|
Séparés par la pandémie, les membres de cette famille se retrouvent enfin... |
1
Sur la table de Noël, épices et vanille d’Ambohimalaza se mêlent aux pommes et aux confitures maison de Vincent. © Le Maine Libre
Après quatre ans d’attente, la famille malgacho-sarthoise constituée par Vincent, Mélisse et leur fils Aurélien est enfin réunie. La mère et le petit ont débarqué à Roissy le 8 décembre 2022 et vont fêter Noël à Loir-en-Vallée.
On s’est tout de suite plu
raconte Vincent, un gars de la vallée du Loir parti un jour à Madagascar pour rencontrer Mélisse sur les conseils de la famille de celle-ci qu’il connaissait déjà à Tours… Sa grand-mère et sa cousine, surtout, qui nous ont ensuite aidés pour le visa.
En janvier 2019, ce maraîcher, jardinier et chauffeur routier a déjà beaucoup voyagé. Mais il n’a jamais trouvé sa moitié. Soigner les éléphants en Thaïlande pendant dix jours en 2006, ça m’avait déjà permis d’avancer dans ma vie car je suis très timide… L’Afrique m’appelait et je me suis retrouvé à Madagascar.
Aurélien a passé ses premières années dans la plantation familiale
Mélisse aussi se dit timide, ils étaient faits l’un pour l’autre. En octobre 2019, un beau petit fruit naît de leur union : Aurélien, qui vivra ses premières années avec sa mère seule, dans la petite plantation familiale où poussent vanille, girofle, poivre rouge et noir.
Je l’ai vu six jours après sa naissance, juste avant les confinements
(instaurés contre la pandémie de Covid-19, NDLR) et l’arrêt des voyages
poursuit Vincent ; et depuis, le prix du billet d’avion a été multiplié par trois. C’est dur quand on a vraiment choisi d’avoir un enfant par amour ».
+ Sarthe. Ces chrétiens égyptiens fêtent Noël loin de leur pays
Des allers-retours à Madagascar tous les six mois
Ils se marient sur place et c’est la pandémie, toujours, qui retarde les dossiers administratifs. Vincent voit son fils grandir par intermittence, au rythme de ses allers-retours à 9 000 km de la France tous les six mois.
Et puis, à l’automne 2022, sa vie semble se dénouer d’un coup. Il trouve une place de gardien et jardinier au petit château du Gâts à Ruillé et le visa, enfin, est délivré à Mélisse et leur fils. La mère et le petit débarquent à Roissy le 8 décembre.
Mélisse, catholique pratiquante, se réjouit d’assister à la messe de Noël à la Providence, à Ruillé-sur-Loir. Les sœurs m’ont invitée, elles connaissent Madagascar.
+ La Flèche. De retour de Madagascar, « ça a été un choc culturel »
Sur l’île, c’est la « vraie messe de minuit »
Chez nous, c’est la vraie messe de minuit dans l’église du Père curé
raconte Mélisse. Il fait 35° dans la journée et on danse, on chante, on tape des mains, on s’habille pour un jour de fête, il y a des bougies… Après la messe, tout le monde reste, on couche les plus petits par terre et on joue de la musique, du piano. Chacun apporte à manger ou à boire : du café, du thé, des jus de fruit, des brioches et, bien sûr, le mofo gasy, le pain malgache à la farine de riz et au miel. Cela peut durer tard dans la nuit et, le lendemain, on offre les cadeaux aux enfants à la maison devant la crèche en terre cuite, seulement aux enfants parce qu’on n’a pas beaucoup d’argent. En moyenne, on gagne 50 € par mois à Madagascar et la vanille est très mal payée par les exportateurs avec la complicité du gouvernement.
Le repas du jour de Noël se compose de poisson séché au riz au lait de coco accompagné de tomates amères ou de porc en sauce au manioc. On boit aussi la bière locale et, au dessert, la salade de litchis, de mangues, d’ananas, de pastèque et de papaye.
Mélisse est un peu triste de passer un premier Noël loin de son île mais il y a le téléphone et… sa nouvelle vie.