depuis le début, par la mairie. Alors, nous sommes plutôt bien lotis.Â
Pied au plancher alors que commence cette énième saison, les trois femmes rempilent une fois de plus. Pour combien de temps encore ? Rire général :  Jusqu’à la mort !Â
> > > > Activité en hausse, appel aux bénévoles
Sans surprise au vu du contexte, l’activité des Restos du Cœur augmente. Dans la Sarthe, 35 % de repas supplémentaires ont ainsi été servis en une année.
Dans ces conditions, le besoin en bénévoles se fait croissant lui aussi. Dans le département, les Restos en comptent 780, dont 420 au Mans. Mais les effectifs sont vieillissants. L’association lance donc un appel pour assurer la distribution, trier les denrées, conduire les camions, mais aussi à des personnes ayant une expérience dans le domaine de la gestion logistique et de l’accompagnement social. Des volontaires, même pour une ou deux journées par an, seront les bienvenus pour prêter main-forte.
Par ailleurs, les Restos maintiennent leur appel aux dons alimentaires, aux dons financiers et au mécénat d’entreprises, tout en soulignant la générosité en hausse constatée lors de la dernière collecte d’octobre.
Contact : Restos du Cœur de la Sarthe, 1, rue de Champ-Fleuri à Coulaines. Tel. 02 43 82 16 14, ad72.benevolat@restosducoeur.org