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Vion. À l’école des Tilleuls, les enfants ont dit au revoir à Régine Cormier, la directrice... |
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Les élèves ont bariolé le tableau du fond de la classe de Régine Cormier lors de son dernier jour de classe le jeudi 7 juillet 2022. © Ouest-France
Débarquée à Vion en 1994, Régine Cormier n’a jamais plus quitté l’école des Tilleuls depuis cette date. Directrice depuis 2002, elle a refermé le jeudi 7 juillet 2022 le chapitre de sa carrière dans l’enseignement.
Ce jeudi 7 juillet, sur le coup de 17 h 30, l’école des Tilleuls de Vion est soudainement redevenue calme. Pas l’ombre d’un cri d’enfants dans la cour de l’école, Un silence magistral. Un silence qui dans quelques heures va devenir le quotidien de Régine Cormier, la directrice de l’établissement, qui a fait valoir ses droits à la retraite après quelques années de bons et loyaux services.
Assise dans sa classe, les chaises disposées sur les tables, Régine Cormier savoure ces derniers moments, sans réellement prendre conscience que le rideau s’est baissé une dernière fois, qu’elle ne croisera plus les petites têtes blondes ou brunes de Vion à qui elle a enseigné depuis 1989, elle qui est passée par Le Mans, Sablé-sur-Sarthe à l’école Gambetta mais aussi à Avoise, avant de se poser à Vion en 1994. On ne disait déjà plus « institutrice » mais « professeure des écoles » depuis un décret du 1er août 1990.
« Je ne réalise pas trop »
On ne saura pas si les enfants ont chanté « Adieu, monsieur le professeur. On ne vous oubliera jamais. Et tout au fond de notre cœur, Ces mots sont écrits à la craie. » C’est un peu désuet comme chanson mais une chose est certaine, sur le mur du fond de sa classe, les gamins avaient usé des craies multicolores pour marquer leur affection à Madame la directrice. « Je ne réalise pas trop, avouait-elle, surprise que l’on s’intéresse à elle, à son parcours, à son quotidien dans l’Éducation Nationale, cette grosse machine parfois infernale. Je suis encore dans le speed de la fin d’année, le rangement de ma classe pour laisser la place à des travaux. Je pense que c’est à la rentrée, en septembre, que je vais vraiment réaliser. »
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Quand elle est arrivée aux Tilleuls, à Vion, il y avait 140 élèves voire plus. Elle n’était pas encore directrice, elle ne l’a été qu’à partir de 2002. Elle n’a plus bougé de là . Une nouvelle équipe enseignante venait d’arriver et depuis 15 ans, elle n’a pas bougé. « J’étais bien à Vion, raconte-t-elle. La municipalité fait tout pour que l’école fonctionne. Je n’ai pas connu de gros soucis. Il y en a des petits comme partout. »
« Cette carrière, elle est passée trop vite je trouve »
En 2017, elle a vu une classe fermer ses portes. Avec 97 élèves, Régine Cormier sait que les Tilleuls sont sur un fil en termes d’effectif. « Il y a tout pour bien faire à Vion. De l’espace, le terrain de sport tout proche et l’école va faire l’objet d’une rénovation énergétique avec la pose de panneaux photovoltaïques. »
Régine Cormier sait, aussi, que là -haut dans les ministères, la logique est plus quantitative que qualitative. Dans quelque temps tout cela appartiendra à son passé. « Cette carrière, elle est passée trop vite je trouve, soupire-t-elle. Je n’ai pas spécialement de mauvais souvenirs. »
La directrice a commencé, il n’y avait pas internet. C’était le temps de la machine à polycopier à alcool. Ordinateurs, tablettes sont arrivés dans son quotidien. « Les enfants sont entrés de plain-pied dans cet univers. J’ai vu l’évolution. J’ai envie de dire qu’aujourd’hui ils bougent tout le temps, ils parlent tout le temps, les écrans sont partout. Ils sont happés par cet univers numérique. Moi, de mon côté, j’ai dû m’adapter. »
Aux yeux des enfants, elle était ce trait d’union entre deux époques. Elle passe la main sans regrets, sans avoir songé un jour raccrocher pour faire autre chose, elle qui était partie pour devenir professeur d’histoire-géo et qui s’est retrouvée à l’École Normale en suivant des copines. « J’ai eu plein de messages qui me disent que c’est bien la retraite. »
Madame la directrice passe le relais en toute sérénité. C’est Aurélie Vallée qui reprend le flambeau. Un changement dans la continuité puisque les deux femmes ont travaillé de concert pendant près de 15 ans. « Il va falloir que j’apprenne à vivre sans ce rythme qui était le mien depuis de longues années. Les élèves vont me manquer le plus ; certainement pas la direction (rires). Cela va me faire un très grand vide au début mais bon, j’ai des tonnes de bouquins à lire. »
Bonne retraite, Madame la directrice.