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Sarthe. L’amour d’un manoir du Moyen Âge récompensé... |
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Marie-Françoise et Jean-François Lecomte restaurent dans les règles de l’artce monument classé dans lequel ils vivent depuis 2012. © Ouest-France
L’amour que Marie-Françoise et Jean-François Lecomte vouent pour remettre debout leur manoir de la Chevalerie dans l’est de la Sarthe, à Sainte-Cérotte, fait plaisir à voir. Reportage.
1954. Hasard ou pas ? Taquinerie du calendrier en tout cas, c’est l’année où est née Marie-Françoise. C’est aussi l’année de naissance de son mari Jean-François. Et celle où est tombée la magnifique tour d’escalier qui dessert les vastes pièces de leur manoir du Moyen Âge à Sainte-Cérotte (Sarthe) dont ils sont épris. Cette tour n’est pas tombée d’un seul coup d’un seul. La preuve ? « Sur des cartes postales de 1910, on a remarqué qu’une longue lézarde apparaissait déjà , du haut en bas », glissent Marie-Françoise et Jean-François Lecomte.
Un nouveau nid dans les ruines
Tout autour de la tour, perchée sur des échafaudages, s’active en ce mois de juin une poignée d’artisans triés sur le volet. Et pour cause, ce manoir est classé. Ce dernier niche tout près du village, à l’est de la Sarthe. « Ça fait neuf ans que la rénovation de cette tour est dans les tuyaux, depuis qu’on a acheté le manoir, explique Jean-François. Il faut l’imaginer à terre sur tout le côté gauche quand on a visité. » C’était en décembre 2011. « On est littéralement tombé sous le charme du lieu. Un quart d’heure après, je mettais une option dessus », se souvient Jean-François. Banco donc pour 280 000 €.
Le 1er mai 2012, le couple emménage, direct, dans les ruines de cette bâtisse de type Renaissance. « Nous venions de vendre une longère près de Mortagne-au-Perche (Orne) dans laquelle nous avions fait beaucoup de travaux. » Rebelote. « Cette année, ça fera quarante ans qu’on est dans les travaux », sourient cette infirmière à la retraite et ce peintre illustrateur originaire des Yvelines.

Marie-Françoise se remémore les ruines quand le couple a posé ses valises le 1er mai 2021. La différence avec aujourd’hui reflète l’impressionnant travail de qualité entrepris depuis. Ouest-France
Sitôt les valises posées au sol, le couple commence à faire le tour du propriétaire, voit que le pignon ouest a « tendance à vouloir reprendre sa liberté », plaisante Jean-François, et que la charpente du côté ouest est ainsi menacée. Le remplacement de sablières s’impose. Les artisans sont contactés. « Oh là ! La marche à suivre n’est pas du tout celle-là , me tire les oreilles d’emblée l’architecte du patrimoine. Je ne savais pas qu’il fallait, pour commencer, balancer des sous avant, dans une étude historique qui durera deux ans », précise le novice qui ne l’est plus depuis, à force de remplir des dossiers. « J’ai compris que ça détermine tout l’ordre dans lequel on doit agir. Ce qu’il faut faire et ne pas faire. »

C’est cette colossale cheminée qui a permis de dater avec exactitude le début de la construction de ce manoir. En 1492. Ouest-France
Une belle truelle de 310 000 € est injectée pour la rénovation de la tour d’entrée. Avec une aide précieuse de 70 % d’aides publiques : « 40 % de la Direction régionale des Affaires culturelles (Drac), 20 % de la Région et 10 % du Département », pointe Marie-Françoise.

Une lourde truelle de 310 000 (dont 70 % d’aides publiques) permet la rénovation minutieuse de la tour d’escalier qui dessert les pièces en miroir de ce manoir datant de la fin du Moyen-Âge. Ouest-France
Le couple a dû aussi investir environ 100 000 € de travaux d’aménagement intérieur. Il vient de recevoir pour la qualité des travaux et sa persévérance un chèque de 4 000 €, en qualité de lauréat 2020 du prix départemental Vieilles maisons françaises (VMF). Il s’agit d’un prix décerné par le Département et la délégation locale des VMF et qui « récompense, depuis plus de vingt ans, chaque année, des projets exemplaires de restauration du patrimoine sarthois. Pour des travaux réalisés avec amour de la pierre et investissement de tous les instants. »
Décidément, ce manoir a toujours su se faire désirer. Déjà sous François 1er, la famille royale avait octroyé une généreuse récompense à Jean Tiercelin, l’un des fils de cette femme, veuve, vivant entre ces murs pour y ériger l’aile est de la bâtisse. Ce même Jean Tiercelin deviendra le maître d’hôtel du roi suivant, Henri II.
Pour illustrer la grande considération apportée à ce cher Jean, la reine mère, Louise de Savoie, lui aurait même accordé la jouissance des Tuileries (à Paris). Rien que cela.
Selon Jean-François Lecomte, l’église voisine de Sainte-Cérotte a même été agrandie et rénovée avec l’étayage financier de la couronne. Robert, le frère de Jean, qui était abbé (tout comme trois de ses autres frères) avait, quant à lui, érigé en amont l’aile ouest qui constituait le logis initial. « Leur grand-père avait servi pendant la guerre de Cent Ans. Et cette famille faisait donc partie de ce qu’on appelle la noblesse d’épée », indiquent Marie-France et Jean-François Lecomte.