|
TÉMOIGNAGES. « Je n’ai tenu que deux mois en 3e » : de jeunes allophones retrouvent confiance grâce à cette association... |
2
Mohamed Amine, 17 ans, suit une formation de 250 h avec l’association Afodil, à Cholet. © Afodil
Ils sont originaires du Soudan, d’Érythrée, de Somalie, du Maroc et du Cambodge. Âgés de 17 à 22 ans et arrivés à Cholet (Maine-et-Loire) à l’adolescence, ces jeunes allophones ont vécu leur intégration comme « un choc ». Grâce à l’association Afodil, ils retrouvent confiance. Témoignages.
« Le 17 juin 2021. » Asha n’a jamais oublié la date. Elle insiste même sur le jour, celui du nouveau chapitre de sa vie en France. Elle avait 14 ans, arrivait du Soudan, pour retrouver son père, réfugié depuis 2012 à Cholet (Maine-et-Loire). « Dans mon pays, tout le monde veut partir à cause de la guerre. Beaucoup de gens sont morts », souffle la jeune femme, 18 ans désormais.
« En arrivant, je ne parlais pas du tout français. L’intégration a été très difficile », explique-t-elle. Sa scolarité est un parcours semé d’embûches. « Je ne suis pas parvenue à valider mon CAP Agent accompagnement au grand âge », poursuit Asha. La faute à un stage qu’elle ne décroche pas. À des lacunes en français, aussi. C’est pourquoi elle a sollicité l’aide de l’Association pour la formation et le développement de l’initiative locale (Afodil), qui accompagne les publics les plus éloignés de l’emploi.
Lire aussi : En Maine-et-Loire, elle vient en aide aux jeunes « en rupture de parcours »
« Je n’avais pas vu ma maman pendant dix ans »
Depuis deux ans, cette dernière mène une action pour des jeunes allophones qui n’ont pas pu intégrer l’Éducation nationale en France « parce qu’ils sont arrivés après l’âge de 16 ans, souligne Sylvie Boudaud, coordinatrice formation. Certains ont pu faire une ou deux années de collège mais sans affectation pour la suite en raison d’un niveau de français trop faible ».
Ce parcours de 250 heures, financé grâce au soutien de la politique de la ville dans le cadre du contrat quartiers 2024-2030, accompagne 13 jeunes depuis octobre dernier. « Dix sont arrivés en France dans le cadre d’un regroupement familial. Ils sont âgés de 17 à 22 ans et habitent dans l’un des quartiers prioritaires de Cholet », prolonge Sylvie Boudaud.
Dima, 22 ans, et Mohamed Amine, 17 ans, font partie des apprenants. La première est arrivée en 2024 en provenance d’Érythrée, l’un des pays les plus fermés au monde, après un long voyage par le Soudan et l’Égypte. « Je n’avais pas vu ma maman pendant dix ans. Les retrouvailles ont été émouvantes », raconte la jeune femme, qui s’imagine infirmière dans le futur.
« Pour eux, l’arrivée en France a été vécue comme un choc »
Le second, originaire du Maroc, a, lui, retrouvé sa famille en 2023. « J’ai été au collège en 4e, mais je n’ai tenu que deux mois en 3e. C’était trop dur. Et après, je suis resté à la maison. » Mohamed Amine se retrouve isolé, sans solution. Jusqu’à trouver la route d’Afodil. « Ça m’a redonné confiance en moi, assure celui qui souhaite devenir cuisinier dans un restaurant. 250 h, c’est juste trop court. »

Le groupe d’apprenants lors de la remise de leur attestation. Afodil
« Ces jeunes sont très courageux. Pour eux, l’arrivée en France a été vécue comme un choc, raconte Sylvie Boudaud. Notre mission est de les soutenir, de développer leur autonomie et de rendre leur vie plus facile. Et surtout de les aider à accomplir leurs rêves. Même si ça doit se faire étape par étape… »
Cette formation d’Afodil existe aussi grâce à un partenariat fort avec la Mission locale du Choletais et les éducateurs de prévention spécialisée de l’Association pour la sauvegarde de l’enfant et de l’adolescent à l’adulte (ASEA 49).
Afodil, 15 avenue du Président-Kennedy, à Cholet. L’association recherche toujours des bénévoles pour renforcer l’équipe de son conseil d’administration. Contact : t.chevillard@afodil.fr