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Solesmes. Une unité de méthanisation devrait voir le jour à l’été 2023... |
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Adrien Grudet et Yves Lelièvre, qui entourent ici Pascal Lelièvre, le maire de Solesmes, sont à l’origine de la société LG Biométhane qui va implanter une unité de méthanisation dans la campagne solesmienne. © Photo : Ouest-France
Initié il y a plus de dix ans, le projet de construction d’une unité de méthanisation, piloté par Yves Lelièvre, avait été remisé. Il est de nouveau d’actualité avec la perspective d’entrer en service au cours de l’été 2023.
Pour apporter un élément supplémentaire dans la valorisation des déchets des entreprises agroalimentaires du secteur de Sablé-sur-Sarthe qu’ils exploitent déjà sous la forme d’épandage sur des terres agricoles, Yves Lelièvre et son associé Adrien Grudet ont le projet de construire une unité de méthanisation dans la commune de Solesmes.
C’est quoi une unité de méthanisation ?
« La méthanisation, c’est un procédé de dégradation des matières organiques à l’issue duquel on récupère les gaz, explique Yves Lelièvre dont la société LG Biométhane envisage de construire une unité à « L’enclos de l’Ouvrardière » à Solesmes. Cela peut être du fumier, des rejets d’entreprises agroalimentaires. On mélange différentes matières dans un milieu hermétique, on chauffe pour accélérer le processus et on collecte le gaz qui est ensuite injecté après épuration et compression dans le réseau de gaz de ville. » Les résidus de cette opération, appelés aussi digestats, sont épandus sur des terres agricoles.
Yves Lelièvre a opté pour l’injection et non la cogénération, un processus qui, à partir du gaz produit, alimente un moteur pour faire tourner une génératrice et produire de l’électricité. Cette méthode produit de la chaleur qui est perdue si on n’a aucun moyen de l’utiliser comme pour chauffer une piscine, des serres horticoles. Si elle n’est pas valorisée, c’est 40 % d’énergie perdue d’où notre choix d’aller vers l’injection.
LG Biométhane va se raccorder au réseau GRDF de Sablé et Solesmes situé à 2,5 km de l’unité de méthanisation. « On aura un taux d’efficacité de 98 % », se félicite le chef d’entreprise.
Pourquoi bâtir une telle structure ?
« Depuis plus de 40 ans, nous gérons un plan d’épandage avec Charal. Il y avait une problématique d’odeurs. Avec cette unité de méthanisation, nous avons voulu apporter une réponse. Il y a une dizaine d’années, j’avais déjà eu cette idée mais l’équilibre économique était trop fragile. On a retravaillé le projet il y a 5 ans, il me tenait à cœur. Je me suis associé à mon salarié, Adrien Grudet. »
Cette unité de méthanisation oblige LG Biométhane à disposer d’un plan d’épandage de 1 200 hectares, avec un besoin de produire des couverts végétaux sur 200 hectares afin de réaliser un assolement étalé dans le temps. « Le digestat est un produit équilibré dans sa composition chimique. Il est assimilé beaucoup plus rapidement par les sols qu’un engrais classique. Il va permettre de faire des économies sur les amendements. »
Quel en est l’intérêt ?
Producteur de céréales, éleveur de volailles de Loué, Yves Lelièvre envisage cette unité de méthanisation comme un « complément ». « Elle ne pourra pas remplacer la production céréalière, tout comme il est hors de question que mes cultures soient tournées essentiellement vers la production de gaz. Certains ont fait ce choix. Pas nous. En se diversifiant, on trouve aussi un moyen de sécuriser notre activité dans un domaine où l’on est soumis aux lois du marché. »
Quel est son coût ?
L’investissement est de l’ordre de 6,5 millions d’euros. À l’issue de l’enquête publique qui a débuté le 16 février 2022 et se termine ce mercredi 16 mars 2022, les premiers travaux pourraient être effectués en septembre 2022, pour 13 mois de chantier. « Nous espérons pouvoir réaliser une première injection en août 2023 », précise Yves Lelièvre, en passe de boucler le dossier de financement de l’opération.
Cette installation sera en mesure de fournir 1 300 foyers en gaz sur une année ou encore de faire rouler 80 bus fonctionnant au gaz.
Y aura-t-il des nuisances ?
Si les odeurs sont bien réelles avec les épandages classiques, la méthanisation est en mesure d’apporter une réponse aux nuisances olfactives. « Je ne peux pas dire qu’il n’y en aura pas, signale Yves Lelièvre. Mais nous souhaitons disposer d’un site très propre, cette partie est non négociable et elle aura un impact financier important sur notre investissement. C’est voulu. »
En termes d’implantation et même si une habitation est située à 300 mètres, l’impact visuel se veut nul. « Les inquiétudes sont aussi en termes de trafic sur les routes. Notre implantation n’a pas été choisie par hasard. Il est proche de la route du Mans. Il n’y aura pas plus de camions sur la route de Beaucé. Aujourd’hui, 10 000 tonnes passent par notre exploitation pour épandage ; demain avec l’unité de méthanisation ce sera 25 000 tonnes, soit trois camions de plus par jour. Sur la D309, cela se verra à peine. »
La méthanisation, un marché florissant ?
En février 2021, le syndicat gérant Ouest Park a annoncé qu’Engie avait l’intention d’acheter un terrain sur le parc d’activité situé à Louailles pour implanter une usine dédiée à la méthanisation. « Moi, je suis sur un projet à taille humaine, affirme Yves Lelièvre. J’espère qu’il n’y aura pas de guerre pour l’obtention de la matière première. Si on veut me concurrencer, cela n’aura aucun sens. Il est important de ne pas se tromper de sujet. Aujourd’hui, notre zone d’épandage s’étend au maximum sur 8,5 km. Qu’en sera-t-il de l’installation d’Engie ? »