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Karaté JO. Leïla Heurtault – Didier Moreau, un duo en quête d’or olympique... |
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Leïla Heurtault et Didier Moreau main dans la main dans la quête pour la médaille d’or. © DOMINIQUE BREUGNOT
Licenciée au Samouraï 2000, la karatéka Leïla Heurtault est l’une des favorites en -61 kg. La Mancelle de 26 ans qui rêve d’une médaille d’or olympique entretient une relation singulière avec son entraîneur, Didier Moreau.Licenciée au Samouraï 2000, la karatéka Leïla Heurtault est l’une des favorites en -61 kg. La Mancelle de 26 ans qui rêve d’une médaille d’or olympique entretient une relation singulière avec son entraîneur, Didier Moreau.
« Comment est-ce que qu’on s’entend ? Ça dépend des jours, des heures et des minutes », se marre-t-elle avant même le début de l’interview, assise sur un ballon de gym dans le dojo Alice Millat. À moins d’un mois des Jeux olympiques, la karatéka mancelle Leïla Heurtault (-61 kg) a le sourire en ce 7 juillet.
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Et dès que son entraîneur Didier Moreau a le dos tourné, la jeune femme de 26 ans en profite pour tirer la langue à la caméra. « Il me faudra un montage avec toutes ces séquences-là », lance l’entraîneur du Samouraï 2000 à Anthony, qui suit les deux compères dans leur quête olympique.
Une aventure olympique pour le moins vertigineuse quand on connaît les déboires par lesquels sont passés les deux athlètes. Car si la Guyanaise sera seule sur le tatami de Tokyo, l’ancien karatéka de 59 ans n’est pas étranger à sa réussite. « En tant qu’entraîneur et préparateur mental, elle me pousse dans mes retranchements car elle est compliquée. C’est un peu ma muse mais elle m’amuse quand même. On construit plus avec le rire, la joie, le plaisir plutôt que le négatif. On a énormément rigolé, comme on n’a pas envie de pleurer compte tenu de la situation qu’on vit depuis quatre ans. »
« Cette aventure olympique me faisait peur »
Pourtant, il y aurait de quoi avec un parcours semé d’embûches du début à la fin. Boudée par la Fédération française de karaté (FFK), Leïla Heurtault n’a pas participé aux derniers championnats du monde où les points étaient multipliés par 12 pour le ranking olympique.
Sauf qu’elle a quand même réussi à décrocher une place au TQO grâce à sa médaille de bronze acquise en mai dernier lors des championnats d’Europe en Croatie. Battue en quart de finale du TQO à Paris début juin, elle a toutefois été « réattribuée » pour les JO grâce à sa 5e place au ranking olympique. De quoi se hisser parmi les trois Français qualifiés pour les Jeux, avec Alexandra Feracci (katta féminin) et Steven Da Costa (-67kg).
« Mais au début, cette aventure olympique me faisait peur, confie la titulaire d’un master en management international. À l’annonce de l’entrée du karaté aux JO, je n’arrivais plus à rien… Je m’évanouissais presque. Je n’avais plus d’énergie, ça n’allait pas du tout. Mais dès que je partais de l’entraînement, je retrouvais cette énergie-là . On a fait de nombreux tests médicaux mais il n’y avait rien. C’était donc uniquement mental. » Un rendez-vous loin du Samouraï 2000 avec Didier Moreau, place de la République au Mans, a permis de dépasser ce blocage.
