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Sarthe. Ils mêlent patrimoine et art contemporain... |
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James Porter et Shelly De Vito ont transformé une ancienne papeterie de 4 000 m2 en centre d’art contemporain. Chaque année, le site accueille une cinquantaine d’artistes et plus de 4000 visiteurs. © Ouest-France
À Poncé-sur-le-Loir, dans la Sarthe, deux artistes originaires de New York ont transformé une papeterie du XVIIIe siècle en centre d’art contemporain. Une réussite.
Ils ont investi un lieu à leur image. Classieux et un brin déjanté. Chargé d’histoire et avant-gardiste. Depuis dix ans, Shelly De Vito, metteuse en scène, et James Porter, sculpteur, dirigent les moulins de Paillard, ancienne papeterie du XVIIIe siècle métamorphosée en centre d’art contemporain. Un dédale aux volumes de cathédrale, situé à Poncé-sur-le-Loir, aux confins du sud-Sarthe.
Une programmation exigeante
Originaires de New York, les deux artistes ont atterri dans ce village perdu au milieu des vignes avec l’ambition de sauver le patrimoine à travers l’art contemporain. Un engagement corps et âme. Quitte à tirer le diable par la queue. En 2007, Shelly et James, qui mènent une vie de bohème à Paris, sont invités dans la région par des amis. Coup de foudre. Trois ans plus tard, à l’aube de la quarantaine, le couple s’installe aux moulins avec un bail précaire, sans un centime de subventions. Ils jettent leurs maigres économies dans l’aventure. Des habitants les hébergent, des liens se tissent avec l’école, les associations locales.
La reconnaissance vient au fil des ans, avec une programmation exigeante. Les moulins de Paillard voient défiler des plasticiens renommés, exposés à la Biennale de Venise, la Villa Médicis ou le Grand Palais. De Katinka Bock à Claire Chevrier, en passant par Francisco Tropa ou Jan Kopp, la liste est longue. Et compte des lauréats du prix Marcel Duchamp, comme Julien Prévieux ou Tatiana Trouvé. En 2013, l’exposition de l’« anarchitecte » américain Gordon Matta-Clark fait flasher le directeur du centre Pompidou. Qui prête des œuvres.
Les moulins de Paillard accueillent également en résidence chorégraphes, danseurs, musiciens, vidéastes. Chaque été, créateurs et universitaires du monde entier y délirent autour d’une recherche underground : le textile électronique programmable. Avec le succès, institutions et collectivités ont mis la main au porte-monnaie. Le site a décroché le label Atelier de fabrique artistique. La foire internationale d’art contemporain (Fiac), des galeries branchées et de prestigieux théâtre, en France comme à l’étranger, accompagnent désormais Shelly et James.
 On nous a proposé des postes de directeurs artistiques ailleurs. On a refusé. On est un peu sauvagesÂ
, rigolent les rêveurs altruistes, qui montent aussi d’ambitieux programmes pédagogiques, dont 3 000 élèves ont déjà bénéficié.  Nos activités sont gratuites, l’art doit être accessible à tousÂ
, insiste Shelly, en déambulant dans l’expo du moment.
Ce week-end, à l’occasion des Journées du patrimoine, les joyeux allumés proposent trois  premières mondialesÂ
. Samedi, le lancement de Radio Commons, webradio socio-politico-culturelle. Dimanche, rencontre autour des ondes Martenot, avec le pianiste Samuel Boré, de l’ensemble Offrandes, suivie d’une variation autour du Poème symphonique pour 100 métronomes , du compositeur hongrois György Ligeti. Une performance pour laquelle James a conçu une bibliothèque pivotante, permettant d’activer les métronomes d’un seul geste.
Les Moulins de Paillard, Tél. 02 43 44 52 65. Mail : contact.paillard@gmail.com