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Sarthe. Treize Juifs fléchois dont cinq enfants déportés : il ravive le souvenir de ces victimes... |
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Laurent Waquet s’est appuyé sur de nombreux documents qui se trouvent aux Archives départementales de la Sarthe. « Des documents qui font froid dans le dos », confie l’historien. © Le Maine Libre
Professeur d’histoire, Laurent Waquet signe dans le Cahier fléchois paru en avril 2021, un article consacré aux persécutions antisémites en Pays fléchois au cours de la Seconde Guerre mondiale. L’étude n’avait jamais été menée jusqu’alors. Il en ressort que 13 Juifs, dont cinq enfants, ont été déportés à Auschwitz-Birkenau et Sobibor. Aucun n’en a réchappé. Parmi ces victimes, la deuxième plus jeune déportée de la Sarthe. Une fillette âgée de quinze mois.
Jusqu’alors, le sort des Juifs en Pays fléchois durant la Seconde Guerre mondiale restait inconnu. Le sujet n’avait fait l’objet d’aucune étude. C’est ce qui a poussé Laurent Waquet à s’intéresser à ce douloureux passé des persécutions antisémites dans la région entre le 1er septembre 1939 et le 8 août 1944. Un article paru dans le Cahier fléchois.
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Dans son livre « Le Pays fléchois dans la tourmente, 1939-1945 », Daniel Potron, historien local, a consacré plusieurs pages du premier tome aux Juifs dans la ville, grâce à des souvenirs de l’époque. Ce travail a servi de base à Laurent Waquet pour ses recherches. Ainsi que les milliers de documents des Archives départementales dépouillés de façon systématique, à partir de 2006, par l’historien sarthois Yves Moreau, de Tuffé
. Un chantier titanesque, un remarquable travail d’indexation
, reconnaît Laurent Waquet, que l’on peut retrouver sur le site internet qu’Yves Moreau a mis en ligne (1).
La deuxième plus jeune victime sarthoise
J’ai découvert pas mal d’informations que l’on ignorait jusqu’alors
, explique ce professeur d’histoire-géographie au Prytanée national militaire. Au fil de ses recherches, Laurent Waquet a identifié 43 personnes juives ayant vécu en Pays fléchois au cours de cette période pour une durée plus ou moins longue. Treize étaient âgées de moins de 18 ans, seize âgées de plus de 15 ans et de nationalité étrangère (polonaise, roumaine, hongroise, russe, turque). Et 25 venaient de Paris.

L’article de 35 pages est illustré de nombreux documents, dont certains proviennent de collections privées. Le Maine Libre
Sur ces 43 personnes, treize ont été déportées et victimes des nazis. Onze à Auschwitz-Birkenau et deux au camp de Sobibor. Parmi ces victimes, une fillette âgée de 15 mois, la deuxième plus jeune déportée de la Sarthe, gazée à Auschwitz en février 1944.
Deux rafles
Deux rafles ont eu lieu à La Flèche. La première, en octobre 1942. Six personnes auraient dû être arrêtées
, raconte Laurent Waquet.Trois d’entre elles avaient eu la bonne idée de quitter La Flèche quelques semaines auparavant. Sur les trois autres, deux sont mortes, une a été libérée.
La seconde s’est produite en janvier 1944. Là , une mère et ses trois enfants étaient menacés. La mère y a échappé. Hospitalisée, elle se trouvait à ce moment-là en repos à Parigné-l’Évêque. Mais ses trois jeunes enfants, âgés de moins de 10 ans, ont été déportés et gazés dès leur arrivée.
Le camp de bûcherons de Clefs
En marge de ces recherches, Laurent Waquet s’est également intéressé au chantier forestier situé à Clefs (Maine-et-Loire) et limitrophe de la commune de La Flèche. Le « Camp de Beauregard », qui se trouvait en bordure du château du Mélinais, au sud-est de La Flèche. Des poteaux en bois y étaient fabriqués pour la Société des Mines de Lens, qui travaillait alors pour le compte des Allemands.
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Ce chantier a fonctionné jusqu’au 22 novembre 1943. Jour où les Allemands ont encerclé le camp, raflant 64 bûcherons qui ont été envoyés à Drancy puis déportés à Auschwitz. Seuls cinq ou six ont réussi à s’enfuir. Deux, au moins, ont trouvé refuge à Thorée-les-Pins.
L’article de Laurent Waquet est à retrouver dans le Cahier fléchois n° 42, en vente au prix de 17 €. Disponible au Carroi, à Imprim’photo, à la librairie Pierre de Jade et à l’espace culturel du centre Leclerc.
Cérémonie de la Journée du souvenir de la déportation samedi 24 avril, à 17 heures, au monument aux morts de La Flèche.
(1) https://lesdeportesdesarthe.wordpress.com/