|
24 Heures du Mans. Avec Yifei Ye, la Chine continue à s’éveiller à l’endurance... |
2
Le Chinois Yifei Ye est associé à l’ancien pilote de Formule 1 Robert Kubica et au Suisse Louis Deletraz sur l’Oreca Gibson du Team WRT. © Daniel Fouray
Ancien élève de la FFSA Academy, le jeune pilote chinois a décidé de s’orienter vers l’endurance. Un choix pleinement assumé. Il va poursuivre son apprentissage aux 24 Heures du Mans avec Robert Kubica comme capitaine de route.
Il fut un temps où lorsque l’on était pilote, passé par l’école de la monoplace, on regardait avec un peu de « condescendance » ceux qui allaient « s’enterrer » en endurance. La discipline avait une image vieillotte, un poil ringard, avec des pilotes trentenaires ou quadragénaires, genre « Papy fait de la résistance. »
Les temps ont bien changé. Pour peu, on pourrait presque dire que l’endurance est devenue un nouvel eldorado du sport auto, dans un contexte où l’avènement du règlement Hypercar promet des lendemains radieux avec des constructeurs qui se bousculent au portillon.
Des vues sur l’Hypercar
Fort de ce constat, le jeune Chinois Yefei Ye (21 ans) a décidé de prendre ce virage. Arrivé à la FFSA Academy au Mans à l’âge de 15 ans, il a usé le fond de sa combinaison dans des baquets de F4, se consacrant pleinement à la monoplace. Une voie où il est difficile de se faire une place alors quand l’opportunité de disputer le championnat d’endurance Asian Le Mans Series est arrivée, il a saisi la balle au bond. Sans a priori. Avec un titre de champion à la clef. « J’ai eu de bons résultats et je me suis dit que l’endurance pouvait être une bonne direction à suivre pour le futur, vu qu’il y a beaucoup de constructeurs qui ont rejoint ou vont rejoindre cette discipline, en Hypercar et en LMDh. J’ai regardé la possibilité du choix du team. WRT avait déjà confirmé Robert Kubica comme pilote, on a discuté avec Vincent Vosse, le patron de l’équipe, et nous nous sommes mis d’accord. »

Yifei Ye a réalisé un début de saison probant en signant deux succès consécutifs sur les deux premières manches du championnat ELMS. ELMS
Ce changement d’univers s’est déroulé en douceur, sans fracas. « Le pilotage d’une LM P2 est très similaire à celui d’une F3, il y a beaucoup d’adhérence, explique Yifei Ye. Quand je suis passé de la monoplace à un proto, il n’y a pas tellement de choses qui ont changé en termes de pilotage. Il faut être précis. C’est différent d’une GT où tu sais que tu peux sauter sur les vibreurs et prendre les raccourcis. En LM P2, il faut un pilotage fin. Cela ne m’a pas posé de soucis. » Il a dû juste mettre de côté les habitudes de la monoplace, un terrain de jeu assez individualiste, pour satisfaire au sens du collectif de l’endurance. « Il a fallu aussi que j’apprenne à penser aux réglages de la voiture en fonction de mes coéquipiers ; là encore c’est à l’opposé de ce que je faisais en monoplace. J’ai d’ailleurs été surpris de voir Robert Kubica accepter des compromis, ce ne doit pas être une chose facile pour lui, qui, en F1, disposait de set-up personnalisés. »
LIRE AUSSI. Pour Romain Dumas, avec Glickenhaus : « On pousse la folie un peu plus loin »
Yefei Ye n’est pas vraiment là par hasard. Ce n’est en rien un coup de tête ou une décision prise par dépit. Il a tracé un plan de route. « Mon objectif est de clairement trouver une place chez un constructeur, avoue-t-il sans détour. Avec Neel Jani, mon manager (qui est aussi pilote officiel Porsche), nous avons choisi WRT. L’équipe de Vincent Vosse pourrait s’engager en Hypercar avec Audi. Mais ce n’est pas la seule solution, il y a aussi Porsche voire Ferrari. On ne sait jamais comment cela peut tourner. Le marché chinois est grand. J’ai eu la chance de passer quelques années en Europe, d’apprendre plusieurs langues. Je sais que cela peut m’aider à entrer dans l’une de ses équipes. »
Yifei Ye assemble une sorte de puzzle où il essaie de récupérer le maximum de pièces. Il a déjà fait les bords… en optant pour l’endurance. « Le plus important pour moi est avant tout d’être performant aux 24 Heures du Mans, de bien finir la saison. »