« J’ai provoqué la discussion car je sentais qu’elle n’allait pas bien, rembobine-t-il. Vous savez l’aventure humaine avec Leïla, c’est une complicité. C’est une relation particulière. Elle avait peur qu’on coupe tous les liens si elle décidait d’arrêter, alors que c’est complètement faux. Ce moment-là loin l’un de l’autre l’a libéré car il y avait un gros problème sur le fait d’être emprisonné pendant quatre ans. Le lendemain, elle avait complètement basculé sur son objectif olympique. »
« Une bestiole avec une notice toute particulière »
Aujourd’hui, la relation entre Leïla Heurtault et Didier Moreau dépasse le simple cadre entraînée-entraîneur, sans pour autant aller jusqu’à une relation fille-père. « Mais c’est vrai que le Samouraï 2000 a remplacé ma famille », glisse la native de Chartres. Deux clics sur Internet et la voilà au Mans à seulement 14 ans avec comme ambition de devenir championne du monde. Sauf que tout avait très mal commencé car Didier Moreau voulait la voir combattre lors de son premier duel pour ses débuts au championnat de France. « C’était la condition sine qua non, glisse-t-il. Mais elle ne m’avait pas dit qu’elle combattait et elle est sortie dès le premier tour… »
Cette mésaventure passée, les deux compères ont pris le temps de mieux se connaître, de mieux s’apprivoiser. À tel point qu’ils se donnent mutuellement de drôles de surnoms. « On en a beaucoup, se marre-t-elle. C’est un peu mon sensei, mon mentor car Didier m’inspire dans beaucoup de domaines, même quand il m’énerve. Je prends exemple sur lui, on s’entraide énormément et on progresse ensemble. » À l’inverse, son entraîneur la qualifie d’une tout autre façon. « C’est une bestiole qui a une notice toute particulière. Pourquoi une bestiole ? Parce qu’on ne sait pas son nom. Une bestiole peut être sympa mais elle peut aussi sortir les griffes », s’amuse-t-il.
Sauf que cette fois, les deux acolytes vivront les seuls JO de l’histoire pour le karaté. Heurtault à Tokyo bien sûr, mais Moreau à Saint-Martin. Même à distance, son entraîneur a réussi à la reparamétrer. « Elle a bloqué ses émotions comme elle sait le faire, expliquait-il dans nos colonnes hier. Cet état d’esprit ne lui permet pas de se transcender mais elle s’est rebranchée samedi. »
S’ils seront séparés pour cette compétition, ce n’est pas parce qu’ils se sont fâchés mais bien parce que la FFK n’a pas souhaité qu’un coach de club accompagne ses athlètes. À la place, l’entraîneur fédéral Olivier Baudry sera sur la chaise. « Ce sera particulier surtout qu’en compétition, Didier a déjà su me faire basculer, explique l’intéressée. Parfois, je me sens bien aux échauffements sauf que je me voile la face inconsciemment car je ne suis pas au mieux. Mais Didier me connaît tellement bien et il m’aide. En combat, si je commence à perdre pied, il sait aussi me rassurer pour que je redevienne intelligente. »
« Pourquoi casser notre binôme le jour de la compétition ? »
Une décision qui suscite de vives interrogations chez le coach manceau. « Pourquoi casser notre binôme le jour de la compétition la plus importante pour Leïla ? Je ne comprends pas. Soit il y a des ego surdimensionnés, soit les raisonnements sont mauvais. » On en est même à se demander si l’instance fédérale veut vraiment ramener l’or…
En tout cas, un tel résultat ne serait que la cerise sur le gâteau car au Samouraï 2000, l’accent est davantage mis sur la relation humaine et le partage de cette aventure olympique qu’ils ont aussi vécu avec Dnylson Jacquet, malheureusement non qualifié pour les JO. « Je dis à mes jeunes qu’ils vont en baver, en pleurer et en rire mais que l’ascenseur émotionnel est énorme, indique Didier Moreau. En quatre ans, ils en auront vécu quinze. Ils auront appris beaucoup de choses que des adultes lambda mettent 30, 40 ans à comprendre. » La « persévérance », c’est donc son leitmotiv et c’est aussi la valeur du karaté tatouée sur son pied gauche. « C’est également le tatouage que ses adversaires auront de tatoué sur le visage », conclut son entraîneur.
Vendredi à 5h28 du matin, ce sera l’or de briller…