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Thoiré-sur-Dinan. « J’ai eu une jeunesse dorée à Madagascar »... |
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Lucet Givran avec ses quelques souvenirs de jeunesse passés à Madagascar. © Ouest-France
Lucet Givran, 69 ans, de Thoiré-sur-Dinan (Sarthe) se souvient de sa jeunesse passée à Madagascar. « Si j’avais pu, je serais resté sur cette île qui était, à cette époque, un paradis. »
Lucet Givran, 69 ans, retraité, habitant Thoiré-sur-Dinan (Sarthe), se souvient de sa jeunesse passée à Madagascar là où il est né à Ambanja, en 1955.
« J’ai bien connu mon grand-père Edgar, qui était un colon depuis de très nombreuses années sur l’île. Il exploitait une plantation de poivre et cacao, souligne Lucet Givran. Il avait vraiment l’esprit colonial. C’était un bourgeois, un fervent catholique. Il avait sa chapelle personnelle. Les noirs ne devaient pas stationner devant sa propriété. Les Malgaches buvaient dans des boîtes de conserve. Cela m’avait choqué, même enfant. »
« Son père, un ancien militaire qui avait fait l’Indochine, blessé à la guerre, est venu se reposer sur l’île. Il a été réformé, il a décidé de rester à Madagascar où il a connu ma mère. »
Une plantation de poivre et cacao
En tant que locataire, le père de Lucet a pris une plantation de poivre et cacao. « Mon père n’avait pas l’esprit d’anciens coloniaux. Les serviteurs étaient bien traités. Nous avions la vie de château, nous avions une belle demeure coloniale. Tous les week-ends, c’était la fête, le bal, la plage. Les serviteurs gardaient les enfants. Nous étions six », confie-t-il.
Lucet fréquentait l’école à Nosy Be. « J’avais de très bons copains malgaches à l’école. »
Lucet se souvient : « Mon père et mon grand-père étaient ramatoulay, ils avaient deux femmes, c’était une coutume. Ma mère ne disait rien. » Chez son grand-père, il y avait un serviteur qui avait un torchon avec lequel il chassait les mouches.
« J’ai plus souvent tété le sein d’une servante que celui de ma mère. J’avais de l’affection pour ces femmes qui étaient très dévouées », sourit Lucet.
Au 1er de l’An, les serviteurs, qui étaient pauvres, offraient néanmoins une volaille ou autre à leurs patrons. C’était dans la coutume. « J’étais outré de voir ces pauvres gens alors que certains étaient pris pour des esclaves », continue Lucet.
En 1968, Madagascar est devenue indépendante. Lucet avait 14 ans. La famille Givran a dû quitter ce paradis. Une nouvelle anecdote de Lucet : En arrivant à Orly, nous avons pris comme taxi une DS Citroën. Nous étions fiers car c’était la voiture officielle du président malgache. C’est en France que nous avons vu la première fois la neige », se souvient Lucet. Il est retourné à Madagascar : « Maintenant, c’est la misère. Les routes sont défoncées et pourtant, il y a des richesses », conclut-il.